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    UNE AFFAIRE EMBROUILLEE A MACHEZAL

     

    L'inscription hypothécaire n'est pas nulle, par cela seul qu'un prénom du débiteur aurait été omis (Art. 2148 c. c.) ; c'est aux juges qu'il appartient d'apprécier s'il y a désignation individuelle et spéciale, telle que le conservateur puisse reconnaître parfaitement l'individu grevé d'hypothèque. La publicité des registres du conservateur est la seule voie légale par laquelle la position d'un débiteur puisse être appréciée, dès lors toute preuve accessoire tendant à déterminer cette position doit être écartée par les juges.

    Arrêt de la Cour d'appel de Lyon, du 24 avril 1849. Suivant acte reçu M" Girard, notaire à St-Just-Lapendue, le 26 octobre 1847, le sieur Claude-François Noyel avait vendu à Jean-Louis Mignard, propriétaire à Machézal, divers immeubles situés sur les communes de Machézal et Chirassimont, moyennent le prix de 27,000fr.

    L'acquéreur eut soin de notifier son contrat aux créanciers inscrits, conformément à l'art. 2183 du Code civil ; après cette notification, un ordre fut ouvert pour la distribution du prix, et à la date du 16 juillet 1848, M. Verchère, juge-commissaire, dressa le règlement provisoire. Le sieur Thomas fut colloque pour le montant en capital etaccessoires d'une obligation à lui souscrite par François Noyel, suivant acte reçu Me Salet, notaire à Tarare, le 29 novembre 1845, laquelle obligation avait été inscrite sous ce prénom.

    Les sieurs Froget père et fils furent colloques pour le montant d'une obligation à eux souscrite par François Noyel, suivant acte reçu Me Dallery, notaire, en date du 10 juin 1845, et également inscrite sous ce prénom.

    Le 19 août 1848, le sieur Bourbon contredit ces collocations et en demanda le rejet ; à l'appui de ce, il prétendait que les sieurs Thomas et Froget n'étaient pas créanciers de la partie discutée, puisque leur débiteur était prénommé François et non Claude-François, et que, dans tous les cas, les inscriptions prises par MM. Thomas et Froget père et fils ne pouvaient avoir aucun effet à l'égard des contredisants qui avaient inscrit leur hypothèque sous les véritables prénoms de leur débiteur.

    Les sieurs Fiasse, Chevrot et Patay se sont joints à ce contredit.

    Dans cet état, la cause portée à l'audience, M. le juge-commissaire fit son rapport, et le Tribunal de Villefranche rendit le jugement suivant sur les conclusions principales des sieurs Thomas et Froget, tendant au maintien du règlement provisoire, et sur leurs conclusions subsidiaires tendant à faire la preuve, qu'au moment où les obligations des sieurs Bourdon, Fiasse et Patay avaient été souscrites, les fonds n'avaient pas été comptés, et qu'ils étaient créanciers depuis longtemps du montant de ces obligations.

    Ce jugement, rendu à la date du 22 novembre 1848, le sieur Thomas en a interjeté appel devant la Cour, et celle-ci a rendu l'arrêt suivant :

    Considérant que, dans un ordre ouvert au préjudice de Claude-François Noyel, les sieurs Thomas et Froget père et fils ont été colloques aux cinquième et sixième rangs des créanciers inscrits, dans le procès-verbal de clôture provisoire ;

    Considérant que les sieurs Bourbon, Chevrot. Plasse et Pilay, colloques audit ordre après les susnommés, ont conteste cette collocation provisoire, soutenant que les inscriptions prises par ces dits Thomas et Froget père et fils étaient nulles à leur égard, et ne pouvaient produire aucun effet ; que lesdites inscriptions étaient prises contre Noyel, sous le prénom de François, alors que le sieur Noyel sur lequel est ouvert l’ordre dont s'agit a pour prénoms, Claude-François, et que c'est sous ces prénoms que leurs inscriptions ont été prises ;

    Considérant que l'art. 2148 ne prononce pas la nullité d'une inscription,

    par cela seul qu'un prénom aurait été omis, mais que cet article dit que le bordereau doit contenir une désignation individuelle et spéciale, telle que le conservateur puisse reconnaître et distinguer dans tous les cas l'individu grevé d'hypothéqué ;

    Considérant qu'il est constant en fait qu'il existe dans la commune ou habite le sieur Claude-François Noyel, et dans le même hameau, un sieur François Noyel, possédant des immeubles de même nature que ceux vendus par Claude-François Noyel, et dont le prix est à distribuer;

    Considérant, dès lors, que les inscriptions prises par MM. Thomas et Froget père et fils, sous le nom de François Noyel, ne contenaient pas les indications suffisantes pour désigner l'individu grevé, soit au conservateur, soit aux tiers qui ont contracté avec Claude-François Noyel, après ces inscriptions, et qu'en conséquence ils ont pu être induits en erreur ;

    Considérant que l'offre faite par MM. Thomas et Frogct père et fils de prouver qu'au moment où les obligations des sieurs Bourbon, Fiasse et Patay ont été inscrites, les fonds n'ont pas été comptés, et qu'ils étaient créanciers depuis longtemps du montant desdites obligations, n'est pas admissible, et que du reste elle ne serait pas concluante;

    Par ces motifs, le tribunal prononce par jugement contradictoire et en premier ressort que le procès-verbal de clôture provisoire dont s'agit, dressé par Me Verchère, juge commissaire à l'ordre, le 16 juillet dernier, sera rectifié en ce sens, que MM. Thomas et Froget père et fils ne seront colloques qu'après les créanciers contredisants, les dépens du poursuivant tirés en frais d'ordre ;

    Attendu que les dispositions de l'article 2148 ne sont point exigées à peine de nullité; qu'il suffit, en ce qui concerne la désignation du débiteur, que ce dernier puisse être, dans tous les cas, facilement être reconnu et distingué;

    Attendu que l'inscription de l'hypothèque invoquée par l'appelant contient des irrégularités qui ont pu induire les tiers en erreur et sur la personne du débiteur, et sur la quotité des sommes par lui dues;

    Attendu que la publicité des registres du conservateur est la seule voie légale par laquelle la position d'un débiteur puisse être appréciée, que dès lors toute preuve accessoire doit être rejetée ;

    Adoptant, au surplus, les motifs qui ont déterminé les premiers juges ; La Cour, adjugeant profit du défaut déjà prononcé par arrêt du 21 février dernier, et sans s'arrêter à la preuve offerte, laquelle est rejetée , dit qu'il a été bien jugé par le jugement dont est appel, mal et sans cause appelé ; - Ordonne, en conséquence, que ledit jugement sortira son plein et entier effet, condamne l'appelant à l'amende et aux dépens, lesquels seront tirés en frais privilégiés de poursuites.

    Observations.— L'inscription qui ne contient pas dans une complète exactitude tous les renseignements qu'elle devrait renfermer, n'en est pas moins valable si les mentions que l'on ytrouve suffisent pour que toute erreur raisonnable sur la personne soit impossible. Ainsi la Cour d'appel de Paris, a déclaré valide une inscription dans laquelle le créancier s'était borné à exprimer le nom, la profession et la demeure du grevé, attendu que, pour l'omission des prénoms, la critique était inadmissible, parce qu'il n'y avait alors dans la commune qu'un seul individu exerçant la profession indiquée, et que toute méprise était impossible (Arrêt 25 janvier 1810). La circonstance que dans une inscription hypothécaire, tous les prénoms des débiteurs n'auraient pas été exprimés, est indifférente si, par d'autres indications individuelles et spéciales, il a été impossible de se méprendre sur les individus grevés. (Arrêt Gand, 20 novembre 1840). L'erreur dans le prénom ou l'omission du prénom du débiteur, ne vicie pas l'inscription ; néanmoins la désignation n'est pas suffisante, lorsque l'inscription porte les prénoms d'un parent du débiteur, et que le conservateur, n'ayant pu reconnaître l'individu grevé, a omis le renouvellement d'inscription dans le certificat par lui délivré (Arrêt Liège, 1er juin 1831). La Cour de cassation de France, a décidé que l'indication inexacte ou insuffisante des noms, prénoms, domicile du débiteur n'est point une cause de nullité de l'inscription, si d'ailleurs il est désigné de manière à être reconnu dans tous les cas par le conservateur. (Arrêt 13 juillet 1841). La Cour de La Haye a jugé qu'une inscription prise à charge d'un individu dont les noms et prénoms sont erronément énoncés, et de manière à ce que le conservateur ait pu être abusé sur la désignation du débiteur grevé, est frappée de nullité (Arrêt 5 novembre 1828).

    Tiré du Recueil Général des décisions Administratives et Judiciaire (M. ROBYNS 1850).

     

     

     

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    A Cours La Ville, Salle Emilien Michoux

     Samedi 5 juin à 20h30

    Dimanche 6 juin à 17h00

    "23h00.

    Un homme pénètre dans une gare. Il vient de se faire virer par sa petite amie et décide de vivre sa déconvenue en solitaire, dans ce lieu sans âme. Mais cette nuit va prendre une tournure bien différente.

    Une succession de personnages atypiques, attachants ou dérangeants,  va venir s'immiscer dans cette solitude et lui proposer d'autres réalités, d'autres questionnements, d'autres perspectives, d'autres voies parallèles, ou qui se croisent parfois.

    Au bout du compte, laquelle choisira-t-il pour ce nouveau départ?"

    Une pièce à la fois drôle, émouvante, profonde et vivifiante, qui ne vous laissera pas indifférents.

    Ecrite et mise en scène par un de nos auteurs locaux, cette pièce a reçu un accueil très chaleureux dans tout l'hexagone puisque c'est déjà la dixième compagnie théâtrale qui la monte.

    Avec :

     

                Lui ………………………........   Michel Danière

    Elle…………………………….   Isabelle Roche

    La SDF ……………….………   Marie Jeanne Morel

    La femme de ménage……….  Françoise Boireaud

    Le Chef de gare ……………..  Yves Rousson

    La jeune fille …………………  Corinne Peyle


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  • TESTAMENT DE GEOFFROY-TÊTE-NOIRE

    dit « LA GRANDE DENT ??? »

    (Vers 1380.)

    Il s'agit ici d'un testament militaire, rédigé assez cavalièrement par le capitaine Tête-Noire, dont il faut d'abord dire un mot. Ce Geoffroy Tête-Noire était l'un de ces chefs de compagnies anglaises qui, pendant les guerres du XIV° siècle, infestaient les provinces éloignées, s'y emparaient des châteaux pour leur propre compte, et les gardaient jusqu'à ce qu'on les en délogeât par la force : plus brigands que guerriers, ils ne vivaient que de pillage.

     Le capitaine Tête-Noire, avec trente de ses soldats, occupait le château de Ventadour dans le Limousin, qui lui avait été livré en 1378, moyennant 6000 liv., par la trahison d'un valet du vieux comte de Ventadour. Comme ce château-fort était bien approvisionné, le capitaine Tête-Noire s'y maintint et repoussa toujours courageusement les troupes qui venaient l'attaquer. C'était un homme vaillant et même ayant une certaine loyauté; Car le perfide valet qui livra le château, ayant mis pour condition additionnelle qu'on sauverait la vie à son vieux maître, le capitaine le promit et tint parole. Il entendait parfaitement le métier de la guerre.

    Cependant un jour il s'avança un peu trop en repoussant une attaque, et « du trait d’une arbaleste (dit Froissard, Liv. III, cha. 136) tout outre le bacinet et la coeffe furent percez et fut narie d’un cartel en la teste tant qu’il luy en convint gesir au lict…. De cest bleceure, s’il se fust bien garde, il eust tost guery. Mais mal se garda especialement de fornication de femme dont cher l’achepta car il en mourut ; mais auant que la mort le prensit, il en eu bien la congnoissance et lui fut dit qu’il estoit et gesoit en grand péril, car sa teste estoit a postumée et qu’il voulist penser à ses besongnes et a ses ordonnances »

    C'est alors qu'il fit venir ses compagnons d'armes, et « s'estant assiz emmy son lict, » il les pérora, les engagea à prendre pour capitaine un de ses parents, nommé Alain Roux, qui était de la troupe, ainsi que Pierre son frère, pour capitaine en second ; ce qu'ils firent tous avec plaisir, parce qu'ils lui étaient affectionnés et dévoués. Ensuite le moribond fit son testament.

    C'est ce testament militaire qui est l'objet de cet article. Nous allons conserver le style naïf de Froissart, dans l'exposé de cette pièce. « Quand toutes ces choses furent faites et passées, Geoffroy-TesteNoire parla encores,. et dit : Or bien, seigneurs, vous avez obéi a mon plaisir ; si vous en say gré et pour ce ie veuille que vous partissez (que vous ayiez part) a ce que vous avez aidé a conquerir. Je vous dy qu'en cest arche (coffre-fort) que vous veez là (et lors la monstra a son doy, et dit :) il y a jusqu'a la somme de trente mille francs. Si en veuil ordonner, donner et laisser a ma conscience ; et vous accomplirez loyaument mon testament. Dites ouy, et ils respondirent tous : Sire, ouy.

    Testament : « Tout premierement (dit Geoffroy) » ie laisse a la chapelle Sainct George (qui sied au» clos de ceans) pour les reparations etreedifications, mille et cinq cens francs.


    » En apres, a m'amie qui loyaument m'a seruy, deux mille cinq cens francs.

    » En apres, a Alain Roux, vostre capitaine, » quatre mille francs.

    » Item, a mes varlets de chambre, cinq cens » francs.

    » Item, a mes off1ciers, mille et cinq cens fr.

    » Item, le surplus ie laisse et donne ainsi » comme ie vous diray. Vous estes (comme il  me semble) enuiron trente compaignons d'vn » fait et d'vne emprise : et deuez estre freres, et  d'vne alliance, sans débat et riotte (rixe, querelle), n'estrif (ni bataille) entre vous. Tout ce  que ie vous ay dit, vous trouverez en l'arche : » si departez entre vous trente le surplus bellement, et si vous ne pouvez estre d'accord et  que le diable se mette entre vous, veez là une  hache, bonne et forte, et bien trenchant,  rompez l'arche : et puis en ayt qui auoir en pourra (A).

    » A ces mots, ils respondirent tous, et dirent : Sire et maistre, nous serons bien d'accord. Nous vous auons tant douté (redouté) et aimé,  que nous ne romprons mie l'arche : ny ne  briserons ja chose que vous ayez ordonnee et  commandee. »

    » Ainsi que ie vous compte, continue Froissart, fut du testament Geoffroy-Teste-Noire : et ne vesquit depuis que deux jours, et fust enseuely en la chapelle de Sainct Georges de Ventadour. Tout son laiz fut accomply, et les trentemille francs departis a chacun, ainsi que dit et ordonné l'auoit; et demourerent capitaines de Ventadour Alain Roux et Pierre Roux, frères. »

    J. Tronçon, jurisconsulte, a rapporté le testament de Geoffroy-Tête-Noire, dans son ouvrage intitulé : Le Droit francois et Coutume de la prévôté et vicomte de Paris, où il est fait rapport du Droit romain. Paris, 1664 (5.e édition), in-fol. Dans son commentaire sur l’art. 289 de la coutume en question, il le donne comme exemple d'un ancien testament militaire.

    Pour nous, nous l'avons pris et copié littéralement dans L’Histoire et chronique mémorable de Messire Jehan Froissart, reveu et corrigé sus divers exemplaires et suivant les bons auteurs, par Denis Sauvage de Fontenailles en Brie, historiographe de Henri II. Lyon, chez J. de Tournes, 1674, 4 vol. in-fol. Voyez le tiers vol., ch. 136, pp. 326-326.

    NOTE.

    (A) Ces expressions cavalières caractérisent bien l'homme et le siècle. On voit que ce testateur était de ces gens du caractère d'Achille, sans comparaison d'ailleurs, celui dont parle Horace, Art. poét., v. 122:

    Jura negat sibi nata, nihil non arrogat armis.

    « Il se croit au-dessus des lois et s'arroge tout par les armis. »

    Mais une chose qui paraîtra fort singulière, c'est que dans le  Dictionnaire Historique deMM. Chaudon et Landine, on ait attribué à notre roi Charles VI, ce testament de Geoffroy-Tête-Noire, dont les expressions ne peuvent guère convenir qu'à un spadassin ou à un soldat sans éducation.

    . L'erreur, qui sans doute n'a été commise que par abstraction, est un peu forte. Il y a un autre article du même dictionnaire, je ne m'en rappelle pas le titre, mais qui est assez plaisant par une autre erreur qu'une précipitation typographique a fait commettre. Cet article commence l'histoire d'un Sultan, elle se continue jusque vers la moitié de l'article; puis tout à coup, sans aucune espèce de transition, le lecteur se trouve vis-à-vis un capucin dont la moitié de la vie termine l'article musulman ; de sorte qu'on n'a fait qu'un seul article de la partie supérieure d'un grand turc et de la partie inférieure d'un bon religieux de S. François.


    Revue : LA MOSAIQUE DU MIDI AVRIL 1837

    Pierre Raymond II, comte de Comminges, était mort ne laissant qu'une fille, Marguerite, qui fut mariée avec Jean III, comte d'Armagnac. Salies passa, avec le comté de Comminges, sous la domination de Jean, et ne put échapper, malgré les soins de ce comte qui avait fait ajouter une tour de plus à son château, aux ravages des compagnies désappointées, commandées par le fameux Geoffroi-Teste-Noire, surnommé la Grande dent.

     En 1390, le Bourg de Caupène, un des capitaines des compagnies, vint, par ordre de Teste-Noire,  qui se tenait à  Ventadon, en Limousin, lever des impôts dans l'Armagnac et le Comminges.

    Salies (aujourd’hui Salie de Béarn) opposa de la résistance, et ne voulut point payer les contributions qu'on lui imposait : c'est une époque mémorable pour cette ville. Le Bourg de Caupène irrité, commença le siège, la prit d'assaut et la brûla ; une partie des habitants fut massacrée. Jean arrivait à son secours avec 109 hommes d'armes et 50 hommes de trait, mais elle était pillée et le Bourg de Caupène avait disparu.

    Les traces de l'incendie de Salies sont encore lisibles ; on ne creuse presque pas de fondations dans la ville, qu'on ne retrouve des bancs de cendres et de charbon, souvent même des ossements humains.

    POUR PLUS DE RENSEIGNEMENTS SUR « GEOFFROY TETE-NOIRE » JE VOUS CONSEILLE LA LECTURE DE  L’OUVRAGE DE NOTRE AMI BERTRAND LACROIX CONSACRE A CE PERSONNAGE (disponible à la Bibliothèque des Chemins du Passé).




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    République Française : oui !

    Liberté, Égalité, Fraternité : oui !!

     

    Mais :ON NE MELANGE PAS LES TORCHONS ET LES SERVIETTES

     

    JOURNAL LIBERATION DUMERCREDI 19 MAI 2010

    Une grande menace pèse sur le XVIe arrondissement de Paris, où 20% des contribuables payent l’ISF et possèdent un patrimoine moyen de 2,95 millions d’euros.La municipalité veut y construire des HLM. Aussi est-ce la révolte dans ce quartier où le nombre de foyers riches est onze fois supérieur à la moyenne nationale.

    Pour atteindre l’objectif légal de 20% de logements sociaux et amener, au passage, un peu de mixité sociale, l’équipe de Bertrand Delanoë a lancé quatre projets, totalisant 407 appartements, portes d’Auteuil et Dauphine, à La Muette et à Exelmans. Tous ont été stoppés net par une mobilisation tous azimuts des habitants, soutenus publiquement par des élus UMP, dont le maire d’arrondissement, Claude Goasguen. La méthode ? Des recours, ou menaces de recours, déposés devant les tribunaux administratifs par des justiciables suffisamment armés sur le plan juridique pour être efficaces. Les engins de chantier se sont donc arrêtés au stade du terrassement. Et les parcelles, si rares à Paris, demeurent à l’état de friches.

    Référé. Tout est suspendu, y compris un petit immeuble de cinq étages, rue Nicolo (à la Muette), qui ne compte pas plus de 31 appartements, dont un tiers de studios et un tiers de trois pièces. «Les riverains ont attaqué de toutes parts. Pour freiner, pour ensabler, faire capoter»,s’exaspère Daniel Meszaros, du cabinet d’architectes Projectile, en charge du projet. Des voisins ont d’abord fait venir sur place des inspecteurs de la Drac (direction régionale des affaires culturelles) afin d’obtenir le classement d’un vieil immeuble promis à la démolition pour libérer la parcelle. «Sans intérêt patrimonial», ont conclu les fonctionnaires du ministère de la Culture. Les riverains ont alors attaqué en référé le permis de démolir du vieux bâtiment. Déboutés. Qu’à cela ne tienne : le permis de construire est contesté devant le tribunal administratif et, cette fois, ils ont gain de cause.«Le plan local d’urbanisme (PLU) de Paris est tellement complexe qu’on peut toujours trouver, dans un permis de construire, un petit détail, une faille pouvant motiver son annulation, souligne un haut fonctionnaire municipal. Il suffit d’avoir les moyens de se payer d’excellents avocats.»

    L’argent n’est pas un problème. L’association Quartier Dauphine Environnement, qui a fait suspendre l’un des projets, a déjà «dépensé 25 000 euros en frais de procédures [devant les tribunaux]», a indiqué à Libération son président, Eric Lefranc. Et elle entend continuer. «Ce projet n’a pas de futur. Nous voulons que le terrain sur lequel on souhaite construire les immeubles demeure un espace vert […]. Les gens qui habitent le quartier ont payé au prix fort leur appartement pour bénéficier d’un cadre de vie agréable», justifie-t-il. D’où viennent les fonds ? De cotisations de riverains déterminés à faire capoter la construction des 135 logements sociaux prévus sur place. L’association, qui compte 500 membres, utilise Internet pour faire rentrer des contributions. Il est possible de faire des dons en ligne d’un montant de 100 à 500 euros, et même de 2 000 euros au titre de «membre bienfaiteur».

    Dans les recours, les permis sont passés au crible : largeur de vue, limite séparative des façades, hauteurs des bâtiments, formes architecturales, impact visuel, accès des secours… Toutes les arguties sur des mesures prévues pour le bonheur des futurs occupants de ces immeubles sont utilisées pour mieux torpiller les projets.

    Dans leurs écrits, ces associations ne mettent jamais en avant leur hostilité au logement social. Elles s’abritent derrière des considérations urbaines, architecturales, ou ayant trait à l’environnement. La défense du cadre de vie est rabâchée dans leurs textes. «Halte au massacre des espaces verts !» peut-on lire sur des communiqués de Quartier Dauphine Environnement, en lutte contre un projet avenue du Maréchal-Fayolle ». Un argument peu crédible : l’avenue Fayolle jouxte le bois de Boulogne et ses 846 hectares de verdure. Les 135 logements prévus sur place ne menacent en rien cet environnement privilégié.

    Pour mieux combattre ce programme, les riverains s’en prennent aussi à l’architecture des immeubles, pourtant dessinés par l’agence japonaise Sanaa, qui vient d’obtenir le Pritzker, sorte de Nobel de la discipline.«Trop novateur», aux yeux des voisins. «Un choix purement pour l’image, au mépris de l’environnement», proclame leur site internet. Le projet a pourtant été approuvé par l’architecte des bâtiments de France. «Architecture bling-bling», balaye d’un revers de phrase Eric Lefranc. Un peu plus loin, le programme de la porte d’Auteuil, qui mêle logements sociaux et logements privés, a lui aussi été dessiné par des professionnels reconnus : Rudy Ricciotti, Anne Demians, Francis Soler, Finn Geipel. Menacé de recours. Celui de la rue Varise (à Exelmans) a été confié au prestigieux Atelier Christian de Portzamparc. Suspendu. Pareil pour la rue Nicolo. «On est écœuré. On a proposé un petit bâtiment organisé autour d’un jardin. On a soigné le moindre détail», s’exaspère l’architecte Daniel Meszaros.

    Riverains et élus jurent, la main sur le cœur, qu’ils n’ont «rien contre les logements sociaux». Ni contre leurs bénéficiaires. Ce qui ne convainc pas Jean-Yves Mano, adjoint (PS) au maire de Paris chargé du logement et élu du XVIe : «Tous les stéréotypes sont à l’œuvre. Les gens pensent que les HLM vont faire baisser la valeur de leurs appartements, que des familles à problèmes vont venir perturber leur quiétude…Mais ils n’osent pas le dire comme ça. Alors ils font de la procédure.»A chaque fois, le tribunal administratif a tranché en leur faveur.

    «Immondice». Pudiques à l’écrit, les gens se lâchent parfois lors de réunions publiques organisées par les associations. En février dernier, le député UMP Bernard Debré a qualifié d’«immondice inhabitable» le projet de Sanaa. Et le député et maire Claude Goasguen ne veut pas de ces HLM à «proximité immédiate de l’ambassade de Russie, avec qui cela va poser des problèmes de sécurité évidents» (le Figaro du 18 février).

    Et tout cela se passe dans un arrondissement qui compte à peine 2,5% d’HLM, contre plus de 30% dans les XIXe ou XIIIe. Pourtant le XVIe compte aussi ses demandeurs d’un logement social : 3 800, au total. «Des retraités ou des familles qui éclatent. Ils n’ont plus les moyens de payer des loyers du privé. On a aussi des couples avec enfants logés dans des chambres de bonne», précise Jean-Yves Mano. Ces considérations n’émeuvent pas outre mesure les associations. «Tous les projets de logements sociaux sont bloqués dans le XVIe ? Ce n’est pas notre affaire»,lâche sans détour Eric Lefranc.

    Note : Pourquoi cet article ? Simplement parce que j’ai résidé plus de 14 mois au 62 rue Nicolo dans le début des années 1980, dans les bâtiments qui abritaient le foyer « Trocadéro » de la Poste. La Poste qui a cédé cet emplacement à la ville de Paris en 2005.


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  • LE CHEVAL EST LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME

     

    Et pourtant…..

     

     

    Le pesant charriot porte une énorme pierre;
    Le limonier, suant du mors à la croupière,
    Tire et le roulier fouette, et le pavé glissant
    Monte, et le cheval triste a le poitrail en sang
    Et tire, traine, geint tire encore et s'arrête.
    Le fouet noir tourbillonne au dessus de sa tète.
    C'est lundi : l'homme hier buvait aux Porcherons
    Un vin plein de fureur, de cris et de jurons,
    Oh quelle est donc la loi formidable qui livre
    L'être à l'être, et la bête effarée à l'homme ivre!
    L'animal éperdu ne peut plus faire un pas;
    Il sent l'ombre sur lui peser; il ne sait pas,
    Sous ce bloc qui l'écrase et ce fouet qui l'assomme,
    Ce que lui veut la pierre et ce que lui veut l'Homme.
    Et le roulier n'est plus qu'un orage de coups
    Tombant sur ce forçat qui traine les licous,
    Qui souffle, et ne connait ni repos ni dimanche.
    Si la corde se casse, il frappe avec le manche,
    Et si le fouet se casse, il frappe avec le pied;
    Et le cheval tremblant, hagard, estropié,
    Baisse son cou lugubre et sa tète égarée.
    On entend sous les coups de la botte ferrée,
    Sonner le ventre nu du pauvre être muet.

    Il râle ; tout à l'heure encore il remuait,
    Mais il ne bouge plus et sa force est finie.
    Et les coups furieux pleuvent. Son agonie
    Tente un dernier effort : son pied fait un écart,
    Il tombe, et le voila brisé sous le brancard...

    Et dans l'ombre, pendant que son bourreau redouble,
    Il regarde Quelqu'un de sa prunelle trouble
    Ou on voit lentement s'éteindre, humble et ternie,
    Son œil plein des stupeurs sombres de l'infini
    Ou luit vaguement l'âme effrayantes des choses.
    Hélas !......

     

    Victor Hugo

     

    La Société Protectrice des Animaux fut instituée en 1845  par Etienne PARISET. Le premier combat de l’association se porte vers la protection des chevaux, avant toute réglementation.
    Quant à la loi, celle proposée par un éminent cavalier, le Général-Comte Jacques Delmas de Grammont (député de la Loire) «Relative aux Mauvais Traitements Exercés sur les Animaux Domestiques», soutenue fermement par Victor Hugo, elle ne fut votée qu'en 1850, après de houleux débats pendant lesquels dit-on, certains députés s'illustrèrent soit par de vains ricanements, soit par l'authenticité quasi sui generis de leurs miaulements, aboiements, hennissements..."

     C’est pour venir en aide plus particulièrement aux chevaux qu’a été votée la première loi de protection des animaux, en 1850. Ce texte, appelé loi de Grammont, avait pour but d’empêcher la violence dirigée contre les chevaux. En effet, beaucoup d’entre eux étaient alors battus, mal nourris, et s’effondraient sous le poids de ce qu’ils devaient transporter.

    Quelques années plus tard, le 8 mai 1882, une autre société se crée : La Ligue populaire contre la vivisection dont le président d'honneur est Victor Hugo et le président effectif Alphonse Karr. Ces deux sociétés vont veiller à la stricte application de la loi Grammont.


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