• blog 2011 la haquenee

    NOURRIR LE ROI EN VOYAGE

    « Le conducteur de la haquenée a l’honneur de servir immédiatement le Roy, qui dine quelquefois dans son carrosse quand on est en voyage » (Nicolas Delamarre, Traité de la Police, 17° siècle).

    Cet officier de la maison des rois de France fait porter en campagne, sur un cheval de bât, du linge, du pain, des fruits, des confitures, une tasse pour le roi, une tasse à faire d’essai, un couteau, du sel, le couvert du dîner et celui du souper du roi, en prévision du cas où sommiers et charrois ordonnés n’arrivent pas à temps.

    Pour tout prévoir, deux chevaux portent en outre six douzaines de pains et soixante bouteilles de vin (1)

    Louis XIV fit une halte, pour déjeuner dans son carrosse en janvier 1659, venant de Lyon avec la reine, le duc d’Anjou, Melle de Montpensier, la Nancini nièce de Mazarin et Mme la Comtesse de Noailles, au château d’Ailly à Parigny  avant de   rejoindre Roanne.

    A cette occasion le travail de l’organisateur fut certainement intensif, pour organiser ce repas et nourrir tout ce beau monde et que de pains et que de vin et gare aux miettes sur les sièges !

    (1)

    La  fausse réputation d’un maître de poste. 

    Un maître de Poste du relais de Saint-Germain-Lespinasse, dont nous tairons le nom, avait un bon coup de fourchette et le gosier souvent sec.

    A cette époque, on mettait le vin dans de petites bouteilles appelées « fillettes » (Petite bouteille à long col et à grosse panse.) Ont les bouchent avec une peau de gant, et on moment de les boire, on perce la peau de gant avec un poinçon.

    Ce maître de Poste au cours de son repas où il était d’excellente humeur, mis « cinq fillettes  en perce. »

    Mais la méchanceté, la jalousie et la calomnie de quelques-uns uns donnèrent le lendemain dans la rue : un tout autre sens à cette expression et notre homme eut longtemps la réputation imméritée de « coureur de ballets roses »

     

     

     

     

                                                           

     


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  • blog 2011 poete

    LOUIS MERCIER, POETE

    En 1940, Louis Mercier est un homme de 70 ans qui a déjà bien accompli son destin de « poète par vocation, journaliste par obligation ».

    Le poète, l’écrivain plus généralement, a produit plusieurs ouvrages, dont un roman largement autobiographique. En 1911, il avait fait paraître « Hélène Sorbiers », dont le personnage principal s’identifie à sa sœur Benoîte, entrée au couvent  de Saint-Vincent de Paul en 1877, pour mourir à Muret un an plus tard. C’est l’histoire du chagrin de l’enfant de sept ans devant les successives disparitions de sa « marraine » à qui l’attache une affection passionnée.

    C’est également dans ses souvenirs d’enfance, d’écolier au petit séminaire de Saint-Jodard, plus précisément, que Louis Mercier trouvera la matière d’un recueil « Des contes et des images » paru en 1929, d’un ton assez humoristique, qui comporte également des récits de guerre…

    Et c’est encore dans son environnement qu’il trouva le motif des « Demoiselles Valery », tragédie douce-amère dans le milieu des petits boutiquiers d’une bourgade feutrée près de Roanne qu’il ne quitta guère de toute son existence.

    Mais il avait surtout fait parler de lui comme poète. L’éditeur Lardanchet avait publié dès 1897 un recueil de Louis Mercier intitulé « L’enchantée », d’un style orientaliste un peu maniéré ne préfigurant guère alors « Les voix de la terre et du temps » (1903), qui allait être couronné par l’Académie française, et déchaîner les éloges de l’élite des hommes de lettres, José-Maria de Hérédia en tête.

    Des recueils successifs apporteront à louis Mercier une incontestable célébrité : en ; 1906, « Le poème de la Maison », en 1909, « Lazare le Ressuscité », vaste médiation sur la mort et le mystère de la résurrection à partir du récit de Saint Jean l’Évangéliste.

    Après la Première Guerre mondiale, qu’il connaît dans toute son horreur, il donnera en 1922 « Les pierres sacrées » et les « Poèmes de la tranchée ».

    En 1890, il avait fait le choix pour tout prosaïquement gagner sa vie, devenir rédacteur au « Journal de Roanne ». Il y donne régulièrement des récits drolatiques qui seront réunis plus tard sous le titre des « Contes de Jean-Pierre ».

    Il occupera bientôt le poste de rédacteur en chef et signera des éditoriaux hebdomadaires qui nous permettent de connaître son état d’esprit et ses opinions durant l’entre-deux guerre.

    Il défend une France fidèle à sa vocation chrétienne qui doit se défaire de touts les scandales financiers qui la minent (Affaire Staviski) et lutter contre le péril de l’Allemagne hitlérienne. Sa plume se fait aussi critique et mordante vis-à-vis de la politique des « poings levés » du Front populaire qui ne lui paraît pas représenter les valeurs essentielles à une France forte et unie contre les périls extérieurs. Il appartient à une souche paysanne qui a horreur de la pagaille et reste attachée aux valeurs traditionnelles de la France profonde.

    Notons que le père du poète, Jean-Claude (1818-1998) a été maire de la commune de Coutouvre sous le Second Empire. De ses frères, Joseph, appelé « le Grand » dans « Hélène Sorbiers » est seul resté à la terre, Jean-Pierre Marie (1858-1929), directeur d’école à Rijkolt (Hollande) et Vincent (1860-1926) furent tous deux dominicains, Famille chrétienne, s’il en est !

    A partir de 1940, viennent les années douloureuses : la guerre, l’occupation. L’ancien poilu choisit de suivre Pétain et son programme de redressement moral mais aussi d’atermoiements entre les exigences de l’occupant et une certaine neutralité vis-à-vis de nos anciens alliés.

    Il fustige cependant les entreprises « terroristes » et estime que tous ces gars qui font du chahut dans les rues seraient aussi bien au S.T.O. Le directeur du journal, Monsieur Souchier lui demande une plus grande circonscription dans son langage, mais le rédacteur est têtu et continue à penser que la voie du salut, c’est le Chef de l’État qui la désigne.

    Est-elle nette cette politique ? Pétain pris dans un engrenage fatal ne rêve-t-il pas de rallier les forces françaises libres ? Qui le sait exactement ? Louis Mercier cependant s’est marqué comme un tenant d’une certaine collaboration qui ne correspond pas vraiment au fond de sa pensée, mais ses imprudents propos vont lui coûter sa renommés et lui valoir des poursuites à la Libération.

    Le destin l’a-t-il porté trop haut pour finalement le vouer à l’abîme ?

     

    « Elle est juste, ô mon Dieu, la peine que j’endure.

    J’ai conçu trop d’orgueil de mon habileté ;

    Ma pensée et mes mains n’étaient pas assez pures,

    Et la gloire qui vient des hommes m’a tenté ».

     

    Cette prière est placée par le poète dans la bouche du maître verrier qui a accompli un chef-d’œuvre loué par tous, les vitraux de l’église d’Ambierle, en l’an 1490, qui devient aveugle.

    Mais ce beau et long poème ne s’applique-t-il pas à son auteur lui-même qui connaît la redoutable épreuve du discrédit ?

    Le Juge de la Commission d’épuration de Lyon penche pour l’indulgence en raison de l’âge du prévenu Mercier Louis, et d’une certaine candeur de poète et d’ancien combattant encore tout épris du vainqueur de Verdun.

    Le magistrat, fin lettré sans doute, demandera même en fin de séance à l’accusé de lui dédicacer : « Le poème de la maison ».

    Le voilà donc qui ressort acquitté ? Mais déconsidéré quant aux idées qui triomphent en ce jour. Il sera méprisé, injurié dans la rue. En réalité il traverse la plus noire période de sa vie. Il relève péniblement d’une opération de la prostate. Son épouse à peu près paralysée par d’affreux rhumatismes meurt le 20 mars 1945 ; Le Journal de Roanne a été interdit et liquidé par le Comité de Libération. Louis Mercier est réduit à la misère et comme c’est  la période des restrictions il serait mort de faim si un mystérieux visiteur ne déposait en tapinois un panier de ravitaillement à un loquet de la porte du couloir extérieur de l’appartement du poète, rue de Sully. On saura plus tard que le déposant clandestin était le directeur de l’école de la rue Pierre Dépierre. M. l’abbé Canard, historien, venait également voir le malheureux poète et a témoigné de sa triste situation.                                    

    Survint enfin une autre visiteuse qui transformera le destin de l’homme en détresse. Il la célèbrera dans un dernier recueil de poèmes en des termes délirants :

     

    « Le désir d’un bonheur si grand qu’il est terrible,

    Vous aimer c’est déjà quelque chose de fou,

    Mais être aimé de vous, c’est l’immense impossible

    Taisez-vous donc, poète ! Et tombez à genoux !

    Mais vous êtes venue, ô douce visiteuse,

    Pure comme une aurore où la terre sourit

    Avec vos yeux vibrant d’une lumière heureuse

    Et votre jeune front auréolé d’esprit ».

     

    Voilà donc l’octogénaire amoureux d’une jeunesse de 37 ans, lui, l’auteur de « Virginis corona », du cantique de la terre, du saint diadème et de tant de poèmes d’une grande élévation mystique ! Scandale des scandales pour toute une armada de bien pensants qui ne peuvent croire à la nouvelle que cet homme profondément religieux va convoler en d’insolites noces avec une extravagante créature de quarante ans sa cadette ! Est-elle vraiment folle cette visiteuse.

    Elle est professeur de lettres et admiratrice du poète, elle est venue un peu par charité, pour l’assister, le réconforter alors qu’il est abandonné, vilipendé par bon nombre de ses contemporains. Le dialogue se révèleras passionnant, et l’amitié réciproque s’échauffera jusqu’au point où seule une union officielle et sacramentelle pourra la consacrer incontestablement.

    Le père de la fiancée n’est pas d’accord et se répand en diatribes effrénées contre un tel projet.

    La rumeur publique est si troublée que le Cardinal Gerlier, ami du poète, se déplace spécialement pour essayer de raisonner ce candidat incongru au mariage. L’entrevue laissera le poète inflexible. Louis Mercier confiera à sa voisine, libraire, Suzanne Jacob – autre amie en tout bien tout honneur - : Le cardinal est reparti vidé de son éloquence, me laissant aussi raide que jamais ».

    Et le mariage se fit en dépit des mauvaises langues. Donc ce fut une cérémonie très simple à la paroisse Saint-Etienne pour unir Louis Mercier, poète et Anne-Marie Dubois, professeur.

    Il fallut cependant que le tonnelier Dubois, père de la jeune mariée vint injurier l’époux et le traiter de « vieillard sénile » sur le parvis de l’église. Dans son idée, c’était une très mauvaise action qu’un octogénaire se lie à sa fille, un grand poète sans doute, mais un louis démonétisé.

    -Venez vite, vous en avez asse entendu comme ça ! s’écria Suzanne Jacob qui voulait soustraire le grand homme à de basse invectives…

    Vieillard sénile ? La suite de l’histoire montra qu’au contraire il retrouva une certaine juvénilité dans la dernière partie de sa vie, le brillant écrivain ! A lors qu’auparavant on le voyait traîner en vieilles savates et vêtu  comme un pauvre hère, on le vit se redresser fringant dans une majestueuse cape et déambuler noblement accompagné de sa jeune épouse… Le bilan de l’opération apparaît comme globalement positif. On peut parier que la jeune femme sut gérer avec prudence la santé de son vieil époux qui s’éteignit, sans trop grandes secousses le 27 novembre 1951 à Saint-Flour, lieu de résidence du professeur et célèbre conjoint.

     

    « La Mort, Se peut—il qu’on révèle

    Jamais à des vivants ce que c’est que la Mort ?...

    ………………………………………………….

    Il fait nuit, je suis seul, ma mère n’est plus là

    Et comme on fait souvent du fond des mauvais rêves,

    Du fond de l’ombre où son fantôme s’en alla,

    Je veux crier, je crie et je sens que, béante

    Ma bouche n’a formé qu’un vain gémissement.

    Alors, dans un élan désespéré, je tente

    De courir, quelques pas ? Je tombe infiniment

    Car le sol s’est ouvert sous ma chute, et je plonge

    Toujours, toujours.

                                  J’ai du mourir en ce moment…

     

                                                           (Lazare le Ressuscité)

     

    Le souvenir de sa mère « qui revient des fontaines », a dû hanter aussi les derniers moments du poète avec la présence d’Anne-Marie à ces côtés.

     

    Les obsèques de Louis Mercier eurent lieu à Roanne et le cardinal Gerlier célébra les qualités du fervent chrétien qui toute sa vie a chanté la gloire de Dieu et qui voulut laisser ce message gravé sur sa pierre tombale :

     

    « Je voudrais qu’en restant voisine de la terre, mon œuvre en son sommet te rapprochât de Dieu ».

     

                                            Jean BRIFFAZ (« FLORILEGE 60 » Revue trimestrielle Automne 1990)

     

     

     


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