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    Etienne Chevillard : Régny : Les mémoires de Jean Devillaine 1887-1964

     

    Je suis catholique convaincu et pratiquant, dans la mesure où cela m’est possible, en raison des vicissitudes de la guerre. DIEU m’a donné une famille que je chérie, et ma seule ambition est de le servir, comme il le désire, en union intime avec ma femme et mes enfants. Je me soumets en tous points à sa volonté divine. La vie terrestre est une épreuve passagère, semée très souvent de peines, d’ennuis et de tristesse qui, par leur acceptation chrétienne, doivent nous mériter la vie éternelle.

     

    Je ne crois point au hasard, mais je suis persuadé que tout ce qui m’arrive comme épreuves ou afflictions est voulu par DIEU, et par conséquent doit servir à ma sanctification. Mon plus cher désir n’est pas d’accroître ma fortune matérielle pour permettre à mes enfants de vivre dans l’oisiveté, mais il est surtout d’accroître en moi les trésors de la vie chrétienne que Dieu met à notre disposition de façon à ce que, transmis à mes descendants, ces trésors ayant fructifié en eux, les rendent par conséquent, meilleurs chrétiens que moi. Je remercie DIEU du fond du cœur de m’avoir donné des parents et des maîtres dévoués qui, par une éducation chrétienne bien comprise, m’ont donne en quelque sorte le sens de la vie.

     

    En politique, les doctrines extrêmes s’alimentent mutuellement. Les unes sont la raison d’être des autres. Par certains côtés, elles séduisent l’esprit mais elles risquent de nous entraîner dans de dangereuses exagérations.

     

    Beaucoup de gens se laissent conduire en aveugle par l’égoïsme qui leur fait sacrifier l’intérêt général de la collectivité sur l’autel de leurs intérêts particuliers.

     

    Puisse le sacrifice sublime de nos frères que nous voyons tomber chaque jour sur l’autel de la patrie et pour le salut commun, leur être une leçon salutaire.

     

    Pour le plus grand bien de la France et de la République, chassons de nos cœur le parti-pris et l’esprit de parti. Cherchons d’abord tout ce qui peut nous unir, avant d’épiloguer sur ce qui serait susceptible de nous diviser.

     

    Nous nous reconnaîtrons certainement un grand nombre d’aspirations communes qu’il nous sera possible de réaliser par une collaboration loyale et fraternelle.

     

    Il faut mieux élever nos enfants dans le culte de l’honnêteté e de l’amour du travail bien fait, que de chercher à leur assurer fortune et oisiveté.

     

    Le mal est d’abord individuel avant de devenir social, c’est donc en nous et autour de nous qu’il faut d’abord le combattre si nous voulons rendre la société meilleure.

     

    Travaillons donc sans cesse à notre amélioration personnelle, et faisons le plus de bien possible, dans le milieu où la Providence nous a placé.

     

    De nos jours, une politique de réaction violente semble rencontrer quelques succès auprès d’un certain nombre de catholiques. Il y a là un immense danger pour l’avenir du catholicisme en France qui devrait se maintenir en dehors de nos luttes politiques. Certains incroyants ne considèrent la religion que comme un gendarme moral. Si elle n’était que cela, elle serait en réalité peu de choses. Pour certains bien-pensants, la religion est considérée par eux comme la gardienne de leur coffre-fort. Si elle n’était que cela, nous n’aurions aucune raison de la respecter. Proclamons donc avec force que la religion du CHRIST n’est inféodée à aucun système politique ou économique. Les papes l’ont proclamé bien souvent.

     

    … /…

     

    En lisant, il y a quelques temps déjà, la belle lettre du Cardinal Maurin (1916-1936), au sujet des syndicats, et plus récemment le message du Cardinal BOURNE à la nation anglaise, je me disais que ces deux éminents prélats traçaient un merveilleux programme d’action social pour l’après-guerre. Il y aura là un immense champ d’action, ouvert de ceux d’entre nous qui échapperont à la terrible étreinte de la guerre et reviendront pour : « travailler à la vigne » dont parle l’Evangile

     

    Ces fortes paroles de l’Abbé Peyre sont plus que jamais de circonstance :

    «  Il faudrait, disait-il, que dans les temps où nous sommes, un chrétien intelligent ne se laisse dépasser par personne dans l’étude et dans l’application des scènes sociales. Nous ne devrions pas souffrir, bons chrétiens, que quelqu’un dans le monde parlât mieux que nous sur les questions qui agitent si puissamment et si légitimement les esprits de ce siècle, et que l’Evangile a seule soulevé dans l’univers les questions du paupérisme, du travail, de la famille, associations de secours mutuels, des caisses de retraites, des syndicats, des crèches, du travail des femmes et des enfants ; questions qu’une importance absolue et qui intéresse les fondements de la société humaine. Il faudrait que tous les catholiques se pénètrent bien de ces principes. Malheureusement, beaucoup d’hommes ont méconnu la grande loi d’amour et de fraternité que le Christ a apportée au monde ; en se laissant conduire par la haine, l’orgueil et l’égoïsme.

     

    Depuis vingt siècles, la céleste et éclatante lumière de la Rédemption projette ses rayons vivificateurs sur l’écran de notre monde en ébullition qui, plus que jamais à besoins de cette divine lumière.

     

    Souhaitons qu’à l’exemple de l’apôtre Saint-Paul, les cœurs sincères qui veulent aller au vrai avec toute leur âme, trouvent eux aussi leur chemin de Damas et soient éblouis par la lumière du Christ. Domptant l’orgueil de leur esprit, ils se prosterneront devant la Croix Rédemptrice. L’Evangile du Christ qui fit couler, avec l’esclavage antique, la Rome sensuelle des Césars, est le fondement de tout progrès social.

     

    Comme le disait si bien l’universitaire catholique Philippe Gonnard, professeur d’histoire du Lycée de Lyon, tombé héroïquement devant Verdun : « Nous savons que l’ordre social n’est pas fondé sur la force mais sur l’amour, et qu’il ne dépend pas d’un sabre dressé sur son trône, mais d’une Croix adorée dans chaque foyer ».

     

    …/…

     

    FOURNITURES POUR L’ALLEMAGNE

    Sur mon carnet de guerre 1914-1918, j’avais émis la réflexion suivante : beaucoup se laissent conduire en aveugles par l’égoïsme qui leur fait souvent sacrifier l’intérêt général de la nation sur l’autel de leurs intérêts particuliers.

     

    Confirmation de l’affirmation ci-dessus nous a été donné entre les deux guerres, à maintes reprises.

     

    La cause de la seconde guerre mondiale fût le réarmement formidable de l’Allemagne hitlérienne. Or, cette Allemagne ne possédait pas les ressources nécessaires à ce réarmement intensif Si nous lui avions refusé ces ressources la tentative nazie se trouvait paralysée

     

    C’est en effet la France qui contribua au réarmement de l’Allemagne parce que, au-dessus des peuples qui veulent la paix, il y a les trusts pour lesquels l’argent n’a pas d’odeur et qui s’enrichissent par la préparation de la guerre.

     

    Voici puisé dans une excellente revue : LA PAIX, par le droit, des statistiques concernant les achats faits chez nous par l’Allemagne en 1932 et 1934. Vous noterez la progression fantastique de ces achats :

           

    Matière : en tonnes

    1932

    1934

    -        Minerai de fer pour la construction d’armement

    7 608 518

    18 038 897

     

    -        Minerai de nickel

    95 918

    297 687

    -        Chrome

    272 912

    483 078

    -        Chlorure de sodium

    93 677

    120 972

    -        Produits résineux (explosifs)

    86 173

    207 681

    -        Coton en fil et déchets

    54 173

    118 322

    -        Produits chimiques divers

    151 280

    552 655

    -        Bois pour crosses de fusils

    6 659

    14 133

     

    Indépendamment de ces livraisons directes, des quantités considérables de matériel de guerre expédiées de France par la SUISSE. Le fait m’avait été signalé par un ancien employé de la gare de Perrache à Lyon qui fût assassiné par la gestapo durant la dernière guerre.

    C’est ainsi que les rails du petit chemin de fer à voie étroite, qui réunissait REGNY à BALBIGNY et continuait sur VICHY, furent démontés en un temps record et paraît-il passèrent en SUISSE suffisamment à temps pour nous permettre de les recevoir, sous forme de bombes, pendant la débâcle de 1940 !

                                                                           ---------------------------

    C’est fin 1910 que Monsieur Antoine Desvernay me procure l’emploi de caissier-comptable aux Crayons Conté. En juillet 1912 je me mariai et venais habiter Régny. Au début de 1914, j’effectuai une période de 18 jours et quelques mois après je partais pour 5 ans à la guerre, dans la compagnie d’armée de pontonnier n° 23.

     

    Notre départ pour le front eut lieu d’Avignon le 15 août 1914. En passant à Dole dans le Jura, j’aperçus sur le quai de la gare, le camion de déménagement de monsieur Chaintre de Régny. Il avait été réquisitionné à la mobilisation. En débarquant à la gare d’Igney, nous étions un peu émus. Nous prenions de suite la direction de Rambervillers et traversions un champ de bataille ; j’avisais une paire de chaussures dans un fossé, mais en voulant l’emporter je m’aperçus qu’une jambe était demeurée dans le soulier, inutile de vous dire que je la laissais sur place.

     

    Un peu plus tard, nous traversions le champ de bataille de Sarrebourg, il y avait là des cadavres non encore enterrés et quelques chevaux qui agonisaient. Pour les empêcher de souffrir, notre capitaine en acheva quelques-uns avec son révolver.

     

    Un peu plus tard encore nous allions réparer les ponts à Baccarat et construire des passerelles complémentaires. Puis ce fût la réparation et la construction de ponts sur la Moselle à Marbaclo, Dieulouard et Pont à Mousson.

     

    Nous demeurâmes plusieurs mois à Jezainville et allions travailler en forêt de Puvenelle.

     

    …/…

     

    Pendant l’hiver de 1916, j’ai été détaché au génie de l’armée. On m’avait doté d’un sapeur-conducteur, d’un cheval et d’une voiture du génie monté. J’étais chargé de visiter les communes de l’arrondissement de Neufchâteau, pour aménager des cantonnements destinés à loger les troupes américaines. Je devais aménager des cantonnements pour loger le plus grand nombre d’hommes et de chevaux.

     

    Je rendais d’abord visite aux maires pour leur expliquer la mission qui m’avait été confié. Au début il paraissait un peu réticents, mais lorsque je leur indiquais que le génie effectuerait tous les travaux de réparations nécessaires aux immeubles, réparations des planchers, pose d’échelles de meuniers avec rampes pour l’accès aux greniers et granges, etc. Mon travail se trouva bien facilité.

     

    J’établissais un plan des communes avec indication du nombre d’hommes et de chevaux qu’il serait possible de loger chez chaque propriétaire. Du reste des équipes vinrent immédiatement pour réparer tous les locaux.

     

    Un jour où nous manquions de planches de parquet, je vis arriver un lot important de madriers en chêne de 4 c/m d’épaisseur pour les remplacer. J’ai su par la suite que ces madriers venaient de Pagny/sur/Moselle où il y avait un important chantier du génie pour la construction de poutrelles en ciment armé pour les blockhaus des tranchées. Or trois mois plus tard, lorsque ma mission fût terminée, on me détacha à Pagny/sur/Moselle pour la confection des poutrelles en ciment armé, et il n’y avait plus de madriers en chêne, on les avait remplacés par des planches de 27 c/m.

     

    Pendant mon séjour dans l’une des communes que j’avais aménagé, j’ai fait la connaissance de l’ancien précepteur français de l’Impératrice Zita d’Autriche. Cet homme, très cultivé, me permis de passer quelques moments charmants, dans son intimité.

     

    Un peu plus tard, notre compagnie fût affectée, avec d’autres compagnies, du génie, à la construction d’un campement de 800 baraques à Bois l’Evêque, au sud de Toul. Ces travaux très importants étaient commandés par un officier supérieur du génie.

     

    Les travaux furent très activement poussés. J’étais chargé du matériel, Or je m’aperçus au bout de quelques jours que les rondelles de boulons faisant partie du matériel disparaissaient avec une rapidité surprenante. Les sapeur qui avaient une journée de repos le dimanche s’étaient aperçus que les rondelles de boulons remplaçaient avantageusement les pièces de bronze de dix centimes pour faire fonctionner les pianos mécanique qui étaient très nombreux dans la région. Tous les villages voisins en possédaient et le dimanche ils fonctionnaient continuellement, grâce aux rondelles. Bien entendu, lorsque les propriétaires des pianos s’aperçurent que les sous en bronze étaient remplacés par des rondelles de boulons, ils furent certainement vexés.

     

    Vers la fin des mêmes travaux, on amena des camions des meubles de la place de Toul pour aménager les nombreux baraquements. Un certain jour, au moment du déchargement d’une ancienne commode à tiroirs, elle glissa sur le plan incliné à l’arrière du camion et les trois tiroirs de la commode se renversèrent sur la chaussée.

     

    Savez-vous ce qu’ils contenaient ? Tous les plans des forts de Toul, avec les dossiers annexes comportant les batteries à installer dans le camp retranché en cas de siège, ainsi que les canevas de tir de ces batteries et les zones à bombarder. J’allais immédiatement prévenir le commandant du génie chargé des travaux qui fût extrêmement surpris. Et Bien les plans des forts de Toul sont bien gardés, s’exclame-t-il ! Il fit immédiatement charger tous ces plans dans sa voiture pour ramener immédiatement ces documents secrets à la place de Toul.

     

    Là il eut le mot de l’énigme. C’est bien simple. Cette commode se trouvait dans une pièce dont un militaire avait la garde. Or ce militaire avait été relevé par la loi Dalbiez et on ne lui avait désigné aucun remplaçant.

     

    C’est ce qui explique que les plans des forts de Toul n’étant plus gardés par personne, ils leur avaient été  possible de prendre la clef des champs !

     

                          

     

     

     

     


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