• LAY JARDIN

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  • A DEPARTEMENT RHONE LOIRE 2
     

    Le cas du FOREZ en 1790

     

    Connaissez-vous le département du Rhône-et-Loire ? Il a existé ! Ce fut l’un des 83 départements créés le 4 mars 1790 en application de la loi du 22 décembre 1789. Ce département rassemblait Lyonnais, du Beaujolais et du Forez.

     

    Les révolutionnaires avaient crée ce département sur proposition du comité de constitution,  qui présentât un rapport le 8 janvier 1790 :

     

    « Le Lyonnais, le Beaujolais et le Forez présentent ensemble une surface suffisante pour faire un très beau département. Le Forez dont la superficie n’est que d’environ 230 lieues, a demandé avec insistance de n’être point réuni avec Lyon sous une même administration ; il aurait volontiers consenti à se joindre au Beaujolais ; mais dans l’une ou l’autre supposition, il devenait impossible de faire un département avec le Lyonnais et le comité a cru convenable que les trois provinces fussent réunies, et que leur étendue, qui est d’environ 360 lieu, n’était pas excessive eu égard à l’importance de la ville de Lyon, dont il était nécessaire de balancer l’influence. Si l’Assemblée adopte l’opinion du comité, il restera encore une difficulté à lever : elle résulte de la demande que fait le bourg ou faubourg de la Guillotière d’être réuni au Dauphiné. La ville de Lyon réclame avec force contre cette prétention, qui vous sera soumise avec plus de détail. Mais quelle que puisse être la décision que vous prenez sur cet objet, elle n’altérera point essentiellement le département que le comité propose. »

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    Dès le lendemain, les députés du Lyonnais, Forez et Beaujolais, réunis en « comité

     

    départemental », arrêtèrent ce qui suit :

     

    « Les provinces de Lyonnais (y compris la ville de Lyon), de Forez et de Beaujolais, assemblée en comité, ont arrêté et sont demeurées d’accord : 1° de ne faire qu’un département ; 2° d’établir six districts, savoir : l’un à Lyon pour la ville ; le second aussi dans la ville pour la campagne du Lyonnais ; le troisième à Montbrison ; le quatrième à Saint-Etienne ; le cinquième à Roanne et le sixième à Villefranche. Le présent arrêté pris sous le bon plaisir du comité de constitution et de l’Assemblé nationale, et sous la réserve des trois provinces de demander, comme clause nécessaire, l’établissement d’un nombre de tribunaux du second ordre au-delà de celui des districts et même de le porter à deux par district. «  Arrêté, en outre, que le siège du département et de son directoire sera alternativement dans chacun des chefs-lieux de district, dans l’ordre suivant, savoir : Lyon pour la ville, une seconde fois Lyon pour le Lyonnais, Montbrison, Saint-Etienne, Roanne et Villefranche, sauf cependant au département, quand il sera assemblé, à changer ce second arrangement, et en faire tel autre qu’il avisera.

    « Arrêté encore que les trois provinces ne seront morcelées en aucune manière, et qu’elles resteront unies comme elles l’on toujours été en généralité. »

     

    Le 3 février 1790, l’Assemblée nationale constituante rendit le décret suivant :

     

    « L’assemblée nationale décrète, d’après l’avis du comité de constitution :

     

    1° que le département de Lyonnais, Forez et Beaujolais, est divisé en six districts.

     

     2° que Lyon, provisoirement chef-lieu de ce département, sera aussi celui de son district, et comprendra la ville, ses faubourgs et dépendances et qu’il sera chef-lieu du district de la campagne ou de l’intérieur.

     

     3° que les chefs-lieux des autres districts sont : Saint-Etienne, Montbrison, Roanne et Villefranche .

     

    4° que les séances du département alterneront, en conformité de l’arrêté des députés déposé au comité de constitution, à moins que les électeurs ne préfèrent fixer définitivement le chef-lieu.

     

    5° que la paroisse d’Arconsat, qui a été prise dans le département de l’Auvergne, sur sa limite du Forez, appartiendra au département du Lyonnais, Forez et Beaujolais, ou à celui d’Auvergne, suivant le vœu que formeront la pluralité des électeurs de la municipalité de cette ville. Sauf, en faveur des autres villes de ce département, s’il y a lieu, la répartition des établissements qui seront déterminés par la Constitution ».

     

    Et pourtant, en 1793, l’insurrection fédéraliste de Lyon va entraîner le démembrement du département de Rhône-et-Loire. En 1793, Lyon se rebelle contre la Convention et chercher à gagner à la Contre-Révolution le Beaujolais et le Forez. Aussitôt, l’Armée des Alpes qui représente La Convention : le 12 août 1793, un arrêté signé Dubois-Crancé, Sébastien de Laporte, Claude Javogues et Gauthie crée le département de la Loire :

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    « Considérant que l’administration de Rhône-et-Loire n’existe plus d’une manière légale. (…) Considérant que les lois ne peuvent être exécutées dans l’étendue d’un département dont le chef-lieu est déclaré en état de révolte, que la ci-devant Forez compose une partie très importante de ce département, que les circonstances actuelles exigent la séparation ou division du département de Rhône-Loire, que cette division est encore conforme aux principes qui veulent que les administrés soient rapprochés de leurs administrations, qu’il n’existe pas sans nécessité absolue des départements trop supérieurs par leur population aux autres, ont arrêté : 

     

    Article premier : Il y aura provisoirement un département composé des districts de Saint-Etienne, Montbrison et Roanne dont la population surpasse trois cent mille âmes.

     

    Article second : Ce département portera le nom de La Loire et le chef-lieu sera la ville de Feurs, jusqu’à ce que les administrés aient émis leur vœu sur son emplacement (…) »

     

    Le département de Rhône-et-Loire avait vécu !

     

                                                                                  Almanach 2014 de Loire-Forez

     

     

    http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=1645

     


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  • Sans titre 2
     

    QUELQUES NOTES SUR LES MARECHAUX FERRANTS DE LA

    REGION DE FIRMINY (LOIRE)

     

    Le territoire de Firminy est situé sur le passage de la route nationale n° 88, ancienne route impériale de Lyon à Toulouse, ancienne route royale et moyenâgeuse de Lyon en Languedoc.

     

    Firminy joua un rôle assez important dans l’histoire du roulage, du fait de sa situation d’abord et aussi par suite de son industrie de la clouterie à main qui date du XVII° siècle.  Il y avait à Firminy de nombreux rouliers, les uns allaient en Auvergne sur le rivage (du Rhône), ou dans le midi chercher du vin, d’abord à dos de mulet dans des outres, plus tard sur des charrettes. Les convois qui emportaient les caisses de clous, revenaient chargés (en outre du vin), d’oranges, de tissus, de laine, de tabac, de poudre. Dans ce dernier cas, le convoi était, d’étape en étape, accompagné de deux gendarmes.

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    A la sortie de Firminy, en allant vers le Velay, se trouvaient la dure et longue côte de Saint-Ferréol. Cette montée avait nécessité la création de renforts. Au quartier du Logis-neuf, on voyait jusqu’à la guerre, les vestiges des grandes auberges, gîtes d’étape des rouliers, et surtout des vastes écuries où se reposaient les mulets et chevaux des rouliers, et où se trouvaient les mulets et chevaux qu’on empruntait comme renfort pour franchir la redoutable côte. (Ces écuries sont, pour la plupart, devenus des garages d’autos).

     

    C’est encore dans ce quartier que se trouvaient les bourreliers et les maréchaux.

     

    Firminy fût, de tous temps, un bourg important. La boutique du maréchal était assez vaste, quoi que sombre. Il y avait généralement une porte sur la rue et une fenêtre, la plupart du temps devant laquelle se trouvait l’étau à limer et les principaux outils. La proximité du charbon et son bas prix, empêchait l’emploi de tout autre combustible

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    La forge ressemblait à toutes les forges de village. Il y avait un ou deux soufflets (qu’on fabriquait à Firminy où cette industrie est contemporaine de la clouterie). Le forgeron ne s’occupait pas de serrurerie, cette industrie étant localisée à la Ricamarie et à Saint-Bonnet-le-Château. A Saint-Genest-Lerpt, on fabriquait des mouchettes depuis le XVII° siècle.

     

    En dehors du ferrage des chevaux, mulets et vaches, le forgeron s’occupait un peu de ferronnerie et de Taillanderie.

    A proximité de la forge, sous un « chapit » (petit abri) se trouvait le « travail » à ferrer les vaches. Cet instrument s’appelait en patois « en’engin ». L’outillage était celui de tous les forgerons.

     

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    Le forgeron s’occupait très rarement de charronnage, et c’est le charron qui cerclait les roues. Pourtant dans les petits villages de campagne, ces deux professions se combinaient assez souvent. Le forgeron réparait les machines agricoles.

     

    La boutique des forgerons de Firminy, comportait toujours un ou deux bancs où venaient s’asseoir les oisifs où les anciens du village, pour deviser et chauffer. On y consommait pas mal de litres de vin, surtout au XIX°. Autrefois on y buvait du cidre de pays ou de la piquette.

    Le forgeron était parfois rebouteur et assez souvent il arrachait les dents. La boutique était jadis (avant que les gens achètent le journal) l’endroit où l’on apprenait les nouvelles et où l’on commentait les évènements. C’est là que les campagnards puisaient les seuls renseignements qu’ils emportaient dans les hameaux.

     

    On y faisait aussi de la politique, et souvent de la politique assez avancée. Sous l’Empire c’était le lieu de réunion des républicains. On y préparait les élections municipales, et la puissance de ces officines ou parlottes était très redoutée des candidats.

    Dans une forge de Firminy se réunissaient sous l’Empire les disciples de Mesmer, on y discutait spiritisme, quelques personnes possédaient des livres rares ou redoutés ; on y lisait le grand et le petit Albert.

     

    On y chantait aussi, le compagnon surtout, en tirant le soufflet, de vieilles chansons françaises ou en patois, mais les chansons en patois de Firminy sont assez rares. On y chantait des chansons en patois de la Haute-Loire, car l’influence languedocienne était très forte dans notre canton, et aussi du patois gaga (Chapelon, etc.).

     

    A Unieux, le forgeron Bernard, dit Le Fin, était un esprit très indépendant. Il lutta contre l’Empire. Dès la proclamation de la République. Il mit à sa fenêtre un buste de la République entouré de drapeaux et de lampion. Comme ses confrères, il s’amusait à faire aux paysans de grosses farces et abusait un peu de leur crédulité.

     

    Ce forgeron, d’ailleurs très intelligent, avait inventé et fait breveter en 1870 une machine à matricer des fers à bœufs.

     

    Sans appartenir à une confrérie, les forgerons fêtaient aussi la Saint-Eloi par des libations dans leur boutique. A cette occasion on faisait cuire la saucisse à la forge et on la mangeait sur place en buvant du cidre ou du vin.

     

    La boutique du maréchal était surmontée d’une panoplie formée d’un panonceau portant le nom du maréchal et tout autour, au bout d’une tige, des fers de toutes les formes imaginables.

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    Pendant longtemps, les forgerons de Firminy firent leurs clous eux-mêmes.

     

    Les apprentis forgerons venaient de la Haute-Loire ou des campagnes environnantes.

     

    Actuellement il reste quelques maréchaux-ferrants à Firminy ou dans les environs, soit pour les paysans et les nombreux voituriers artisans qui font le transport du charbon pour les particuliers, soit pour les chevaux de mines.

     

    Dans les très anciennes carrières de pierres (grès houiller) de Firminy, on employait pour tirer les blocs de pierre du fond de la carrière, des sortes de grands tourniquets verticaux appelés « vargues », le câble s’enroulait autour d’un axe central. La machine était mue par un cheval. Les voitures des carriers donnaient aussi du travail aux forgerons.

     

    Mais dans la région de Firminy la boutique du maréchal était fortement concurrencée par la boutique du cloutier. Là aussi, il y avait un banc pour les amis ; là aussi, on faisait de la politique, on chantait de vieilles chansons, on buvait force bolées de cidre et force litres de vin du Rivage ou du Beaujolais.

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    On y racontait les vieilles histoires en patois, des gaudrioles, on mystifiait les plus naïfs et pour que le cloutier ne perde pas son temps, un assistant tirait le soufflet pendant qu’il forgeait.

     

    D’une façon générale, le maréchal et le charron se partageaient les travaux de taillanderie et de réparation des pièces de machines agricoles.

     

    Albert Boissier (Bibliothécaire – Archiviste) Revue de Folklore Français années 1930


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  • Dans son dernier numéro n° 291 de « Vivre à Roanne » figure un article sur une des COMMEMORATIONS DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE sous le titre : « Une délégation roannaise se rend à Ménil sur Belvitte (Vosges).

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    Répondant à l’invitation de la municipalité de Ménil sur Belvitte, Christian Maisonneuve, Adjoint au Maire en charge des anciens combattants, et le porte-drapeau de la Ville de Roanne, se sont rendus dans ce village de Lorraine pour participer aux commémorations du centenaire de la Grande Guerre.

     

    En août 1914, le 98° Régiment d’Infanterie en garnison à Roanne, était parti dans les Vosges pour stopper l’avancée allemande. En tout, ce sont 4000 morts qui tombent au champ d’honneur en trois semaines de combats acharnés, soit un tous les 10 m2 !

    En mémoire des « Poilus » roannais, la Ville de Roanne avait en 1917 offert un drapeau, qui, depuis, est porté par un habitant de Ménil sur Belvitte à chaque commémoration anniversaire. Cette année, c’est le porte-drapeau de la Ville de Roanne qui a  eu cet honneur ! Les Roannais n’oublient pas.

     

     Note de Bernard : Mon père était originaire de ce beau département des Vosges. J’ai en mémoire les souvenirs heureux de nombreux mois de « grandes vacances » passés en famille chez ma grand-mère paternelle. Encore aujourd’hui cette région de Lorraine me tient à cœur.

    Les cartes postales anciennes utilisées pour illustrer cet article proviennent de divers sites d’Internet, consultés dans le cadre de recherches faites sur la Grande Guerre par l’Association Philatélique et Cartophile du Roannais.

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    L'Ubaye et la bataille du 28 août 1914 de Ménil dans les Vosges

     

     

    En avril 2009, Yvon Arnaud, rencontré au marché de Barcelonnette me pose cette question : « Toi, l’ancien alpin, est ce que Ménil te dit quelque chose ? » « Non, vraiment, Ménil ne me dit rien ».

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    Yvon, passionné par l’histoire du vallon de Fours, en consultant les archives communales de Fours, avait par hasard lu dans le registre de délibérations de la commune qu’en mars 1922, le conseil municipal avait voté la somme de 20 francs comme participation à l’élaboration d’un monument à la gloire de l’Infanterie Alpine à Ménil dans les Vosges.

     

     

    Au sein de l’Amicale Ubayenne des Chasseurs Alpins, un de nos membres, le colonel Edmond Vayriot, ancien commandant en second du 11ème BCA dans les années 1970, habite à Gérardmer. Contacté, Le colonel me dit : « Facile, Ménil se trouve à 10 km de Gérardmer, j’y passe souvent. Je vais y faire un tour !». Quelque temps après, il m’appelle et me dit qu’il n’y a absolument rien. Le maire de ce village, également questionné, affirme qu’il n’y a aucun monument de ce type dans son village.

    Le mystère demeure !

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    Quelque temps après, une délégation de notre association est invitée à Beuil par l’Amicale des Anciens du 22ème BCA. Henri Béraud, le célèbre historien et écrivain (on lui doit l’œuvre magistrale de l’Album Mémorial du Combat dans les Alpes) était également présent. A Plus de 80 ans, sa mémoire est infaillible. Au milieu d’une conversation à table, il me vient l’idée de lui poser la question sur Ménil. Immédiatement, une réponse complète, précise fuse : « mais cher ami, il s’agit sûrement des combats autour du 28 août 1914 à Ménil-sur-Belvitte  dans les Vosges (entre Baccarat et Rambervilliers) où la 44ème division (dont faisait partie le 157ème RI qui tenait garnison en Ubaye et à Gap) a repris, après de violents combats ce village puis le col de la Chippotte.

     

     

    D’ailleurs, il s’y trouve un très beau monument, sans doute le plus beau à ma connaissance à la gloire de l’Infanterie Alpine ». Tout devenait limpide. J’avais de quoi approfondir des recherches et répondre à Yvon Arnaud. Dans la foulée, Henri Béraud m’envoie une photo  de ce monument.

     

    Au bout de quelques temps de recherche sur Internet et dans des ouvrages consacrés au début de ce premier conflit mondial, voilà ce que l’on peut dire sur Ménil :Ménil est un nom courant en Lorraine. Ce nom vient de Méné, c'est-à-dire la maison de famille du chef. Dans les Vosges, il y a au moins une dizaine de villages qui portent ce nom. Dès septembre 1914, le drame de cette bataille désormais connu en Ubaye alimentait les conversations et bientôt on ne disait plus Ménil-sur-Belvitte mais tout simplement Ménil. C’est un village de 300 âmes à peine, constitué d’une seule rue avec des maisons de part et d’autre, d’une école et d’une église. Ce village est en bordure ouest des Vosges à 8 km au sud de Baccarat et au nord-ouest de Rambervillers.

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    Le 157ème Régiment d’Infanterie

     

    Nous sommes en août 1914. Le 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale est transmis par la Gendarmerie au 157ème Régiment d’Infanterie de Ligne (souvent appelé quinze/sept) dont deux bataillons stationnent en Ubaye à Tournoux, Jausiers, Viraysse, Roche-La-Croix et St-Vincent-les-Forts. Les deux autres bataillons stationnent à Gap. Le 15/7 a été mis sur pied en 1887 comme le 15/8 (Tarentaise et Maurienne) et le 15/9 de Briançon, lors de la création de 18 régiments territoriaux pour défendre tous les ouvrages fortifiés le long de la frontière de l’Est.

     

    Début des années 1900, ce régiment s’instruit, manœuvre, parcourt à pied, en compagnie de mulets tous les vallons ubayens à Fours ou ailleurs. Il participe à de nombreuses réalisations routières et a notamment travaillé au déblaiement de la piste de Restefond.

     

    La guerre approche. En 1914, c’est devenu un gros régiment avec plus de 50 officiers, 264 sous-officiers, plus de 4000 hommes, 117 chevaux de selle ou de trait et 232 mulets. De nombreux Ubayens y font leur service militaire.

     

    Dès le 1er août, selon les instructions en vigueur, l’état-major du régiment tient à jour le JMO (le journal de marche et des opérations). Ainsi, on peut connaître exactement le déroulement des actions principales du régiment. Le régiment se met donc sur pied de guerre et reçoit ses réservistes du 3 au 7 août.

     

    Or, le 3 août, l’Italie annonce sa neutralité. Le 15/7 n’a plus de raison de défendre la frontière et est donc mis à la disposition de l’état-major. C’est pourquoi, on va vite l’engager au sud de l’Alsace. Peu à peu, il quitte ses différents casernements. Le 12, le régiment est prêt. Le 13, il rejoint Chorges et est embarqué pour l’Alsace le 17 à bord de 5 trains.

    Dès le 19 aout, c’est le baptême du feu à Walheim près de Mulhouse.

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    La bataille de Ménil-sur-Belvitte

    Mais la situation se dégradant dans les Vosges après la débâcle de Morhange où les allemands tentent de percer vers le sud en direction de Baccarat et de Raon-l’Etape afin de contourner Nancy, on a besoin de renfort. Le régiment, toujours disponible, est embarqué le 23 pour rejoindre St-Dié où il arrive le 25 août. Il y arrive en compagnie d’autres unités des 88ème et 89ème brigades de la 44ème division. Cette division fera partie d’environ 225 000 Français qui vont s’opposer à 300 000 Allemands dans ce qu’on appelle la Bataille de la Mortagne.

    Car face à l’Est se trouve au nord la 1re armée du général de Castelnau et à sa droite la 2ème armée du général Dubail face aux Vosges. Mise en échec entre Morhange et Sarrebourg, la 1re armée bat en retraite à l’est de Nancy vers la Mortagne (affluent de la Meurthe passant par Rambervilliers) du 21 au 23 août. Lunéville est pris par les Allemands. L’intention de l’état-major est de protéger la trouée de Charmes en se liant à l’armée du général Dubail. 

     En effet, l’idée des Allemands est de passer par cette trouée de Charmes séparant les forts de Toul de ceux d’Epinal puis d’atteindre la Meuse en tentant de prendre Commercy, Bar-le-Duc et Verdun, par un mouvement de revers. Par contre, le généralissime Joffre donne l’ordre de défendre Nancy et de tenir à outrance devant Charmes tandis que Dubail sur la Mortagne et la Meurthe pourra attaquer de flanc les forces allemandes.

     

    Du 25 au 1er septembre, de nombreuses attaques successives de tous les bataillons permettent enfin à la 44ème Division de reprendre le col de la Chipotte. En effet, la possession de ce col a une importance capitale, les Allemands pouvant alors poursuivre leur avance dans un terrain plus facile.

    C’est pourquoi dès son débarquement à St-Dié, à marche forcée, le 15/7 rejoint le village de Bru au nord de Rambervilliers et y cantonne. L’attaque est prévue pour le 26.

    Ce jour-là, le 3ème bataillon soutenu par les autres bataillons attaque les Allemands qui sont au Ménil.

     

    Le débouché du bois d’Anglemont est terrible car il est victime des tirs de 105 mm et de 77 mm situés derrière le plateau de Ste-Barbe. Impossible de franchir le glacis de 800 m. Le bataillon se replie et rentre dans les bois.

    Le 27, nouvelle attaque avec les 1ers et 4ème bataillons. Cette fois-ci le village est atteint sauf la partie nord. Puis les 2ème et 3ème bataillons attaquent en direction de Ste-Barbe à travers bois afin de s’emparer des batteries de 105 qui ont fait échouer les attaques précédentes. Mais les Allemands qui ont surpris ce mouvement empêchent cette progression par des feux nourris qui causent de nombreuses pertes. Le 3ème bataillon passe une nuit terrible. Au petit matin du 28 août, dès 5 h, une contrattaque allemande menée par au moins deux régiment va causer de nombreuses pertes au 15/7. Mais non soutenus à l’arrière, les deux bataillons engagés sont obligés de se retirer sur les positions de la veille. Sur un glacis de 200m environ sous les feux de l’artillerie allemande. Des pertes importantes sont constatées.

     

    Les jours suivants, le régiment est reconstitué et occupe des tranchées établies autour de Germénil. A côté, c’est le 159ème RIA qui a la charge de s’emparer du col de la Chipotte tandis que le 163ème RI combat du côté d’Anglemont. Durant ces quelques jours, ce sont une vingtaine de régiments, soit l’équivalent de 2 divisions qui participent à ce combat désormais appelé la Bataille de Mortagne. Mi-septembre, les Allemands sont enfin contenus en avant de Ménil et du col de la Chipotte. La guerre des tranchées va commencer.

     

    Le bilan de ces journées de combats est extrêmement lourd. Pour la seule journée du 28, selon le JMO, on recense 27 tués qui sont ramenés à l’arrière ainsi que 168 blessés mais on déplore l’absence de 647 hommes restés sur le terrain qui sont considérés comme disparus. En 2 jours à peine, le 15/7 perd ¼ de son effectif. A l’heure où sont écrites ces lignes, j’ai recensé 32 Ubayens tués à l’ennemi ce jour-là. Ce fut considéré comme une hécatombe même s’il y a eu plus de pertes du côté allemand.

     

    Dès la nouvelle connue en Ubaye, ce fut un terrible choc. A peine une quinzaine de jours après le début du conflit, l’Ubaye entre de plain-pied dans l’ambiance redoutée de la Guerre. Même si, par la suite, d’autres Ubayens tombèrent au front, la bataille de Ménil fût sans aucun doute la plus terrible.

     

    Quelques mots sur la poursuite de la guerre du 15/7. Fin 1914, le 15/7 va se battre dans la Woevre, à l’est de Verdun. Puis, on le dirige en Belgique où il se bat sur l’Yser. Le roi des Belges visite des blessés du 15/7 à l’hôpital de Furnes. En 1915, il est ramené en France et se bat à Flirey en Meurthe-et-Moselle de janvier à mars. D’autres Ubayens appartenant toujours au 15/7 tombent à nouveau à. Flirey, à Bouconville. Puis en 1916,  ils participent  aux combats de Verdun et d’Avocourt. Enfin, on rejoint les Vosges du côté de la Chapelotte avant d’être désigné en 1917 pour renforcer l’armée d’Orient au sein de la 76ème DI et ne rejoindre la France qu’en 1919.

     

    L’Ubaye et Ménil après cette bataille, l’hommage permanent aux héros

    Le triste et tragique bilan du 28 août est peu à peu annoncé aux Ubayens. Hélas, pour certaines familles, il faut attendre de longues années (jusqu’en 1920) pour que des soldats soient considérés par des tribunaux administratifs comme « tués à l’ennemi au Ménil ».

     

    Dignement, l’Ubaye fait front et fait preuve de solidarité. Les municipalités et les voisins s’occupent des familles meurtries. Des comités de secours aux soldats se créent. Dans les écoles, on tricote des chaussettes ou des tours de cou pour nos braves soldats. Des paysans fournissent des pommes de terre qui partent en train pour le front.

     

    Dès 1915, on rend hommage aux « Morts pour la France » tombés à Ménil. Et ceci, grâce à l’Abbé Collé, curé du village, qui a suivi ces combats durant dix-neuf jours autour de sa commune. En pleine bataille, il s’occupe des blessés et transforme son presbytère en infirmerie.

     

    Avec quelques paroissiens, il enterre sommairement les nombreux morts. Dans le livre « La Lorraine dévastée » de Maurice Barrès, l’auteur raconte la guerre vécue par l’abbé Collé, les bombardements des 26 et 27, août, l’incendie d’une partie de son église qu’il essaie seul avec une pompe à eau d’éteindre, la récupération des blessés transportés dans une brouette, la prise des adresses des blessés afin de donner des nouvelles aux familles, la recherche dès le calme établi vers le 13 septembre des testaments, livrets de caisse d’épargne, lettres, couteaux, objets personnels de façon à consoler les familles. Il procède aux identifications, enterre sommairement les victimes aidés par les villageois, numérote les tombes. De nombreux cimetières sont confectionnés aux quatre coins du village que des cartes postales encore en vente dans les sites des collectionneurs immortalisent. Il crée provisoirement « l’Œuvre des Tombes »et recueille des dons.

     

    Il écrit à toutes les communes concernées par la bataille. A Lyon, c’est un « groupement des disparus des Vosges » qui est créé. A chaque printemps, il fait mettre des pervenches et petits drapeaux par les petites villageoises sur les tombes des nombreux cimetières jonchés ci et là.

     

    Pour marquer ce lieu de mémoire et de sacrifice, il crée dans une partie du presbytère, partiellement détruit, le premier musée souvenir de ce conflit qu’il appelle « le Musée de la Bataille ». Puis il écrit à toutes les communes concernées et leur demande l’envoi de drapeaux.

     

    En Ubaye, une souscription est faite pour réaliser un drapeau en soie. Ce premier drapeau est confectionné par des jeunes filles, acheminé au musée dès 1915. Plus tard, toujours à la demande de l’abbé Collé qui désire un drapeau officiel de toutes les communes ayant des enfants tués au Ménil, la ville de Barcelonnette décide à son tour, de réaliser un drapeau aux armes de la cité. Il est confectionné par les dames du Comité de la Croix-Rouge et baptisé lors d’une messe mémorable dans l’église de Barcelonnette le 22 mars 1918 par l’abbé Chabot. La municipalité et les familles l’amènent ensuite à Ménil pour le 4ème anniversaire de la bataille qui a lieu du 26 au 28 août 1918. Par la suite, chaque année, des familles ubayennes accompagnées des délégations municipales se rendent en pèlerinage à Ménil.

     

    Mais l’infatigable curé de Ménil, qui reçoit en 1917 la Croix de Guerre pour son action au milieu des combats, ne s’arrête pas là. Il prend l’initiative, en 1922, de construire un mémorial à la gloire de l’Infanterie Alpine. En Ubaye, on répond favorablement à sa demande. Fours vote en mars 1922 la somme de dix francs, St-Pons, Les Thuiles et  Barcelonnette font de même (en l’état actuel des recherches car dans certaines communes les registres des délibérations n’existent plus comme à la Condamine ou Larche ou Méolans). Mais je suis persuadé qu’elles ont aussi contribué au financement de ce mémorial.

     

    C’est un magnifique monument terminé en 1927. Plus tard, comme partout ailleurs le long du front, c’est l’Etat en créant un ministère ou secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants va généraliser la construction de nécropoles militaires où sont rassemblés peu à peu tous les corps exhumés des innombrables cimetières.

     

    On y trouve de nombreuses tombes d’Ubayens comme celle d’Elie Bellon de Fours avec le numéro 422. Sur une surface de 7850 m2 carrés reposent 1096 corps dont 197 en ossuaire. En 1965, la réfection totale de cette nécropole est faite

    Jusqu’au début de la seconde Guerre Mondiale, l’Ubaye se souvient et chaque année une délégation des familles meurtries s’y recueille.

     

    En 1940, les Allemands ramèneront en Allemagne tous les objets et souvenirs déposés au musée de la Bataille. Peu à peu, les souvenirs s’effaceront. Il n’y aura plus de déplacement à Ménil.

     

    En hommage à : Elie BELLON, Louis FERAUD tous les deux nés à Fours, à Virgile BLANC

    et Joseph Jules FABRE d’Uvernet et aux  28 autres combattants du 157ème Régiment d’Infanterie connus à ce jour tous tués à l’ennemi le 28 août 1914 à Ménil-sur-Belvitte.

    https://sites.google.com/site/amicaleubayennechasseursalpins/informations-utm/l-ubaye-et-la-bataille-du-28-aout-1914-de-menil-dans-les-vosges

     

     

    B MENIL 7
     
    LA CHIPOTTE

     

    C’est dans le massif de la Chipotte que s’opère la lutte désespérée, à partir du 26 août 1914, afin de reprendre une position plus favorable, après de violents combats qui ont émaillé l’offensive d’Alsace et l’échec des batailles de Lorraine.

     

    La bataille des Frontières s’achève le 12 septembre 1914, sur une victoire française mais une partie du territoire vosgien demeure occupée pendant quatre longues années. La Chipotte, devenue nécropole, voit s’ériger plusieurs monuments aux troupes françaises qui y ont combattu. Ils impriment aujourd’hui à ce lieu sacrificiel de la bataille des frontières sa forte identité de col mémoire vosgien


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  • B MENIL 8

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