• A PROPOS DE JOSEPH BERCHOUX DE LAY

     
     

    ILLUSTRATION  : le livre : La Gatronomie, portrait de Berchoux, le "Château de Forest" à Lay où il résida

     

    A PROPOS DE JOSEPH DE BERCHOUX de LAY

    Suite à la lecture de l'article ci-dessous, Madame Moudenc habitante de Lay  nous apporte les précisions suivantes que nous soumettons à nos lecteurs, nous la remercions de sa participation (le  23 février 2011)

    "La famille Berchoux ne pouvait pas être à La Forest à partir de 1600; les parents de Joseph Berchoux ne l'ont habité que de 1765 à 1784. Cette famille est établie plutôt à la Mugtière (rue du Point du Jour) où résident encore des descendants, également Hanotte, en bordure de la nationale, où est né Joseph Berchoux (actuellement maison Raguin, à St Symphorien). Son père n'était pas juge-prévôt à Lay mais avocat au parlement, son grand-père, Joseph de Berchoux, également avocat au Parlement, était juge-châtelain de la justice et chatelainie de Lay; son grand-père maternel était procureur fiscal de ladite chatelainie; son frère cadet Claude Marie a été juge-châtelain de Lay".

    Joseph de Berchoux, né le 3 novembre 1760 à St-Symphorien de Lay d’une ancienne famille de noblesse de robe habitant  le «château de Forest »  à Lay depuis 1600.

     

    Son père était Juge-prévôt à Lay. Sa mère mourut dans sa dix neuvième année. Il étudia d’abord dans la maison paternelle, puis chez les oratoriens à Lyon.

     

     

    Né de parents dont le sort fut heureux,

    Rien n’a troublé les jours de son enfance

    Pleins de douceurs, de joie et d’innocence,

    Hors les ennuis que m’ont parfois donnés

    Certains Romains à m’instruire acharnés.

    Humble habitant d’une rive chérie,

    Aux premiers jours de ma riante vie

    Que m’importaient Horace, Cicéron,

    Térence, Plaute, et Virgile et Nason ?

    Tous les docteurs de l’antique Italie

    Ne valaient pas le jeune polisson,

    Mon premier maître à fouetter la toupie.

    Ces écrivains devenus si fameux,

    Au sein des morts peuvent dormir tranquilles ;

    Mes versions m’ont assez vengé d’eux.

     

    Dès ses premières années, il manifesta du goût pour la poésie et la musique, ce qui décida son père à l’envoyer à Paris où il resta plusieurs années et se perfectionna dans ces deux arts de manière à pouvoir figurer dans le monde spirituel et frivole de cette fin de XVIII° siècle.

     

    Il a dépeint lui-même cette période de sa vie.

     

    De la France je vis l’illustre capitale,

    Non sans donner des pleurs à ma rive natale.

    …………………………………………….

    Une femme servant de guide à ma jeunesse,

    Se rendit de mon sort l’arbitre et la maîtresse ;

    Je trouvai les douceurs d’un amour maternel

    Dans l’asile brillant que m’offrait son hôtel.

    Des beaux-arts réunis je vis tous les miracles.

    Quels concerts ravissants ! Quels bals et quels spectacles !

    Quels aimables soupers ! Qui n’avait pas alors

    A table un peu d’esprit facile et sans efforts ?

     

    Il se lia alors avec quelques hommes de lettres, puis revint à Lay et fut très répandu dans la société provinciale d’alors. Bien pris dans sa petite taille, il composait et chantait d’une voix agréable s’accompagnant de plusieurs instruments, des romances pour les dames.

     

    Puis survint la Révolution, qu’il ne bouda pas trop puisque, à la création des Justices de Paix, il fut élu à ce poste et remplit cette fonction avec « sagacité, douceur et droiture ».

     

    Quand éclata la Terreur, Berchoux se refusant à émigrer se cacha, comme beaucoup de jeunes gens d’alors, dans l’armée.

    Il se rendit à Valence chez son ami M. De Lablanche, qui commandait le bataillon de la Loire, puis à Nice où il fut employé dans les bureaux du payeur de l’armée, et ne quitta ce poste que quand après le 9 thermidor, il put rentrer chez lui en toute sécurité.

     

    Il a raconté sa vie militaire dans les vers pleins d’esprit, et parlé du jeune soldat :

     

    Qui chercha son salut dans ces rangs militaires,

    Formés par la terreur et pourtant volontaires.

     

    Rentré à Lay, il reprit ses fonctions de Juge de Paix et son activité littéraire se manifeste par : « Les Grecs et les Romains » satire de 1797 contre ceux qui servirent de modèles aux Révolutionnaires. Son esprit frondeur se manifeste à l’égard du régime, par une lettre à la commission temporaire des poids et mesures :

     

       « Journal de Lyon du 3 nivôse an IV (24-12-1795). Puisqu’on voulait helléniser les noms de nos poids et mesures, au moins fallait-il ne pas malmener la langue de Platon, au point d’écrire « hectomètre » qui signifie sixième mètre ou sixième de mètre, au lieu de « hécatomètre » (cent mètres) et « kilogramme » ou « kilomètre », qui contiennent un double contre sens, au lieu de « chiliogramme » ou « chiliomètre ».

     

    Lareveillère-Lepeaux, du Directoire, avait institué contre la religion catholique et dans la ligne du culte de la Déesse Raison de Chaumette, une religion nouvelle, la « Théophilantropie » : les prêtres revêtus de robes blanches et coiffés de tricolore récitaient en chaire des hymnes et des cantiques philosophiques en invoquant le « Dieu de la Nature », dans les principales églises de Paris. Une comédie en trois actes de Berchoux, les « Théophilantropes ou les principes » diffusée sous le manteau, couvrit de ridicule cette nouvelle religion et contribua à classer son auteur parmi les « tenants de l’ancien régime ».

     

    Il continua ce rôle d’opposant au Consulat, puis à l’Empire, avec des articles publiés dans « La Quotidienne » sous le pseudonyme de Nacone, et dans la « Gazette de France » revue légitimiste de monsieur Michaud, sous le pseudonyme de  « Mazard ».

     

    C’est en 1801 que notre poète publiait sous son nom le poème de « La Gastronomie », son œuvre maîtresse qui lui valut une réputation mondiale, puisqu’il fut traduit en douze langues, et dont on répète de nombreux vers, sans en connaître l’auteur :

     

    « Rien ne doit déranger l’honnête homme qui dîne »

    « Un poème jamais ne valut un dîner »

     

    « Quand on donne à dîner, on a toujours raison ».

     

    « L’Art Politique » publié en 1819, peut se résumer dans ces vers qui sont en même temps une profession de foi :

     

    Vive le roi ! Voilà tout mon Art politique.

    Parlez de nos devoirs plutôt que de nos droits.

     

    En 1817 « L’Enfant prodige », satire de la Révolution et de ses suites.

    De la même inspiration et sur le même sujet en 1821 : « Six Chapitres de l’Histoire du Citoyen Benjamin Quichotte de la Manche » et en 1833 : « La Liberté, poème en quatre chants, par un petit neveu de Scaron » puis « Les Progrès » autre satire de la Révolution, dans le premier chant duquel il retrace ses jeunes années, n’oublie pas sa gloire de soldat bourgeois.

     

    Poète un peu poltron, troubadour pacifique,

    Je devins caporal de la garde civique

     

    Puis il flétrit au passage la prise de la Bastille, et la fausse légende qu’on en fit, les acquéreurs de biens nationaux, les Girondins emportés par le flot qu’ils avaient soulevé.

     

    Joseph de Berchoux a également écrit des comédies en vers où l’on ne retrouve pas cette verve facile qui caractérise la « Gastronomie ».

     

    Il se retire en 1827 à Marcigny (Saône-et-Loire), ou il avait acquis une jolie propriété, auprès de son oncle le général de Précy, dont il égaya les dernières années.

     

    Louis XVIII dont il n’avait jamais rien sollicité, le nomma Chevalier de la Légion d’Honneur et lui fit expédier le brevet d’une pension de 2 000 francs.

     

    Le 18 juillet 1827, Charles X le nomma membre du bureau de censure, emploi qu’il remplit avec modération et discernement, à la satisfaction du Gouvernement et des gens de lettres.

     

    Il vécut célibataire, et passa une partie de sa vie dans l’intimité de Madame Larcher d’Arcy, à qui il avait dédié la « Gastronomie »

     

    Royaliste de vieille roche, Joseph de Berchoux, qui avait eu la coquetterie de supprimer la particule de son nom à une époque où chacun en ajoutait une, n’a jamais changé dans ses convictions et a raillé aussi bien la Révolution que l’Empire.

     

    Il fallait un certain courage pour publier en 1793, dans le Journal de Lyon, les vers suivants :

     

    Nos chers frères les Jacobins

    Nous éclairent à toute outrance,

    Nous égorgent en conscience,

    Et dégoûtés de tous les biens,

    Nous ont pillés par complaisance.

    Mais enfin ils nous ont promis

    De disséminer leurs lumières,

    Et d’envoyer de leurs amis

    Jusques dans les deux hémisphères,

    Pour proclamer ces mots chéris :

    « Guerre aux châteaux ! Paix aux chaumières ! »

    Attendu que dans ces dernières,

    Le pillage serait sans prix.

     

    Il s’éteignit à Marigny le 17 décembre 1838.

     

    Si vie se partage exactement par moitié entre la fin du XVIII° et le début du XIXI°, mais il tient tout du premier et rien du second. Ses familiers nous rapportent que, sur la fin de sa vie, il ne ménageait pas ses sarcasmes au mouvement romantique : en effet, tout en lui s’opposait au romantisme, comme à la Révolution et à L’Empire.

    Issu de l’ancien Régime, il y fut attaché littérairement comme politiquement, il fut un classique dans l’acceptation noble du terme.

     

    Le romantisme lui a d’ailleurs rendu son aversion.

     

    Entré d’un seul coup dans la gloire en 1804 avec la « Gastronomie », on peut dire que c’est au romantisme qu’est dû l’injuste oubli dans lequel il tomba même avant sa mort.

     

    Nous sommes heureux d’avoir pu contribuer à tirer de cet oubli la mémoire du plus spirituel de nos compatriotes.

     

    Article non signé, tiré des archives des « Chemins du Passé » attribué au docteur Jean Broisin qui fut longtemps responsable du « Centre d’Études » de l’association.


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