• ANIMAUX DOMESTIQUES

    JAMAIS B
     

    Pour soigner les animaux voici d’autres pratiques à l’usage de ces derniers contre la diarrhée des veaux : on administre de l’eau de rivière qui aura chauffée au soleil (Ambierle). Un nid de fourmis bouilli dans l’eau guérit les animaux d’une fluxion de poitrine (Saint-Hilaire). En ce dernier pays, le jour de la Trinité, les habitants vont à la chapelle de la Trinité faire bénir le blé et le sel qu’ils donnent ensuite à leurs bestiaux en cas de maladie. M. l’abbé Prajoux raconte comment les animaux participaient aux fêtes des Brandons. « Lorsque tous les humains avaient sauté le figot, c’était au tour du bétail, qui, en piétinant les cendres, se protégeait des maladies et plus spécialement de la cocotte (fièvre aphteuse) ». Il ajoute qu’aux processions des Rogations, on priait tant pour les animaux que pour la récolte, c’est pourquoi on faisait toujours une halte aux chapelles de Saint-Roch guérisseur de la peste. D’après un récit de sa fermière, Smith rapporte qu’à Firminy, il y avait, vers 1870, une femme qui guérissait les animaux atteints de la rage, en leur appliquant sur le front la clef de l’église de Saint-Pierre, rougie au feu. Les remèdes étaient moins simples quand la maladie ou le vice de l’animal était attribuable aux maléfices du diable ou d’un sorcier. Ainsi, nous avons récemment recueilli des récits auprès de trois personnes différentes, très âgées actuellement qui auraient constaté elles-mêmes les faits , alors qu’elles étaient enfants, ou jeunes domestiques, dans des fermes aux environs d’Ambierle. On constatait parfois, le matin, qu’au cours de la veillée précédente, le diable était venu tresser la queue ou la crinière des chevaux dans l’écurie,  on se gardait de défaire ces tresses (d’ailleurs inextricables, ajoutait-on), parce que l’animal  en serait mort. D’autres fois, le diable faisait galoper les chevaux dans la cour on les entendait distinctement courir, bien que les portes de l’écurie aient été hermétiquement fermées le lendemain, d’ailleurs, on retrouvait les animaux à leur place, sans qu’il y ait trace de l’aventure de la veille. Parfois même, le diable faisait monter un cheval jusqu’au fenil pour un narrateur, on l’y retrouvait le lendemain pour un autre, il en était redescendu seul. Voici les pratiques que s’imposait, il y a une trentaine d’années, un vieux fermier que nous avons connu, le père C. Un jeteur de sorts avait  soi-disant, rendu ses vaches malades.  Il eut recours au conjureur D. (marchand crépin à Roanne), lequel vint opérer dans son fenil.

    Muni d’un cœur de veau, il le transperça de coups d’épingle pour faire souffrir le jeteur de sorts ; puis, il fit acheter un kilo de sel que du bénir M. le Curé. Le sel fut alors jeté peu à peu dans le fourneau allumé, et le conjureur fit constater les grésillements à la mère C. lui affirmant que c’était  le cri des diables obligés de décamper. Il prescrivit ensuite de recueillir les cendres du foyer pour l’aller noyer, avec le sort, dans la rivière de « Fontanière », ce qui fut fait. Ensuite, dernière prescription : il fallait porter régulièrement, aux processions, la bannière de Saint-Martin et, de temps en temps, en mordre l’étoffe, formalité que le père C. exécuta ponctuellement nombre d’années.

    D’après C.E. Bertrand, un vieux sorcier de Saint-André d’Apchon, pour se faire remarquer et craindre, portait (en 1902) en guise de cocarde, un crapaud desséché attaché à son chapeau. Le soir, il y ajoutait un bout de chandelle allumée. Encore aujourd’hui, nous connaissons, dans la région, une étable dans laquelle on entretient deux crapauds en cage, afin de préserver les animaux du mauvais sort. Qui veut jeter un maléfice sur les bestiaux du voisin se rend à la messe de minuit et trempe dans le bénitier quelques bottelettes de foin qu’il place ensuite dans leur crèche. La maladie ou la mort séviront sur le troupeau qui aura mangé ces bottes. A Pradines, le juge de paix eut, en 1920, à juger un procès sur un cas de sorcellerie de ce genre, et l’on cite un conseiller municipal qui, plus récemment encore, faisait l’impossible pour conjurer les sorts. Le 7 octobre 1934, le tribunal correctionnel de Roanne eut à connaître d’une affaire de coups et blessures entre une fermière de Saint-Forgeux l’Espinasse et sa voisine. La première, constatant que sa vache « avait perdu » son lait », avait consulté un sorcier. Celui-ci avait affirmé qu’il s’agissait d’un coup du « mauvais œil », que, pour rendre le lait à la bête, il fallait absolument retrouver celui ou celle qui avait jeté le sort et en obtenir, de gré ou de force, l’engagement qu’il cesserait ses maléfices. La fermière inculpa aussitôt sa voisine et, le lait ne revenant pas, elle se livra sur elle à des voies de fait qui la conduisirent devant le tribunal.

    A La Bénisson Dieu, le père D. s’est pendu, désespéré de la perte de son bétail sur lequel on avait, croyait-il, jeté un sort.

    A Saint-Hilaire, il y a vingt-cinq ans, M.F. a vu un sorcier jeter sur un arbre fruitier planté dans la cour, le sort qui faisait dépérir les vaches d’un fermier. Le lendemain dit-il les vaches étaient guéries et l’arbre était mort.

    Notons un sort redouté des fermières il consiste à enlever un œuf au centre d’une couvée ce larcin condamnerait infailliblement la couvée à périr.

    On associe souvent les animaux à la pratique des fêtes religieuses. On les fait jeûner le vendredi saint jusqu’à midi ; on ne lie pas les bœufs ce jour, ni pour la Fête-Dieu, ni pour le 15 août (Ambierle) ; non plus que lorsqu’il y a un mort dans la maison, et tant que les funérailles ne sont pas célébrées (Saint-Hilaire). La vieille de Noël, il y a peu d’années, on préparait d’avance le repas des animaux pour le lendemain mélange de foin et de paille, marmite de pommes de terre, car ces travaux étaient interdits le jour de la fête.

    Puis, aussitôt de retour de la messe de minuit, et avant de faire réveillon, on portait une ration au bétail, afin d’éviter qu’il puisse parler mal de ces maîtres. Car le bœufde la porte, ou le bœuf le plus âgé a le pouvoir de parler à ce moment de l’année, et un paysan qui ne donnais rien à ses bêtes, à cette occasion, entendit nettement les bœufs prononçaient cette menace «  Nous tuerons notre maître demain ». Ce récit a été recueilli à Ambierle.

    A Pradines et à Saint-Hilaire, on observe les mêmes prescriptions on raconte, d’autre part, dans cette dernière région, qu’à l’heure de minuit, les vaches tombent à genoux et s’y tiennent une minute. Les éleveurs disposent de recettes variées pour assumer la reproduction. Les uns conseillent de faire avaler à la vache, au retour de la saillie, une grenouille mâle, les autres un litre de vin blanc où l’on a fait tremper un paquet de tabac. Préventivement, on fait « brevager » les chèvres, avec du pain trempé dans du vinaigre assaisonné de poivre et d’ail (Ambierle).

    Pour verser l’oubli à une vache qui pleure son veau, on lui met dans l’oreille un peu de poil coupé sur le dos de ce dernier. Quant à lui, il s’habituera chez son nouveau maître si on lui sert une poêlée, une friture de lard, de fromage et de poils de chien (Saint-Hilaire).

    Aux environs de Saint-Chamond, on assure la ponte des poules en allant en pèlerinage à la vieille église de Saint-Ennemond.

    A Ambierle, on veille à ne pas mettre d’œufs à couver le jour de Sainte-Claire, ils seraient tous clairs. La couvée est également perdue s’il survient un orage avant l’éclosion, car l’orage étouffe les poulets dans l’œuf. Il n’est qu’une époque pour mettre des œufs en conserve, si l’on veut qu’ils restent sains indéfiniment c’est entre les deux Bonnes-Dames, savoir entre le 15 août et le 8 septembre.

    On interpelle les animaux de façons assez variée. Pour rassembler les vaches et les ramener à l’étable, on les appelle « Allez oh oh oh oh », ce dernier mot répété cinq à six fois le chien est dépêché vers elles au cri précipité de « Tai tai Loulou tai » » et rappelé par celui de « Tou tou viens ici tous ». Il est chassé par l’invective Houssi ! On fait reculer l’attelage en heurtant les bœufs à la tête avec le talon de l’aiguillon et disant « Cheu cheu cheu donc ». On commande son arrêt en lui criant « Chola chochola » (Ambierle). A Saint-Hilaire, on dit « Alvo Alvo » pour le rassemblement dans le pré, et « Venne venne » pour l’appel des animaux. A Chazelles-sur-Lyon, on dit « Bera Bera » aux vaches à l’ abreuvoir ailleurs, on siffle pendant qu’elles boivent

                                   

     

    JAMAIS C

                          Ou pour les engager à boire. Les chèvres s’appellent « Menette menine » à Ambierle les moutons « belo belo » et « bi bi » à Saint-Hilaire.

    On appelle les porcs « Terc terc terc » les poules « Petites » les canards « Bouri bouri ». A Feurs et Boën, on convoque ces derniers au cri de « Canons Canons » et les oies à celui de « Ma mie Ma mie ».

    TRADITIONS POPULAIRES DU FOREZ par M. et Melle TAVERNE


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