• Annie n’aime pas l’école.

     

    PAS MOINS DE 47 ÉLÈVES DANS MA PREMIÈRE CLASSE DE MATERNELLE RUE CARNOT A ROANNE

     

    Hier, ô quelle joie, Annie a eu ses deux premiers bons points.

     Très fière, elle les montre à tout le monde. Mais si vous lui demandez : « Tu aimes l’école, Annie » vous verrez tout de suite son petit visage triangulaire, aux grands yeux de ciel, devenir tout sérieux. Elle vous dira : « Non, je n’aime pas mon école, c’est une cave ! »

     Oui ! Annie va à l’école dans une cave. Un sous-sol froid et humide, situé rue de Muette à Nogent-sur-Marne ; le plafond est bas et la lumière du jour n’y pénètre que par des fenêtres grillagées, à ras du sol ; l’électricité y brûle tout le jour, éblouissant de lumière crue les graciles prunelles d’Annie. C’est la classe des petites filles qui étaient à la maternelle l’an dernier.

     Pour descendre à l’école, l’escalier en colimaçon est si raide qu’il faut bien tenir la rampe pour ne pas tomber. A côté, dans une cave voisine, il y a les cuves à mazout qui servent au chauffage et les émanations risquent de s’infiltrer jusque dans la classe d’Annie.

     Et ceci n’est qu’un exemple. En voici d’autres :

       ·       Rue Jouffroy, à Paris, l’école des filles est aussi située dans un sous-sol où la lumière électrique remplace le soleil.

    ·       Dans une maternelle de Paris, on a dû emprunter à la Mairie le tapis rouge de la salle de mariages, pour asseoir les bambins.

     Un peu partout, on a installé de nouvelles classes, dans les préaux, privant ainsi les enfants des récréations les jours de pluie et de grands froids.

     Les classes sont surchargées et les enfants s’entassent à 50, 60, 80, 90 élèves dans des locaux exigus. Il y a même jusqu’à 122 élèves par classe.

     

    ·       Dans la Vienne, les enfants vont à l’école dans une étable séparée en deux : d’un côté les écoliers récitent leurs leçons ; de l’autre, les bêtes ruminent.

    ·       Le premier octobre dernier, rue de la Sablonnière, à Paris, une baraque de bois qui servait d’école s’écroule sous la tempête, comme un château de cartes.

    ·       Le 13 octobre, à Villemomble (Seine-et-Oise), l’école préfabriquée « André-Marie », flambe comme une torche, juste avant l’entrée des enfants, etc.

     

    Pourquoi cette situation ?

    Parce que, cette année, il y a 240.000 écoliers en plus des 4 millions d « ’anciens ».

     Il aurait fallu reconstruire : les 2.300 classes rasées par les bombardements et restaurer ou remplacer les 10.876 classes qui tombent en ruine.

     Pour le département de la Seine, par exemple : 700 nouvelles classes étaient nécessaires pour contenir les 28 000 nouveaux écoliers, 100 classes seulement furent mises à la disposition de ces enfants.

     En cinq ans les besoins de nos écoliers exigent :

       ·       Enseignement de premier degré : 30 000 classes, dont 4 300 maternelles et 10 000 classes de perfectionnement.

    ·       Enseignement secondaire : 6 500 classes, 1 000 classes spécialisées et les internats correspondants

    ·       Enseignement technique : 6 500 classes, 2 500 réfectoires, 1 700 dortoirs

     Ces besoins minima sont déterminés par la Commission Le Gorgeu, crée sur l’initiative du gouvernement en 1951.

     Pour cela il faut 975 milliards de crédits et le gouvernement n’en donne que 270 milliards.

     Ce qui divisé sur cinq ans représente juste le budget de l’Education nationale de 1950-1951 prévu pour l’entretien de l’équipement des écoles.

     Or, ce même gouvernement dépense 600 milliards, en plus de milliers de vies humaines, pour la sale guerre du Viêt-Nam.

     Avec quatre minutes dépensées pour cette guerre fratricide on peut construire une école.

     Soustraire au budget de la guerre les milliards nécessaires pour construire des écoles aux petites enfants de France, c’est une conclusion qui ressort des journées d’études organisées les 18 et 19 octobre dernier par le Conseil permanent de défense de l’Enfance, à la Sorbonne.

     Des hommes, des femmes papas, mamans, éducateurs, professeurs, tous les amis de l’enfance venus là ont décidé en commun de tout faire pour remédier à la tragique situation faite à nos écoliers, à nos étudiants.

     Mais, pour en arriver au but, ils ont besoin de l’aide de tous et de toutes, et en particulier de votre aide à vous, les mamans et les travailleurs.

     Déjà où des Comités locaux de défense de l’Enfance existent, il y a des résultats. Tenez, à Saint-Denis, par exemple, si la municipalité progressiste a pu faire ériger une maternelle des plus modernes, c’est grâce à l’appui de l’U.F.F., des travailleurs et de toutes les femmes qui ont recueilli plus de 15 000 signatures.

     Cet exemple n’est pas unique d’ailleurs, mais la place manque pour les citer tous.

     Et il faut donc que très vite, vous avec votre voisine de travail ou de palier, vous alliez à la mairie, auprès de vos élus, de vos députés, pour leur demander des écoles, pas de canons

                      Christine CHOTARD (La revue des travailleurs Octobre-Novembre 1952).

     

     Annie n’aime pas l’école.


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