• Aperçu sur la librairie à Roanne à la fin du XVIII°


     Illustration : livres classiques et livres pornographiques

    APERCU SUR <st1:PersonName productid="LA LIBRAIRIE A" w:st="on"><st1:PersonName productid="LA LIBRAIRIE" w:st="on">LA LIBRAIRIE</st1:PersonName> A</st1:PersonName> ROANNE <o:p></o:p>

    A <st1:PersonName productid="LA FIN DU" w:st="on"><st1:PersonName productid="LA FIN" w:st="on">LA FIN</st1:PersonName> DU</st1:PersonName> XVIIIème SIECLE<o:p></o:p>

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    Nous avons donné un compte rendu succinct de l’inventaire d’André Boisserand (Bulletin des Amis du Musée – hiver 91 – été automne 92), un autre inventaire, celui de Michel Jouet est riche d’enseignements nouveaux et complète en quelque sorte celui de Boisserand. Il apporte des vues plus précises sur le commerce du livre à Roanne, dans le dernier quart du XVIII° siècle. Adrien Isercq, lui aussi, reçoit des gens de justice dans sa boutique de libraire, mais son inventaire n’a qu’un intérêt anecdotique.

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    Ces archives étaient à longueur de page les titres des œuvres des grands écrivains, ceux aussi des auteurs du « second rayon » des pamphlétaires et autres  faiseurs de libelles. Tout ce qui est écrit avec ou sans la permission avant <st1:PersonName productid="la R←volution" w:st="on">la Révolution</st1:PersonName>, s’y trouve rassemblé. Les Roannais d’alors peuvent se procurer sans difficulté, sinon sans risques, rue Bourgneuf ou dans <st1:PersonName productid="la Grande Rue" w:st="on"><st1:PersonName productid="la Grande" w:st="on">la Grande</st1:PersonName> Rue</st1:PersonName>, de quoi satisfaire leur curiosité. Nous pouvons dire que le choix qui leur était offert prouve bien que les idées alors dans le vent les intéressaient.

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    L’inventaire de Michel Jouet est celui d’un libraire relieur. Nous avons plusieurs fois relevé son nom, lorsqu’il achète une maison rue Bourgneuf et, en d’autres occasions dans les registres paroissiaux ou dans les actes de notaire. Il est cité comme marchand libraire et relieur  ou libraire imprimeur. Son  acte de décès porte : libraire dans la ville de Roanne. Il est mort le 23 novembre 1777, tué à Saint-Romain-la-Motte dans sa propriété de <st1:PersonName productid="La Michaude. Le" w:st="on">La Michaude. Le</st1:PersonName>  25 novembre, il est inhumé dans cette paroisse proche de Roanne…Du fait qu’il laisse des enfants mineurs, l’inventaire de ses biens a lieu du 28 novembre au 5 décembre 1777.

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    Michel Jouet est bien relieur, c’est peut-être sa principale activité et certainement celle qui nous intéresse au premier chef. Les experts trouvent dans les différentes pièces de sa boutique le matériel complet du relieur : presses, instruments de coupe du papier et du carton, outils pour la dorures, des peaux de chagrins, du vélin, de la basane, du papier de toutes qualités et de tous formats. Sur les 2800 volumes recensés alors, près des deux tiers ne sont pas reliés, comme l’écrit le scribe, ils sont « en brochure ». Rien d’étonnant à cela, les imprimeurs expédiaient aux libraires les livres commandés en « feuilles ».

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    Avant d’aborder le contenu de l’inventaire, arrêtons nous sur un aspect du commerce du livre, à l’époque des faits. Depuis le début de l’imprimerie, l’Etat a exercé une surveillance plus où moins rigoureuse, plus ou moins tolérante sur tout ce qui sortait des presses. A la fin de l’Ancien Régime, la censure et la répression sévissaient durement pour essayer d’endiguer le déferlement des libelles, des pamphlets, de la pornographie, des livres appartenant au « secteur de l’illégal, de l’interdit, du tabou, qui blessent <st1:PersonName productid="la Religion" w:st="on">la Religion</st1:PersonName>, l’Etat ou les mœurs » (Robert Darnton) la police surveille étroitement les libraires, ceux qui sont pris à vendre cette littérature risquent <st1:PersonName productid="la Bastille" w:st="on">la Bastille</st1:PersonName>, la ruine. Boisserand fuit de Roanne, sans laisser d’adresse, abandonnant femme et enfants, pour cela probablement, car nous savons par <st1:PersonName productid="la Soci←t← Typographique" w:st="on"><st1:PersonName productid="la Soci←t←" w:st="on">la Société</st1:PersonName> Typographique</st1:PersonName> de Neufchâtel son fournisseur, qu’il commandait certains de ces « livres philosophiques ». Police et douane surveillent les routes et les chemins que suivent les colporteurs et voituriers pour introduire en France ces livres interdits qui sont imprimés hors des frontières, en Suisse, outre-Rhin, aux Pays-Bas. Pour échapper à la  curiosité des agents de la répression, les feuillets des livres philosophiques sont mêlés à ceux des livres tolérés. Après mille précautions prises tout au long d’un voyage de périls, le tout arrive chez le relieur. Il n’y a plus qu’à trier les feuilles pour reconstituer les livres séditieux et autres. Chez Michel Jouet, ils attendent leur reliure.

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    Nous avons été étonné de ne pas trouver chez Boisserand ces libelles et ces pamphlets. Certes, les livres condamnés étaient nombreux, ceux de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, de Mably, d’Holbach et bien d’autres. Nous pensions qu’avant de fuir, Boisserand les avaient peut-être fait disparaître où qu’ils avaient été saisis auparavant. La mort brutale de Jouet n’a pas permis de les dissimuler car l’inventaire commence trois jours après son enterrement.

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    Revenons à l’ensemble des ouvrages découverts chez Michel Jouet, soit 480 titres que nous classerons, pour la  commodité de l’exposé en rubriques de : littérature = 52% ; Religion = 27% ; Histoire = 8%, et divers = 12%.

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    Dans le contingent littérature, les œuvres classiques grecques et latines sont peu nombreuses. Il semble bien que nous ayons affaire à des livres de classe car ceux qui sont reliés le sont en basane, ce qui est le plus souvent le cas des manuels scolaires. Les grands écrivains du XVII° et du XVIII° siècles sont largement représentés, soit sous le titre général de « Œuvres de », soit par le titre d’une de leurs œuvres : « Candide, l’Emile, Psyché, Le Temple de  Cnide, Le Sopha par exemple. Les célébrités de moindre importance se trouvent à longueur de page : Bernis, Grécourt, Caracciol, Madame de Staël, l’abbé Prévost, Destouches, Mercier, Restif de <st1:PersonName productid="la Bretonne. Signalons" w:st="on">la Bretonne. Signalons</st1:PersonName> un ensemble de « Mémoires » de « Lettres », et quelques dictionnaires. Il faut remarquer des écrits d’auteurs étrangers : Don Quichotte, le Roland Furieux, le Paradis Perdu, les œuvres de Pope, <st1:PersonName productid="la Dunciade" w:st="on">la Dunciade</st1:PersonName> (peut être celle de Pope), les Mille et une nuits, Robinson Crusoë et surtout des romans anglais… dont on sait l’influence qu’ils eurent en France sur le goût littéraire : Pamela et Clarisse Harlowe, de Richardson et Tom Jones de Fielding.

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    Il y a aussi des pièces de théâtre mais il est difficile d’attribuer une paternité aux œuvres, et même de savoir, ne connaissant qu’un seul titre, si nous avons à faire à un roman ou à une pièce de théâtre complètement oubliée.

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    Les livres philosophiques, nous savons ce qu’ils sont, tiennent une bonne place : Les Secrets tirés des archives des souverains ; Les Secrets de <st1:PersonName productid="la R←publique" w:st="on">la République</st1:PersonName> des Lettres, Le dictionnaire philosophique des Religions, Les Lettres Iroquoises, Les Lettres Chinoises, Indiennes et Tartares, l’Espion Chinois, Le Spectacle de <st1:PersonName productid="la Nature" w:st="on">la Nature</st1:PersonName>, Les Histoires Galantes, Les Loisirs du Chevalier d’Eon, toutes œuvres qui sentent le soufre et l’odeur de cachot.

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    Enfin des voyages, des poèmes, des recueils de poésie, des revues des journaux. Dans la limite de cet article, nous ne pouvons allonger la liste de ces livres.

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    Les écrits qui traitent de la religion et de sa pratique forment 27% de l’ensemble comme nous l’avons signalé plus haut. Certains semblent entrer dans cette catégorie à première vue, mais les titres incomplets et l’absence de nom d’auteur nous font parfois douter qu’ils sont bien à leur place et qu’ils ne sont pas de virulentes attaques contre la religion. Cependant, la plupart des ouvrages ne laissent aucun doute sur leur contenu : <st1:PersonName productid="La Bible" w:st="on">La Bible</st1:PersonName>, Le Nouveau Testament (est-ce le Nouveau Testament de Quesnel ?), les Epitres, Les Evangiles, L’Imitation de Jésus-Christ, les Heures de Lyon, le fameux Catéchisme historique qui défie les siècles. D’autres livres, comme nous pouvons nous y attendre, traitent des fins dernières, ils ont pour but de préparer le chrétien au passage dans l’autre monde, à l’aider à supporter les affres de l’agonie. Ces ouvrages ne sont pas nouveaux, il existent depuis des décennies voire des siècles ; l’Ange Conducteur, l’Ame sur le Calvaire, Pensez-y bien ou réflexions chrétiennes sur les quatre fins dernières. Le Chemin du Ciel, les Trompettes du Ciel.

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    Quelques livres évoquent le Jansénisme toujours d’actualité au XVIII° siècle, et tous les évènements moraux et politiques qui en découlent. <st1:PersonName productid="La Bible" w:st="on">La Bible</st1:PersonName> de Royaumont, l’Abrégé de <st1:PersonName productid="La Bible" w:st="on">la Bible</st1:PersonName> de Sacy sont Jansénistes. Faut-il attribué à Quesnel : Réflexions et Maxime Morales, alors que le titre de son ouvrage est : Le Nouveau Testament en français avec des réflexions morales. Si c’est bien ce livre,  c’est de lui que furent tirées les cent-une propositions condamnées par la bulle Unigenitus. Un Traité du Formulaire semble bien relatif au Jansénisme. Et puis, nous trouvons « Institution Chrétienne ». Est-ce l’ouvrage célèbre de Calvin : Institution de <st1:PersonName productid="la Religion Chr←tienne" w:st="on">la Religion  Chrétienne</st1:PersonName> perdue au milieu de toute cette littérature catholique.

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    L’Histoire ne réunit qu’un nombre modeste de titres qui n’apportent  rien d’original nous semble-t-il, si nous les considérons sous l’angle du mouvement des idées de l’époque…Cinq sont relatifs à l’histoire de l’Angleterre, trois à l’histoire de <st1:PersonName productid="la France" w:st="on">la France</st1:PersonName>, un a l’Allemagne, un à <st1:PersonName productid="la Su│de" w:st="on">la Suède</st1:PersonName>, un à <st1:PersonName productid="la Suisse" w:st="on">la Suisse</st1:PersonName>, un à l’Empire Ottoman, un à l’Europe. D’autres sont consacrés au Prince Eugène, à Turenne, au comte de Saxe, à Duguesclin.

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    Dans la dernière rubrique, nous avons regroupé les livres très divers de commerce, de médecine, d’agriculture, de géographie, d’éducation. Citons pour la médecine : Les Aphorismes de Boerhaave, célèbre médecin hollandais, et de Tissot, non moins fameux médecin et hygiéniste suisse : l’Onanisme, ouvrage qui sera réédité jusqu’à la fin du XIX° siècle.

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    Pour le commerce, l’incontournable Barrême avec ses Comptes Faits ; une Table des Monnaies courantes, un Dictionnaire pour le Commerce, est-ce l’ouvrage de Savary ?

    Pour les agriculteurs éclairés, <st1:PersonName productid="la Fermentation" w:st="on">la Fermentation</st1:PersonName> des vins, le Nouveau <st1:PersonName productid="La Quintinie" w:st="on">La Quintinie</st1:PersonName> ou l’art du potager et des Observations sur les animaux.

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    Le droit se limite à dix titres seulement dont les Maximes de Droit Français et les Lois Civiles de Donnat.

    Dans cet ensemble hétéroclite, quelques ouvrages d’éducation : un Traité de l’Education, une Conduite pour se taire et pour parler, une Instruction d’une jeune fille, une Instruction d’un jeune enfant, etc.

    Nous ne nous attarderons pas sur « quelques vieux livres de Théologie », sur des registres de comptabilité, sur des petits livres blancs, sur des douzaines d’alphabets, tant grands que petits ou sur des calendriers et différents articles de papeterie.

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    Au terme de ce court exposé, bien court, si nous voulons tenir comte des centaines d’ouvrages que l’inventaire de Jouet révèle, il faut convenir qu’un choix important de livres s’y trouve réuni. Si nous y ajoutons ce qui sera découvert chez Boisserand quelques années plus tard, le nombre de livres recensés chez ces deux libraires est considérable. De plus, dans ces années de la fin du XVIII° siècle, nous avons  connaissance de deux autres libraires à Roanne dont l’un est aussi relieur. Ils avaient pignon sur rue et commis de boutique. Nous n’avons pas d’inventaires les concernant.

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    Une conclusion rapide nous amène à avancer que le commerce de la librairie à Roanne, malgré la grave crise qu’il traverse alors, donne aux lecteurs de la ville et du Roannais, la possibilité de se nourrir sans peine de la littérature de leur temps, dans toutes sa complexité et sous tous ses aspects.

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    Nous venons d’écrire que nous n’avions pas trouvé d’inventaires concernant les autres libraires de Roanne. En réalité, Adrien  Isecq,  libraire et relieur Grand Rue, a bien, le 28 mai 1782, la visite du lieutenant-général Philippe Thévenon, et du procureur fiscal du Baillage qui viennent mettre les scellés sur ses biens, à la suite d’une faillite. L’acte dressé par le greffier apprend qu’il n’a été trouvé que vingt livres sans indiquer les titres ! Devant l’étonnement des officiers du Baillage, Isecq précise que ces ouvrages appartiennent à Monsieur Lorange, à monsieur Passinge et à quelques autres. On lui demande alors ainsi qu’à sa femme et à son commis « d’affirmer à main levée que rien n’a été enlevé ».

    Nous supposons, à deux siècles d’intervalles, que la notoriété des deux propriétaires cités : monsieur Lorange a été lieutenant-général au Baillage avant monsieur Thévenon, et monsieur Passinge, notable savant naturaliste de Roanne, a suffi à tempérer la curiosité des gens de justice. Nous ne citons cet inventaire qu’à titre de curiosité.

    Références<o:p></o:p>

     - Michel Jouet Archives du Baillage de Roanne, Archives départementales de <st1:PersonName productid="la Loire" w:st="on">la Loire</st1:PersonName> à Saint-Etienne. B.620, 28 novembre 1777

     - Adrien Isecq Archives du Baillage de Roanne, Archives départementales de <st1:PersonName productid="la Loire" w:st="on">la Loire</st1:PersonName> à Saint-Etienne. B.638, 23 mai 1782

     - André Boisserand Archives du Baillage de Roanne, Bibliothèque municipale de Roanne. II B côte 107 N° 2

    <o:p style="font-weight: bold;"> </o:p>Article du Docteur Jean Broisin pour la revue N° 2 (année 1994) de  « Musées et Patrimoine de Roanne et sa région » éditée par la section Histoire des Amis du Musée Joseph Déchelette

    Le docteur Jean Broisin fut depuis sa création en 1966 un membre important de l'Association

    Les Chemins du Passé de Saint-Symphorien-de-Lay

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