• Bonnets, aiguillettes, fourragères.

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    Si l’habit ne fait pas le moine, l’uniforme a fait souvent le soldat. La garde et ses bonnets à poil en sont un remarquable exemple. N’est-il pas curieux que, cette étrange coiffure soit restée l’apanage des soldats d’élite pendant de nombreuses années, en dépit de tous nos ministères de la guerre ?

    Si loin que l’on remonte, il est vrai, on retrouve chez l’homme un goût marqué pour les coiffures en peau de bête. Les Cimbres et les Teutons, nous dit Plutarque, aimaient les bonnets de peau d’ours. Nous savons que les guerriers francs  s’encapuchonnaient le chef d’une tête d’animal, le reste de la peau formant le sayon. Tel déjà les Grecs représentaient Hercule.

    Quoi qu’il en soit de ces illustres précédents, c’est en 1730 que le bonnet à poil s’introduisit en France. Il est donné aux gardes   françaises et suisses ainsi qu’aux grenadiers des légions de Louis XV. Mais, si cette coiffure a de nombreux partisans dans l’armée elle a aussi le don d’exaspérer beaucoup d’autres. Peu après son apparition Maizeroy s’écrie que c’est le retour à un usage barbare et que voici vraiment un vain épouvantail. Le bonnet à poil est supprimé au bout de treize ans et ne réapparait qu’en 1789.

    L’Encyclopédielui lance ses foudres « Est-il croyable, dit-elle, que l’époque où l’on ne peut trouver d’assez petits chapeaux soit celle où l’on ne peut trouver d’assez grands bonnets ? Faut-il donc réduire nos grenadiers à faire un apprentissage et une application continuelle de toutes les règles de l’équilibre ? Malheur surtout aux ivrognes et aux soldats courts et ronds ! »

    Napoléon que les tonnerres de l’Encyplodédie n’émouvaient sans doute pas davantaged que ceux du canon, donna le bonnet à poil à la garde impériale.

    Pourtant les considèrants élaborés sur la matière dans les bureaux du ministères de la guerre concluaient presque unanimement que c’était là une coiffure ridicule, incommode, sans valeur défensive, se refusant à l’emballage, hideuse en sa vétusté, redoutant l’eau et le feu, si peu pratique pour marcher dans les taillis que les grenadiers étaient obligés de porter leur bonnet sous le bras, s’alourdissant d’une façon excessive quand la neige s’y  attachait ou quand elle se hérissait de glaçons, réduite souvent auprès du feu et du bivouac à un piteux tuyau, enfin la plus coûteuse qu’il soit possible de trouver. On le garda malgré tout et il fallait la raison économique mise à l’ordre du jour, après la dernière guerre, pour faire disparaître, non sans regret peut-être, une coiffure qui rappelait les héros de la vieille garde.

    Il a donc vécu l’héroïque bonnet à poil qui, en tête du régiment, donnait une si fière allure aux tambours-majors. Il  leur reste la canne, et je gagerais que bien peu d’entre eux savent pourquoi ils en ont une et d’où vient qu’elle se termine par une si grosse pomme. Encore un souvenir d’un passé perdu ! C’est qu’autrefois, les tambours-majors avaient pour mission spéciale de précéder le régiment, non pas tant pour donner la cadence aux mucisiens que pour écarter la foule à l’approche de la tête de colonne. On les appelait les coureurs et ils avaient des souliers lacés d’une forme particulière, insignes de leurs fonctions. Choisis parmi les hommes plus ou moins dératés, ils avaient beaucoup à se démener en présence  des curieux et on les avait armés d’une forte canne dont ils faisaient valoir les arguments frappant sur le dos de la foule récalcitrante.

    Ce métier était sans doute fatiguant, même pour les dératés ; aussi les coureurs avaient-ils reçu l’autorisation de fixer à l’un des bouts de leur canne une gourde bienfaisante dans laquelle ils puissaient la vie pour leurs biceps surmenés.

    Depuis longtemps, Dieu merci, les tambours ne battent plus la mezsure sur le dos de leurs concitoyens, mais ils n’ont plus de gourde. Ils n’en conservednt qu’un souvenir : la pomme.

    Puissent ceux d’entre eux qui en apprendraient l’origine ne pas en éprouver le supplice de Tantale !

    Les aiguillettes, autre emblême qui n’ a plus raison d’être et d’explication dans notre uniforme moderne et qui n’est plus qu’un souvenir. L’aiguillette est née, dit-on, d’une bravade.

    Le duc d’Albe ayant eu à se plaindre d’un corps de Flamands qui avait lâché pied sur le champ de bataille décida que toutes les fautes commises à l’avenir par ce corps seraient punies de la corde, sans qu’il fût tenu compte ni du rang ni du grade. Les Flamands firent réponse au duc que, pour rendre plus facile l’exécution de cet ordre, ils porteraient désormais sur l’épaule une corde et un clou. Ce qui fut dit, fut fait..Mais dans la suite, leur conduite fut si brillante, que cette corde infamante, changée en tresse de passementerie, fut adoptée comme insigne honorifique par les officiers de la maison des princes, puis par les corps d’élite.

    Sous une autre forme, la fourragère, qui retenait la coiffure au cou et aux épaules, rappelait la corde à fourrage dont le cavalier faisait et fait encore usage. L’aiguillette, à l’épaule du gendarme, représente la corde qui lui fut donnée pour ligoter les malfaiteurs. Portée par les officiers d’état-major et d’ordonnance, elle est devenue un symbole : celui du lien qui les attache à la personne de leur général.

     

    Un mot du plus populaire de tous les insignes, de celui qui est resté le plus cher et le plus ambitionné : de l’épaulette. Supprimée pendant des années, elle vient enfin d’être rendue. En saluant son retour, ne nous est-il pas permis d’y voir un indice du relèvement de l’armée française ? En tout cas, la coïncidence est curieuse : la voici revenue, l’épaulette d’or, au moment précis où la France, cessant d’être isolée en Europe, puissamment armée  au-dedans, sans être menaçante au dehors, peut envisager l’avenir avec assurance et attendre les événements reposée sur ses armes.

     

    (La Revue de Paris 1894)


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