• CHAUSSURES PRIMITIVES

     

    G. Dottin un de nos meilleurs spécialistes de l’antiquité, résume ainsi ce que nous savons de cette partie du costume à l’époque Gauloise : « les chaussures d’origine, que les Romains appelaient «  gallicæ » et dont l’usage se répandit en Italie peu de temps avant l’époque de Cicéron, étaient des sortes de sandales assez semblables aux « soleæ », qui laissaient à découvert en grande partie le dessus du pied. On les attachait avec des cordons ou des lacets de cuir. La plupart des guerriers représentés sur le sarcophage de la Vierge Ammendola sont nu-pieds. Seul le chef et quelques captifs portent une chaussure à semelle épaisse découpés sur l’empeigne ».

    Une découverte faite au Danemark nous fournit des souliers très délabrés, mais qui durent être fort élégants avec leurs oreilles et leurs quartiers de cuir estampé, avec une empeigne découpée de petites lanières qui se rejoignaient sur le pied, enfin avec leurs garnitures de clous à tête d’argent sous la semelle.

     

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    Lorsque les Romains colonisèrent notre pays, l’art de la cordonnerie prit une réelle importance. Nos ancêtres portèrent alors tous les genres de souliers en usage dans l’Empire, par exemple la soleæ, simple semelle attachée aux pieds par des rubans ou par des lanières de cuir ; la sandale à empeigne découpée que l’on assujettissait par des rubans autour de la jambe ; le soulier romain dit calceus, très couvert, au contraire, et dont le quartier s’élevait au-dessus de la cheville ; les caliges, brodequins ajourés en une infinité de languettes qui se rejoignaient sur le dessus du pied ; une autre sorte de brodequins, à peu près identique à certaines bottines de 1875, mais sans talons, enfin desgalliques, ou galoches de différents genres.

     

    On a trouvé, autrefois, dans des puits funéraires de Vendée, quelques spécimens dus à des bottiers sans doute gallo-romains et que Jules Quicherat, dans son excellente « Histoire du Costume », décrit ainsi : « L’une des chaussures est la gallique, à semelle épaisse, découpée sur l’empeigne et bordée d’une coulisse ».

    Une autre mode, qui parait avoir été à l’usage d’une femme, consiste en une pantoufle ou sandale, sans quartier. Le bout du pied dessine le gros orteil

    Il y a encore une espèce de sandale, mais plus fermée que ne l’était la sandale romaine, et un soulier à oreille qui se rapproche beaucoup de celui qui faisait partie du dépôt d’antiquités barbares de Thorsberj. Ces deux dernières pièces sont garnies de clous sur toute l’étendue de la semelle. C’était la pratique générale dans l’antiquité, parce qu’on ne donnait pas à la semelle la cambrure qui se fait aujourd’hui il n’y a que les deux extrémités de la chaussure qui portent sur le sol. Des empreintes de pied avec cette garniture de clous existent sur des briques romaines où l’on avait marché avant qu’elles fussent cuites.

    Les femmes avaient pris l’habitude de porter des souliers étroits, car à l’époque du Haut Empire un auteur écrit, en parlant des élégantes de son temps : « on met ensuite une chaussure aux couleurs fleuries, qui serre le pied au point de pénétrer dans les chairs ». Il est probable que les habitants de la Gaule suivirent cette mode des patriciennes romaines.

    Ajoutons que les paysans celtes portaient des sortes de chaussons attachés aux braies qui leur servaient de pantalons.

    En l’An 301, nous trouvons un document particulièrement curieux et important pour l’histoire de la cordonnerie : il s’agit d’un édit de l’empereur Dioclétiens fixant les prix des articles d’habillement. Parmi ceux concernant l’art du bottier, nous relevons tout d’abord les caliges des patriciens, articles de luxe valant plus de neuf francs or, puis le campagus, sorte de godillot militaire, composé d’une simple semelle avec un quartier haut et des cordons (4 francs –or). Puis les caliges des muletiers (7 fr. 40), celles des sénateurs, celles des soldats lorsqu’elles n’ont pas de clous, enfin celles «  à chevaucher » et celles des femmes.

    Les galoches sont à l’usage des gens de la campagne ; ce sont les ancêtres de nos sabots ; celles des femmes étaient en cuir de taureau. Il y en avait aussi pour la course. Les prix variaient entre 4 fr. 75 et 1 fr. 80.

    Les chaussures de Babylone étaient soit des sandales (7 fr. 45) soit des escarpins de maroquin pourpre, rouge ou blanc – à moitié prix – ou bien des sandales de cuir de taureau doré ou doublé de flanelle.

    Sidoine Apolinaire, évêque auvergnat du V° siècle, décrivant un vieillard qui voulait conserver les apparences de la jeunesse, nous le montre la botte serrée sur la jambe. Il portait le cothurnus lacé très voisin de l’ancienne cothurne grec.

    Ne quittons pas l’Auvergne sans signaler que le musée de Clermont possède une paire de pantoufles retrouvées dans la tombe d’une élégante du IV° siècle : elles sont en cuir, pointues et relevées du bout et montées sur une épaisse semelle de liège. On voit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil…

    Passons à présent aux temps mérovingiens. « A cette époque, écrit ironiquement Camille Enlart, dans la chaussure comme souvent en d’autres matières et en d’autres temps, les femmes passaient d’un extrême à l’autre : frileuses, elles s’enveloppaient volontiers le pied et la jambe de bandelettes, mais, coquettes, elles portaient plus que les hommes la sandale hors de la maison. » Les Francs avaient des bottines de cuir, suivant la mode des Barbares. Sidoine mentionne celles des Goths en cuir de cheval montant à mi-jambe et attachées par un nœud. Les Huns, de sinistre mémoire, avaient des bottes de cuir de chèvre.

    « A la fin de l’Empire romain, écrit Camille Enlart, l’usage des souliers tend à se substituer à celui des sandales ? Le christianisme semble avoir favorisé cette évolution, car Clément d’Alexandrie ne veut pas que les femmes montrent le bout de leurs pieds ; il leur permet les souliers blancs à la maison et déclare qu’en voyage le soulier huilé et à clous s’impose. Au VI° siècle, dans les mosaïques de Ravenne, Justinien, Théodora et leur suite portent des souliers noirs ou rouges, légèrement pointus, fixés par des cordons noués sur le cou-de-pied. Cependant, nous verrons la sandale persister jusqu’au X° siècle, dans les costumes masculins, spécialement officiels et militaires ».

    L’église de Délément possède des chaussures, extrêmement curieuses, de basane noire autrefois vernie. Elles sont brodées sur l’empeigne et bordées sur tous leurs contours avec de la soie pourpre. L’empeigne elle-même est découpée de manière à produire sur le dessus une languette de la forme d’un fer de flèche ; une bride s’élève en avant du cou-de-pied. Deux oreillettes pratiquées sur les côtés, au-dessus des chevilles, servent de points d’attache à des cordons de cuir blanc que l’on enroulait autour du mollet. Le quartier est très élevé, le dessous du talon est garni d’une plaque de renfort, taillées en cœur. L’ensemble est d’une seule pièce ; il n’y a de couvertures que sous la plante du pied et sur le côté intérieur.

    Un autre soulier d’homme du même type est conservé dans le trésor de l’église de Chelles, il peut dater de l’époque carolingienne et a été faussement attribué à sainte Radegonde ou sainte Bathilde. Sa pointure prouve que c’était une partie de costume d’un membre du sexe fort…

     

    Signalons que Grégoire de Tours nous apprend que les fiancés avaient coutume d’offrir à leurs prétendus une belle paire de chaussures, à la fois cadeau utile et agréable.

    Sous les Carolingiens, on conserva encore les sandales, mais on utilisa également des bottines, ou brodequins, et des souliers découverts épousant toujours la forme du pied. Les chaussures de luxe pouvaient être de cuir doré, ou encore rehaussées d’applications.

    Fréquemment ces chaussures s’attachaient par des courroies qui s’entrecroisaient sur la jambe et venaient se fixer sous le genou : cette mode disparut vers le milieu du XII° siècle seulement.

     

    La sépulture d’un prince du temps nous permet de savoir qu’il avait des chaussons composés de deux pièces de cuir rouge cousues à une semelle de bois ; par-dessus étaient posés, à l’aide d’un sous-pied en cuir, une paire de magnifiques éperons !

     

    Charlemagne, si nous en croyons un moine de Saint-Gall mettait des galliculae, c’est-à-dire des sortes de galoches pour aller à la chasse à l’auroch ; c’est dans cette tenue négligée, qu’il reçut les ambassadeurs du calife de Bagdad. Il est juste d’ajouter que cela se passait à la campagne lors d’une battue…

    Comme on a pu le constater, nos ancêtres avaient déjà à leur disposition des variétés de chaussures adaptées aux différentes circonstances de la vie quotidienne.

                                  Roger VAULTIER (1953)


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