• Folklore et legendes du Forez



     

    Recette  de la « Gravirotte » pour les « Jeunes mariés » :<o:p></o:p>

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    Dans un «  vase de nuit rond » dont un gros œil dessiné illustre le fond : après les avoir enrobés de chocolat fondu, déposer dans ce récipient, deux ou trois biscuits à la cuillère  ou boudoirs plus une banane pelée coupée en deux arroser le tout de quelques verres de Champagne ou de vin blanc pour terminer le décors une ou deux feuilles de papier hygiénique seront les bienvenues.

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    FOLKORE ET LEGENDES DU FOREZ<o:p>
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    Situer le folklore du Forez n’est pas chose facile. Le voyageur qui a parcouru diverses régions de la France, du Pays basque à l’Auvergne, en passant par la Gascogne, le Quercy et le Rouergue, a remarqué dans chacune d’elles des us et coutumes, parfois même des costumes caractéristiques. Mais lorsqu’il arrive au cœur de notre région. Il ne voit plus aucune couleur locale, il traverse les villages dont les maisons lui paraissent d’un modèle classique, il rencontre des paysans vêtus comme les citadins, il peut en déduire que le Folklore du Forez a disparu ou même n’a jamais existé. 

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    Il n’en est rien cependant. Pour découvrir toutes les richesses folkloriques de notre province, il ne suffit pas de la traverser et de faire des observations superficielles ; il faut s’arrêter dans les principaux centres ruraux, y séjourner et conquérir la confiance de ses habitants. Le voyageur qui va ainsi de place en place, ne tarde pas à trouver des différences, parfois même des divergences dans les us et coutumes ainsi que dans les arts et traditions populaires. Il lui est ainsi confirmé  que ce que nous appelons le.Forez n’est qu’une partie seulement du département de la Loire dont elle occupe le centre et la partie Sud-Ouest, tandis que, au Nord-Ouest se situe le Roannais, au Nord-Est l’ancien Beaujolais et au Sud-Est le Jarez.

    Les divisions qui viennent  d’être énumérées sont celle que nous enseigne l’histoire et, dans ces diverses régions, le Folkloriste découvre le plus souvent une diversité de coutumes ou de manières de vivre. C’est ce qu’une  brève étude de l’habitation paysanne, des costumes, des chants et des danses, des âges de la vie, des croyances et des légendes va nous démontrer.

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    Habitations paysannes<o:p></o:p>

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    Dans la partie du Forez et du Jarez, les bâtiments d’habitation et de culture sont entourés de murs dans une cour fermée par un portail. Il faut voir là la nécessité qu’ont eue les paysans à se défendre contre les assaillants et les pillards. Lorsqu’on remonte au Nord du département en Roannais et Beaujolais, les cours deviennent ouvertes, les bâtiments sont séparés les uns des autres.

    Il y a lieu de remarquer que dans tout le département les toits sont plats à tuiles creuses, dites romaines. Celles-ci sont remplacées peu à peu par des tuiles mécaniques plus légères et d’un meilleur usage. Dans toute la France  on trouve de vastes zones de toitures à tuiles romaines.

    Ce sont les pays de langue d’oc. Tout au Nord du département, à l’extrême limite du Roannais, commence une zone de toits à combles aigus couverts de tuiles plates. Dans cette zone nous pénétrons dans le pays de langue d’oïl.

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    Costumes, chants et danses<o:p></o:p>

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    Dans notre province, il n’y a jamais eu de costume régional bien caractérisés, ni pour les hommes, ni pour les femmes, comme on en trouve par exemple en pays en pays d’Arles ou en Bretagne. Au début du XIX° siècle, les femmes portaient, le dimanche et les jours de fêtes, une jupe de couleur vive ; un mouchoir à ramage passé sur les épaules étaient retenu devant par le tablier. Elles étaient coiffées d’un bonnet de linon. Il faut bien noter que ce costume était variable suivant  les régions ; dans celles avoisinant l’Auvergne les femmes étaient vêtues comme les Auvergnates, et dans celles du Nord du département rapprochées du Bourbonnais elles étaient vêtues comme les Bourbonnaises et portaient le chapeau dit « à deux bonjours », relevé par devant et par derrière. 

    Les hommes étaient généralement vêtus de noir et portaient une blouse bleue et un grand chapeau de feutre. Nous en avons rencontré, ainsi vêtus, aux foires et dans les fêtes villageoises. Au début du XIX° siècle, dans le Forez et dans le Haut Forez, les hommes portaient un costumes éclatant. Un vieux rigodon dit :

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    « La vesta roudza, lo dzile blan,

    « Acoue la modo dau paysan »

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    En Roannais et dans l’ancien Beaujolais les hommes étaient vêtus de noir, mais portaient les jours de fête, un gilet en soie brochée ou en velours de couleur.

    Dans nos régions, rien de caractéristique pour les chants et les danses inspirés des régions avoisinantes, le Velay, l’Auvergne, le Bourbonnais. Seule, la chanson stéphanoise est restée typique : son histoire à été écrite en 1906 par J.-F. Gonon, chansonnier à Saint-Etienne. On y retrouve la célèbre « Merluroun » :

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    « Qu’una fêta vou’é-t-ou dzima ?

    « La merluroun, la marlura,

    « Vou’e la fêta de lous banas

    « Ha ! merluroun, lurette,

    « Ha ! merluroun lura »

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    Les âges de la vie<o:p></o:p>

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    Ce sont les coutumes que l’on peut observer du berceau à la tombe, de la naissance aux funérailles en passant par le mariage. A la naissance sont liées de nombreuses superstitions : les femmes enceintes doivent craindre de rencontrer des bêtes monstrueuses ou même simplement des individus laids, si elles veulent avoir de beaux enfants. Dans quelques villages, il y a 50 ans, on trouvait encore, pour mettre les enfants au monde, des matrones non munies de diplômes, mais dont l’expérience était reconnu. Puis peu à peu, les sages-femmes diplômées furent accréditées. Actuellement, on va chercher un médecin accoucheur.

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    La matrone ou la sage-femme porte le bébé, le jour du baptême, sur le trajet de la maison à l’église et le remet au parrain au moment de la cérémonie. Le parrain et la marraine tiennent ensemble un cierge pendant que le prêtre baptise l’enfant. A la sortie de l’église, avant la guerre de 39-40, les gamins du village étaient massés devant le porche de l’église et attendaient qu’on leur jette des dragées. S’ils estimaient que le parrain ou la marraine avaient été trop parcimonieux, ils lançaient l’anathème sur le bébé en criant : «  Il crèvera ». Si au contraire les dragées étaient jetées en abondance, ils criaient : « Il vivra ». Cette coutume, très courante en Forez et dans le Jarez, est presque inconnue, ou du moins rare en Roannais et dans l’ancien Beaujolais.

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    La jeune mère ne devait pas reprendre sa vie normale sans avoir fait ses « relevailles » purificatrices. Elle apportait à l’église un gros pain que le prêtre bénissait ; elle en distribuait ensuite les morceaux à ses amies pour qu’à leur tour elles deviennent mères.

    Celles-ci venaient chercher le « croûton ».

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    Les coutumes du mariage sont plus significatives. C’est incontestablement dans les pays de montagneux du Forez et du Haut Forez que les vieilles traditions s’étaient le mieux conservées avant la guerre. Le matin de la noce, on allait encore en cortège chercher la marié au domicile de ses parents. Le marié était absent, mais il déléguait ses garçons d’honneur « les chausseurs » qui devaient simuler le rapt de sa future femme et l’emmener en grand arroi, flanquée de ses gardes du corps parmi lesquels figuraient « les poulaillers » portant au poing des volailles vivantes et caquetantes. Les cortèges étaient arrêtés en cours de route par des barrages. La cérémonie religieuse avait lieu ; après quoi on faisait le banquet pantagruélique, puis le bal. Tout le village y assistait. Les mariés n’étaient jamais laissés en paix, même durant leur nuit de noces où ils étaient surpris par des lurons et luronnes qui leur apportaient en principe dans  un breuvage dit « la Rôtie » dans la région stéphanoise et « la Gravirotte » dans le Roannais.

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    Mais ces jours de liesse prennent fin et l’on se sépare. On plaisante une dernière fois :

    « Retirez-vous gens de la noce – Retirez-vous car il est jour.

    « Nous avons marié nos filles – Nous n’avons plus besoin de vous. »

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    Les parents et les amis vont reprendre leur labeur habituel ; des circonstances heureuses ou tristes, les réuniront de nouveau, notamment celles des funérailles qui, dans les campagnes, revêtent encore maintenant un caractère particulier, dévoilant nos origine latines.

    La mort d’un habitant affecte tous les membres d’une même commune. L’un deux vient-il à décéder le glas sonne à intervalle régulier et annonce la nouvelle tout à la ronde. A la veillée funèbre viennent assister les voisins et voisines. Il y a une cinquantaine d’années l’on mettait dans la main ou dans la bouche du mort un sou pour son entrée au paradis ou bien pour la dîme à payer au sinistre batelier des enfers

    Actuellement encore il arrive que l’on place dans le cercueil les objets favoris du défunt, sa canne ou sa pipe, une bouteille de vin ou d’eau-de-vie. Dans les coins reculés des montagnes, quatre hommes portent le cercueil sur une civière, un « bayard », la famille et les amis suivent en poussant des lamentations et en exprimant des regrets déchirants. C’est, n’en doutons pas, un souvenir des pleureuses à gages de l’antiquité.

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    Voici brièvement résumée la vie des paysans dans nos régions du département de la Loire ; certes, elle est pénible et fatigante, le cultivateur fait de rudes efforts pour assurer sa subsistance et la nôtre, mais il est heureux et joyeux, vivant en pleine nature, il s’y exalte : c’est un homme robuste et sain.

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    Les paysans on un sens communautaire très développé, soit qu’ils habitent dans une agglomération au bourg, ou dans un hameau, soit qu’ils vivent dans une ferme isolée, les relations de voisinage sont très suivies. Des clans se forment, des amitiés naissent ou bien, au contraire, des rivalités et des haines, mais en cas de danger, les voisins s’entr’aident toujours. Qu’un incendie éclate ou que la ferme soit attaquée, tous les gens du voisinage accourent et viennent prêter main-forte.

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    C’est entre voisins que se passent les veillées, ces réjouissances de la fin de l’automne et du début de l’hiver. Jusqu’avant la deuxième guerre mondiale, des l’approche de la mauvaise saison, on se réunissaient la nuit venue, l’on racontait les potins du canton, l’on dansait et festoyait, les vieux cherchaient dans leurs souvenirs les légendes du passé, on faisait des contes.

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    Contes et légendes<o:p></o:p>

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    Comme dans toute la France et dans le monde entier, les légendes sont l’émanation même du Folklore, aussi, vont-elles être évoquées ici pour terminer cette courte étude. Généralement dans ces contes et légendes le diable intervient ouvertement, ou bien l’on devine une influence démoniaque. Satan s’attaque aux Saints et aux Saintes qui toujours triomphent de lui. Il y a les contes et légendes de la Sainte-Vierge, il y a ceux des apparitions, des revenants. Les plus beaux contes sont ceux de Noël : songez que pendant la nuit de Noël, la terre s’entr’ouvre et laisse voir le spectacle éblouissant des trésors accumulés aux cours des siècles. Ce ne sont que gemmes et pierreries, pièces d’or et pièces d’argent, mais malheur à qui ose s’approcher pour s’en saisir. L’imprudent est irrémédiablement entraîné dans le gouffre qui se referme sur lui. Dans maints villages on cite le cas d’individus qui sont mystérieusement disparu la nuit de Noël et que l’on  n’a jamais revus.

    Durant la nuit de Noël les animaux dans les étables se mettent à parler le langage des hommes, aussi doit-on leur donner double ration, pour prolonger leur repas et éviter les complots qu’ils pourraient former pour tuer leur maître.

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    Je ne saurais taire ici les noms des Folkloristes qui ont recueilli les contes et légendes de nos régions. Ce furent au siècle dernier Noelas et Louis-Pierre Gras, ce sont à notre époque contemporaine Mathieu Varille et Marguerite Gonon. Puissent-ils, avant qu’il ne soit trop tard, continuer à parcourir nos contrées pour questionner les vieillards et obtenir d’eux le récit de nouveaux contes et légendes, touchants témoignages de la foi ou des superstitions de nos ancêtres. Avant qu’il ne soit trop tard, car bientôt, ces traditions orales ne se transmettront plus et le Folkloriste devra se borner à l’étude des coutumes locales.

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       P. FORTIER-BEAULIEU  (Vice-président de la Société Française du Folkore)<o:p></o:p>

        Article tiré de l’ouvrage  Loire  les documents de France  (vers 1952).<o:p></o:p>

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