• L’USINE A COCONS DE ST VICTOR EMPOISONNE LE RHINS (1880)

     

    Illustration : les deux images de droite son tirées de : http://mariedessoies.over-blog.com

     

    Catastrophe écologique : 1er partie

     

    L’USINE A COCONS DE ST VICTOR EMPOISONNE LE RHINS (1880)

     

    C’est ce que nous apprend une réunion extraordinaire du conseil municipal de Régny, tenu le 19 décembre 1880.

     

    « A 2 heures du soir », en présence de L. Ponthus, le docteur Besse, Pivot Henry, Rivière Joseph, Pichard, Bigard, Pontille, Laurent et Grisard. Le maire s’exprime :

     

    « J’ai demandé à Mr le sous-préfet la permission de réunir ce C.M. pour une affaire des plus graves et des plus urgentes, la rivière de Rheins (1)  est littéralement empoisonnée.

    Un industriel d’Amplepuis, Mr Villy a établi, sans autorisation, dans la commune de St Victor, sur la rivière de Rheins, une usine pour l’extraction des parties soyeuses des chrysalides de vers à soie.

     

    Ces chrysalides, matières organiques en décomposition, en putréfaction, dissoutes par l’eau, donnent à cette eau des principes nuisibles pour l’alimentation et l’industrie. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses plaintes m’ont été portées.

     

    Ainsi, les ouvriers qui habitent à la fabrique de crayons du Forestier ne peuvent plus trouver dans le Rheins une eau potable, et sont obligés d’aller à 1 km de distance chercher l’eau nécessaire à leur alimentation et aux besoins du ménage.

     

    Un de nos teinturiers, Mr Jacques Pivot, a eu plusieurs kg de perdus par le lavage dans cette eau. La fabrique Desaye a eu plusieurs pièces d’étoffe à impression également perdues. Mme Berthelot, bien connue ici, a été obligée de fuir la rivière et d’aller laver son linge dans un ruisseau voisin : des mucosités infectes de chrysalides en décomposition s’attachaient à son linge. Le cheval de Mr Alexandre Pivot, maître d’hôtel, buvant l’eau du Rheins, a été malade pendant quelques jours…

     

    Mr Villy n’habitant pas la commune de Régny, j’ai demandé au brigadier de gendarmerie du canton de St Symphorien de parcourir avec moi les bords du Rheins. Ce brigadier a cru devoir ne pas obtempérer…Le C.M. espère que Mr le sous-préfet voudra intervenir dans le plus bref délai car il y a urgence… »

     

    Monsieur Villy a déjà monté un pareil établissement à Amplepuis et en a été chassé pour cause de salubrité publique. Pourquoi se permet-il, sans autorisation, de le monter au-dessous de St Victor, sur la rivière de Rheins ?

     

    Une lettre rédigée par M. Meurguy, ingénieur chargé d’enquête par le préfet de la Loire, arrive à Régny. Les élus, par la voix d’un des leurs, le docteur Besse, y font prompte réponse. Les termes expriment non seulement les protestations de la population, mais aussi nous éclairent sur le fonctionnement de cette usine implantée à St Victor :

     

         « Monsieur le Préfet

     

                                                   Je viens de prendre connaissance du rapport de Mr l’ingénieur Meurguy sur l’établissement insalubre de l’usine Villy à Saint-Victor-sur-Rhins… Il est rempli de graves erreurs, est fait avec une légèreté des plus grandes intéressant la santé publique des communes situées sur le Rhins…

    …Mr Vially habite à Amplepuis où il a crée une industrie considérable pour l’extraction de la soie qui occupe environ 2000 ouvriers.

     

    Parmi les différentes préparations que Mr Villy fait subir à la soie, il en est une très malsaine qu’il appelle « le décreusage » mais qui en réalité n’est pas le décreusage habituel. Cette préparation lui a été interdite à Amplepuis par l’Administration supérieure du Rhône comme « portant atteinte à un très haut degré à la santé publique et troublant les industries privées… »

     

     

    C’est cette préparation que Mr Villy est venu faire à St Victor, ne pouvant la continuer par ordonnance de police à Amplepuis.

     

    L’usine affectée à cette préparation créée à St Victor depuis le mois d’octobre dernier, occupe de 10 à 15 ouvriers. Ce n’est donc pas une de ces usines considérables qui doivent faire, comme semble l’indiquer l’ingénieur, la fortune du département…

     

    Si on compare l’industrie de « décreusage des cocons de vers à soie » qui sont assez répandues dans nos départements du midi. On voit qu’à St Victor, elle n’a aucune ressemblance avec le travail de décreusage proprement dit.

     

    Le décreusage se pratique de la manière suivante : dans un vase en cuivre contenant environ 50 litres d’eau à 60°, on fait immerger une certaine quantité de cocons. Devant ce vase est placé un petit moulinet animé d’un mouvement continu. L’ouvrière retire un cocon du vase, le perce par un bout, fait sortir le fil de soie, jette l’extrémité de ce fil sur le moulinet en tenant toujours le cocon à la main.

    Lorsque le moulinet a tiré tout le fil du cocon, ce dernier est décreusé ; on le jette et on recommence la même opération à chacun des cocons contenus dans le vase d’eau chauffée.

     

    Monsieur Villy a trouvé le moyen par un procédé nouveau d’extraire le peu de soie qu’il reste encore dans le cocon décreusé. Il achète tous les déchets du déceusage et soumet tous ces restes de cocons à une forte ébullition au moyen de la vapeur.

    Ces cocons sont ensuite jetés dans des cuves dans lesquelles tournent des batteurs. Ces derniers brisent les cocons et les vers en putréfaction qui sont restés dans leurs intérieurs.

     

    Ces matières animales sont dissoutes en partie dans l’eau. Les parties non solubles sont entraînées, nagent ou se décompose au fond de la rivière sur un très grand parcours, comme l’a constaté Mr l’ingénieur.

     

    Quand l’opération du battage est terminée, on retire le contenu de la cuve, on le soumet à un lavage à l’eau courante, on trie la soie, on la fait sécher dans des cuves, puis on la fait passer dans des machines à carder. Après cette dernière façon, la soie est prête à être livrée au commerce.

     

    Pour extraire le peu de soie qui reste dans les déchets, Mr Villy est obligé d’opérer sur de très grandes quantités. Les résidus sont donc énormes, et la rivière, après avoir servi à laver ces matières putrides, est aussi le principal véhicule des substances utilisées.

     

    Les miasmes qui se dégagent de cette eau incommodent fortement les habitants riverains, le bétail flaire l’eau et refuse de s’y abreuver, les puits situés dans le voisinage de la rivière n’ont plus d’eau potable, les cotons teints par nos teinturiers changent de couleur…

     

    (1)   Rheins ou Reins (dans le département du Rhône) ; le Rhins (dans le département de la Loire) est une rivière française, qui coule dans ces départements  en région Rhône-Alpes. C'est un affluent direct de la Loire en rive droite qui conflue à Roanne avec cette dernière.

     

     

     

     

     


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