• La coquine Marquise de SEVIGNE


     

    LA « COQUINE » MARQUISE DE SEVIGNE <o:p></o:p>

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         Toujours entre deux carrosses, cette femme pressée ne vous laisse jamais le temps de souffler. Au rythme de sa belle écriture nerveuse, nous caracolons au détour des routes de Bourgogne et de Rhône-Alpes, via <st1:PersonName productid="la Bretagne" w:st="on">la Bretagne</st1:PersonName> et Ile de France. On "rabutine" avec son cousin Bussy, on se grise à Saulieu. On la suit le lendemain à Vichy. De l'ébouriffant retour aux sources des cures thermales, on passe la nuit sur la paille fraîche d'une hostellerie des bords de Loire. Et l'on se réveille au couvent de Port-Royal, pour l'interview des solitaires aux prises avec les questions jansénistes!<o:p></o:p>

         Parisienne par sa mère, bourguignonne par son père, bretonne sur les terres de son époux, provençale sur celle de sa fille , Mme de Grignan ; "Madame de Sévigné est condamnée à la migration", explique Jean-Pierre Courenne. L'actuel conservateur des Châteaux départementaux de <st1:PersonName productid="la Drôme" w:st="on">la Drôme</st1:PersonName> et donc du château de Grignan.<o:p></o:p>

         Née à Paris, presque en même temps que le Marais, aux demeures soigneusement alignées pour dresser dès l'aube du XVII°, le spectre des grandes cités, Marie de Rabutin-Chantal vit le jour le 5 février 1626. Orpheline à 1 ans de son père, puis de sa mère six ans plus tard, Marie grandit place Royale, la future place des Vosges. A 18 ans, à deux heures du matin, c'est la coutume, elle épouse, en l'église Saint Gervais le baron coureur de jupons. Henri de Sévigné, d'une famille qui a connu "toujours de bonnes alliances". Il est "beau et bien fait" courageux ; mais, est-ce le fait d'une enfance d'orphelin ballotté, élevé par une marâtre et un oncle? Il est aussi joueur et libertin.<o:p></o:p>

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    Conrart rapporte : "Il l'estimait et ne l'aimait point alors qu'elle l'aimait et ne l'estimait point." Il eut tôt fait de délaisser sa jeune femme pour Ninon de Lenclos et combien d'autres! Mais voici  qu'entre en scène le cousin Roger de Bussy-Rabutin, grand séducteur qui lui propose de la venger des infidélités de son mari, "et je serai de moitié de la vengeance". Mais le château des Rochers, où Henri a passé son enfance, les attend et c'est la découverte de ce domaine qu'elle aimera toute sa vie. <o:p></o:p>

    Entre retraite campagnarde et vie parisienne, naît le 10 octobre 1646, dans l'hôtel de la rue des Lions, Françoise Marguerite de Sévigné, future comtesse de Grignan.<o:p></o:p>

    La vie de dissipation reprend de plus belle. La marquise y participe de bon cœur, en figurante. Les propos lestes l'enchantent, les "prémices" de l'amour la grisent. "Elle reçoit avec joie tout ce qu'on lui dit de libre", note Bussy. Elle est si "guillerette" que le prince d'Harcourt lui interdit sa maison.<o:p></o:p>

    Son mari étroitement mêlé à <st1:PersonName productid="la Fronde" w:st="on">la Fronde</st1:PersonName> - "Cette bacchanale sanglante", dira Chateaubriand - la laisse en Bretagne. Mêlant intrigue et galanterie, il se bat en duel contre le chevalier d'Albret pour sa maîtresse, "la belle Lolo", alias madame de Gondran, et expire à un jour près pour l'anniversaire de sa femme le 6 février 1651. La nouvelle parvint aux Rocher où "notre chaste tourterelle" pouponne ses deux enfants. Charles est né le 12 mars 1648.<o:p></o:p>

         Dès lors, le veuvage de Madame Sévigné s'annonce très brillant. Deux possibilités s'offraient à notre exquise veuve de vingt-sept ans : devenir, comme le préconisait sa grand-mère Jeanne de Chantal, une "vraie veuve", c'est à dire une "petite violette de mars", ou bien céder à ses admirateurs. Elle choisit une voie intermédiaire : plus qu'amis, moins qu'amants, elle aura des soupirants<o:p></o:p>

    . De nos jours, plus prosaïquement, on la jugerait une sacrée "allumeuse". Le Prince de Conti, Turenne, Fouquet et Bussy-Rabutin, le cousin de Marie, sont sous le charme ! La beauté de la jeune femme n'est pas irréprochable, mais, écrit Bussy, "tout cela qui en détail n'est pas beau, s'avère à tout prendre assez agréable" . Vive et spirituelle en diable, Madame de Sévigné brille dans les salons mondains. Les riches heures du Marais succèdent aux dîners littéraires de la "Carnavalette", l'hôtel particulier loué par Madame de Sévigné bien avant qu'il ne devienne sous le nom de "Carnavalet", le Musée de <st1:PersonName productid="la Ville" w:st="on">la Ville</st1:PersonName> de Paris. La future virtuose de l'art épistolaire fait ses gammes parmi les beaux esprits.<o:p></o:p>

         Sa fille " la plus jolie de France" aux dires de Bussy, eut quelques mal à trouver un mari. La notoriété de mademoiselle de Sévigné était pourtant au plus haut. Elle est de tous les ballets, aux côtés d'Henriette d'Angleterre, de la future madame de Montespan, de Louise de <st1:PersonName productid="La Vallière" w:st="on">La Vallière</st1:PersonName>, et danse avec le roi le ballet de <st1:PersonName productid="la Naissance" w:st="on">la Naissance</st1:PersonName> de Vénus. A-t-il jeté son dévolu sur elle? <st1:PersonName productid="La Fontaine" w:st="on">La Fontaine</st1:PersonName> le laisse entendre et lui dédie le "Lion Amoureux".<o:p></o:p>

     En 1669 enfin se présente le comte de Grignan, ployant sous les dettes, chargé de deux filles, de deux veuvages... et de quarante années. Ce n'est encore rien en regard de l'épreuve suprême : le départ en 1671 de Madame de Grignan pour le château proche de Montélimar. "Hélas mon cousin, nous avons cent fois plus froid ici qu'à Paris. Nous sommes exposés à tous les vents? C'est le vent du midi, c'est la bise, c'est le diable, c'est à qui nous insultera ; ils se battent entre eux pour avoir l'honneur de nous enfermer dans nos chambres. Toutes nos rivières sont prises ; le Rhône, ce Rhône si furieux, n'y résiste pas. Nos écritoires sont gelés ; nos plumes ne sont plus conduites par nos doigts transis. Nous ne respirons plus que de la neige ; nos montagnes sont charmantes dans leur excès d'horreur. Je souhaite tous les jours un peintre pour bien représenter l'étendue de toutes ces épouvantables beautés. Voilà où nous en sommes. Contez un peu cela à notre duchesse de Chaulnes qui nous croit dans les prairies, avec des parasols, nous promenant à l'ombre des orangers".<o:p></o:p>

         Mille cinq cents muets entretiens, la musique de sa voix mêlée au pétillement des mots...Cela adoucit  à peine la douleur de la seconde naissance de Madame de Sévigné : dès le départ de Madame de Grignan pour <st1:PersonName productid="la Provence" w:st="on">la Provence</st1:PersonName>, sa vie se confond avec la correspondance qu'elle adresse à sa fille. Une vraie passion qui l'oblige vingt-cinq ans durant, à arrondir son propos, à étoffer ses déclarations de chroniques à la verve éblouissante.<o:p></o:p>

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    Empruntons quelques phrases de ses merveilleuses lettres de Madame Sévigné, adressées à Madame de Grignan lors de son passage sur notre future Nationale 7<o:p></o:p>

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    « ON M’A DIT MILLE HORREURS DE CETTE MONTAGNE DE TARARE, QUE JE <st1:PersonName productid="LA HAIS. IL" w:st="on">LA HAIS. IL</st1:PersonName> Y A UN CERTAIN CHEMIN OU <st1:PersonName productid="LA ROUE EST" w:st="on">LA ROUE EST</st1:PersonName> EN L’AIR ET OU ON TIENT LE CAROSSE PAR L’IMPERIALE ; JE NE SOUTIENS PAS CETTE IDEE » (lettre du 26 février 1671)<o:p></o:p>

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    « J’AI TRANSIS DE VOUS VOIR PASSER <st1:PersonName productid="LA NUIT DANS" w:st="on">LA NUIT DANS</st1:PersonName> CETTE MONTAGNE QUE L’ON NE PASSE JAMAIS QU’ENTRE DEUX SOLEILS ET EN LITIERE. JE NE M’ETONNE PAS MA CHERE, SI VOS PARTIES NOBLES (le derrière) ONT ETE CULBUTEES » (lettre du 27 février 1671).<o:p></o:p>

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    " Trouvez-vous que le Rhône ne soit que de l'eau?" écrit-elle en mars 1671, à Madame de Grignan, à peine remise des bruits et fureurs de "ce Rhône qui fait peur à tout le monde ! Ce pont d'Avignon où l'on aurai tort de passer en prenant de loin toutes mesures. Un tourbillon de vent vous jette violemment sous une arche ! Et quel miracle que vous n'ayez pas été brisée et noyée dans le moment ! Ma bonne, je ne soutiens pas cette pensée ; j'en frisonne et m'en suis réveillée avec des sursauts dont je ne suis plus la maîtresse. Ma fille, on craint toujours quand on aime comme je fais".<o:p></o:p>

         Illusion de la "frénésie épistolaire" sur leurs vingt-cinq ans de séparation, Madame de Sévigné et Madame de Grignan n'en passeront réellement que huit éloignées l'une de l'autre. Interrompue le 17 avril 1696 à Grignan par une "fièvre continue". En effet, Marie Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné, n'a guère vécu, en trois séjours plus de quatre ans dans le château où sa fille tenait le rang conforme, sinon à l'état de ses finances sinistrés, à la puissance dévolue à son époux, François de Castellane Adhémar de Monteil, véritable "vice-roi" de Provence sur près d'un demi-siècle. Mais c'est à Grignan que la femme de lettres mourut ; c'est là qu'elle repose dans la collégiale Saint-Sauveur après avoir écrit quelques 900 lettres à sa fille (dont 764 nous sont parvenues).<o:p></o:p>

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