• LA LECTURE A LA PAROISSE SAINT-ANNE DE ROANNE (1932)


    LES LECTURES A  LA PAROISE SAINT-ANNE DE ROANNE

     

    HISTOIRE NAVRANTE D'UN JEUNE HOMME QUI FUT POUSSE AU CRIME PAR LA LECTURE DE MAUVAIS ROMANS

    (Bulletin paroissial d'Octobre 1932)

     

    Le crime que juge la Cour d'assises de Seine-et-Oise intéresse tout le monde, tous ceux qui voyagent en chemin de fer, et qui ont le droit d'être en sécurité dans les trains, sans être attaqués par des bandits…

     

    Un grand crime, qui rappelle singulièrement l'attentat du rapide Paris - Marseille, où un homme fut tué, et que Charrier, le fils de Micislas Golberg, paya de sa tête. Le criminel s'appelle Pierre Séguy.

     

    En réalité, c'est une victime du livre, comme disait jadis Jules Vallès.

     

    A un certain âge, dit l'auteur des Réfractaires, l'enfant veut jouer à Robinson et quitte la maison paternelle avec un morceau de chocolat en poche, pour s'en aller dans la campagne, se figurer vivre dans une île déserte ;  d'autres plus âgés, se sont crus Des Grieux et ont été victimes de bien des Manons ; d'autres encore ont cru  trouver leur génie au fond d'un verre d'absinthe parce que l'auteur des Nuits en buvait.

     

    Tous plus ou moins, nous sommes victimes de nos lectures. C'est ce qu'a parfaitement analysé le savant docteur Truelle, qui à étudié la psychologie de ce jeune criminel.

     

    Tout d'abord, il a cru à l'acte d'un aliéné. Se présenter seul, dans un compartiment où il y a trois personnes, revolver au poing, semblait l'acte d'un fou. Or, pas du tout. Pierre Séguy n'a aucun trouble mental, et il est parfaitement responsable.

     

    Mais sa, psychologie est cependant bien curieuse. C'est un timide, un concentré. Il n'a pas d'amis. Il n'aime dans sa chambre solitaire qu'élever des oiseaux ou lire.

     

    Que lit-il ? Ses lectures favorites, on les a retrouvées dans une perquisition : ce sont des romans d'aventures ou des romans policiers, ou encore des livres sur l'au-delà et la réincarnation. On a notamment découvert des numéros du Détective, de Police-Magazine ; tous les Fantomas et tous les Arsène Lupin. Puis, un roman Réincarné.

    « Je voulais faire comme dans les romans » répondait Séguy à Monsieur le président Pittré.

     

    L'un de ces livres semble avoir joué un rôle prépondérant dans la vie criminelle du jeune Séguy. Il a pour titre  : Bandits de grands chemins ou l'attaque du train 5.

     

    Ce livre, orné d'une grande image, raconte l'attentat commis dans le rapide Paris - Marseille. Trois bandits  étaient entrés dans un compartiment revolver au poing. Ils avaient tiré et tué le lieutenant Carabelli. Deux d'entre eux, place des Ternes, avaient à leurs tour été tués par des policiers. Le troisième, Charrier, fut condamné à mort et exécuté.

     

    Séguy avait lu ce livre et sa conclusion, disait  M. le substitut Camboulive, ne l'avait pas arrêté. Sans doute voulait-il faire mieux, cet imaginatif, qui nous disait le docteur Truelle, avait envie de voyager sans savoir où, partir pour partir ; qui avait voulu, au lieu d'être représentant de commerce, devenir inspecteur de la Sûreté.

     

    Et le voilà là, en cour d'assises, entre deux gendarmes. Oh! Les lectures néfastes, les films dangereux, les histoires sanglantes, les drames policiers! Quelle responsabilité on leurs auteurs, sans s'en douter! Chez l'homme, disait Vallès, tout est factice, tout est formé, déformé par le livre, un contresens chez un auteur a décidé de toute une vie humaine!

     

    Et la mère, madame Bernier, vient à l'audience, très triste. Longuement, douloureusement, elle regarde son fils. Un seul mot : "je l'avais bien élevé, pourtant!".

     

    Oui, c'est vrai. Excellente éducation, soins affectueux. Tout cela n'est certes pas sa faute. Le livre! Toujours le livre! Mais tous ne succombent pas cependant à la tentation. N'y avait-il pas un avocat général qui, un jour parlant de Georges Sand disait qu'il aurait fallu détruire, brûler Lélia et Indiana (1) coupables de tant de perditions?

     

    Où est la mesure? Quel est le livre dangereux? Où commence le péril? Grave problème et que l'on ne résoudra jamais.

    Me Antier se porte partie civile pour M. Ortiz, l'agent maritime qui faillit être tué…

     

    M le substitut Camboulive requiert avec énergie, car, dit-il, Séguy, d'après son crime, peut encourir quatre fois la mort…

     

    Dans la foule, une femme en noir le regarde intensément; elle pleure : c'est la mère. Je passe, pour sortir à côté d'elle, et j'entends murmurer à voix basse : "Mon petit, mon petit, mon petit…" Le mot éternel des mères pleurant leurs enfants.

     

                                                                Georges CLARETIE, Figaro, 5 juin 1932

     

    1)Une relation tumultueuse entre Aurore et l'écrivain Jules Sandeau. C'est avec lui qu'elle écrira son premier roman : Rose et Blanche (signé J. Sand). Une fois la rupture consommée, George s'éprend successivement de Musset, Pagello, Michel de Bourges, Pierre Leroux et Chopin. Parallèlement à ces aventures sentimentales, sa production littéraire s'étoffe avec Indiana, Valentine (1832) ; Lélia (1833) ; Jacques (1834) et Mauprat (1837).

     

    Elle y défend la femme face à une société opprimante, plaide pour le droit à la passion plutôt que pour le mariage. On comprend mieux pourquoi elle n'est guère appréciée par le clergé.

     

    D'ailleurs dans ce même bulletin l'article de Georges CLARETIE est suivi du bandeau  suivant :

     

    CONSPUEZ HACHETTE! CONSPUEZ

     

    C'est aux Messageries Hachette que l'on doit en France et à l'étranger, la diffusion de la littérature pornographique et policière.<o:p></o:p>

    Pour un bon livre vendu dans ses dépôts, il en est mille qui heurtent le goût et le bon sens. (DENOEL et STEELE, éditeurs, dans La Librairie, avril mai 1932).

     

    Bulletin paroissial d’Avril 1933 :" Parents chrétiens …

     

    Achetez de bons illustrés à vos enfants!

    Procurez leur de bons livres.

    Et surveillez leurs lectures.

     

    De bons illustrés : vous trouverez à la porte de l'église, chaque dimanche : l’Écho du Noël, Pierrot, Lisette, Le Pèlerin.

    Chaque jeudi au Patronage, les garçons peuvent avoir : "Cœurs vaillants" ; pour 1 f par mois, il peuvent être abonnés au plus bel illustré pour petits garçons.

    De bons livres : achetez à la porte de l'église les romans de la Bonne Presse ou de la collection Stella. Que vos enfants demandent des livres à la bibliothèque de leur Patronage. On se fera une joie de leur prêter.

    Surveillez leurs lectures. Voyez que leurs livres portent le tampon du Patronage. C'est pour vous la garantie d'une saine lecture, comme la marque X…est pour vous  la marque du bon café , ou du bon chocolat.

    Ne laissez pas traîner entre leurs mains vos livres et vos journaux, il y a peut-être là de quoi ternir leur innocence et salir leur âme.

    Ne leur laissez pas lire, par exemple : Cri-cri, le Bon-point, l’Épatant, la Croix d'honneur, le Petit Illustré, Fillette! Il y a là trop d'histoires peu morales et trop d'exemples fâcheux à éviter.

    Une mauvaise lecture peut annihiler tous les efforts que vous faites pour bien élever vos enfants. Cela vaut la peine qu'on y pense.

    <o:p> </o:p>

    Les magasines cités :

     

    "LE CRI CRI" (environ 1386 numéros parus).
    Une premières série de 410 numéros environ à partir du 28 février 1911, puis fusionne avec "LA CROIX D'HONNEUR", il sera édité, sous ce titre, 976 numéros du 3 octobre 1918 au 10 juin 1937.
    Il deviendra ensuite le journal "BOUM".

     

    "L'ÉCHO DU NOËL" (environ 1235 numéros parus).
    De 1910 au 6 mai 1934.

     

    «FILETTE »ancienne série (1682 numéros parus).
    Numéro 1 le 21 octobre 1909, dernier numéro de cette série en juin 1940.<o:p></o:p>

     

    "LE PETIT ILLUSTRE POUR LA JEUNESSE ET LA FAMILLE" (1644 numéros parus).
    Première série du 29 mai 1904 au 12 avril 1936, puis change de format et reprend à 1 le numérotage.

     

    "LISETTE" (1069 numéros parus).
    Ancienne série du 10 juillet 1921 au 30 décembre 1928 (N° 390), ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 14 ans, le dernier numéro parait le 8 mars 1942.<o:p></o:p>

    "PIERROT" (486 numéros parus).
    Numéro 1 le 27 décembre 1925 jusqu'au 14 avril 1935, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 10 ans. Il change ensuite de format mais garde le suite du numérotage.<o:p></o:p>

     

    "L'ÉPATANT" ancienne série (1517 numéros parus).
    Numéro 1 le 10 avril 1908 jusqu'au numéro 1517 du 26 août 1937, continuera de paraître jusqu'en 1939 sous différents formats.

     

    "COEURS VAILLANTS" (plus de 1000 numéros parus).
    Le numéro 1 en 1929 et le dernier en 1962, deviendra après "FORMULE 1" avec un numérotage de 1 à 52 repris annuellement.

     

    Listing, non exhaustif, des parutions de 1900 à 1934 :

    - "LE CRI CRI" (environ 1386 numéros parus).
    Une premières série de 410 numéros environ à partir du 28 février 1911, puis fusionne avec "LA CROIX D'HONNEUR", il sera édité, sous ce titre, 976 numéros du 3 octobre 1918 au 10 juin 1937.
    Il deviendra ensuite le journal "BOUM".

    - "LE DIMANCHE ILLUSTRÉ" (900 numéros parus).
    Première édition avant 1914 jusqu'au 26 mai 1940, une nouvelle série (de 165 numéros) parait en zone libre avec en sous titre "MAGAZINE ILLUSTRE DE L'ACTUALITÉ MONDIALE" du 24 novembre 1940 au 15 ma 1944.<o:p></o:p>

    - "LA SEMAINE DE SUZETTE" (environ 1845 numéros parus).
    Numéro 1 en fin d'année 1904, dernier numéro en mai 1940. Le numérotage de 1 à 52 sera repris annuellement pendant 36 ans

    - "DIABOLO JOURNAL" (environ 900 numéros parus).
    Première parution en 1906 jusqu'en 1922/1923.

    - "LE RÉGIMENT" (environ 600 numéros parus).
    Série de guerre ayant paru entre 1914 et 1918, a remplacé "La vie de Garnison".

    - "LE JEUDI DE LA JEUNESSE" (environ 660 numéros parus).
    Premier numéro en fin d'année 1903 et le dernier vers 1914/1915.

    - "BERNADETTE" nouvelle série (environ 399 numéros parus).
    Numéro 1 le 5 janvier 1930, dernier numéro le 22 août 1937. Il a existé une série précédente de 357 numéros ( de 1923 à 1929).

    - "L'ÉCHO DU NOËL" (environ 1235 numéros parus).
    De 1910 au 6 mai 1934.

    - "FILLETTE" ancienne série (1682 numéros parus).
    Numéro 1 le 21 octobre 1909, dernier numéro de cette série en juin 1940.

    - "LE PETIT ILLUSTRE POUR LA JEUNESSE ET LA FAMILLE" (1644 numéros parus).
    Première série du 29 mai 1904 au 12 avril 1936, puis change de format et reprend à 1 le numérotage.

    - "LILI" (environ 303 numéros parus).
    Numéro 1 en octobre 1910, dernier numéro le 13 août 1925.

    - "GUIGNOL" (430 numéros parus).
    Numéro 1 le 1er octobre 1920 jusqu'en décembre 1936, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 16 ans, se transforme après en "JEUNESSE MAGAZINE".

    - "LISETTE" (1069 numéros parus).
    Ancienne série du 10 juillet 1921 au 30 décembre 1928 (N° 390), ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 14 ans, le dernier numéro parait le 8 mars 1942.

    - "PIERROT" (486 numéros parus).
    Numéro 1 le 27 décembre 1925 jusqu'au 14 avril 1935, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 10 ans. Il change ensuite de format mais garde le suite du numérotage.

    - "LES BELLES IMAGES" (1681 numéros parus).
    Numéro 1 le 29 mars 1903 jusqu'au numéro 1681 du 31 décembre 1936.

    - "LA JEUNESSE ILLUSTRÉE" (1652 numéros parus).
    Numéro 1 le 21 avril 1904 jusqu'au numéro 1652 du 2 juin 1935, sera ensuite absorbé par "LES BELLES IMAGES".

    - "L'ÉPATANT" ancienne série (1517 numéros parus).
    Numéro 1 le 10 avril 1908 jusqu'au numéro 1517 du 26 août 1937, continuera de paraître jusqu'en 1939 sous différents formats.

    - "LE PETIT POUCET"
    Planche publicitaire des années 1931 / 1932.

    - "CENDRILLON"
    Planche publicitaire des années 1931 / 1932.

    - "JEUDI" (333 numéros parus).
    Numéro 1 le 1er octobre 1931 jusqu'au numéro 333 du 10 février 1938, se transformera en journal "JEAN PIERRE".

    - « L’INTREPIDE » nouvelle série (24 numéros parus).
    Numéro 1377 du 10 janvier 1937 au numéro 1400 du 20 juin 1937, d'un format 26 X 39, il deviendra ensuite le journal "HARDI".
     

     

    Listing, non exhaustif, des parutions de 1934 à 1940:

    - "JUNIOR" (282 numéros parus).
    Série première (avant-guerre): du numéro 1 le 2 avril 1936 au numéro 282, le 5 mars 1942. Il existe une feuille d'Annonce (numéro 0).
    Nouvelle série à compter du 30 janvier 1947 au numéro 27, le 31 juillet 1947.

    - "COEURS VAILLANTS" (plus de 1000 numéros parus).
    Le numéro 1 en 1929 et le dernier en 1962, deviendra après "FORMULE 1" avec un numérotage de 1 à 52 repris annuellement.

    - "ÂMES VAILLANTES" (plus de 600 numéros parus).
    Le numéro 1 le 8 décembre 1937 et le dernier en 1962, deviendra après "DJIN" avec un numérotage de 1 à 52 repris annuellement.

    - "LE PETIT ILLUSTRE" (50 numéros parus).
    Nouvelle série, grand format du 19 avril 1936 au 28 mars 1937, il deviendra par la suite le journal "L'AS".

    - "L'AS" (169 numéros parus).
    Numéro 1 le 4 avril 1937, numéro 169 le 23 juin 1940.

    - "LE JOURNAL de TOTO" (169 numéros parus).
    Numéro 1 le 15 mars 1937, numéro 169 le 31 mai 1940.

    - "BOUM" (22 numéros parus).
    Il prend la suite de "CRI CRI", du 17 juin 1937 au 11 novembre 1937, il fusionnera ensuite avec le journal "L'AS".

    - "HOP-LA" (132 numéros parus).
    Numéro 1 le 7 décembre 1937, numéro 132 le 16 juin 1940. Il existe une feuille d'Annonce (numéro 0).

    - "ROBINSON" Édition de Paris. (218 numéros parus).
    Numéro 1 le 24 avril 1936, numéro 218 le 30 juin 1940. Il existe une feuille d'Annonce (numéro 0).
    Paraîtra ensuite en Zone Libre (Édition de Marseille).

    - "JOURNAL de MICKEY" Édition de Paris. (296 numéros parus).
    Numéro 1 le 20 octobre 1934, numéro 296 le 16 juin 1940. Il existe une feuille d'Annonce (numéro 0).
    Paraîtra ensuite en Zone Libre (Édition de Marseille).

    - "JUMBO" première série, (296 numéros parus).
    Numéro 1 le 9 février 1935, numéro 39 le 26 septembre 1941, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 7 ans.
    Fusion avec le journal "AVENTURES" pour donner "JUMBO et à l'AVENTURE réunis".

    - "BILBOQUET" (48 numéros parus).
    Numéro 1 le 6 février 1938, numéro 48 le 1 janvier 1939.

    - "L'AVENTUREUX" (317 numéros parus).
    Numéro 1 le 9 mars 1936, numéro 40 le 5 octobre 1942, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 7 ans.<o:p></o:p>

    - "HURRAH !" (336 numéros parus).
    Numéro 1 le 5 juin 1935, numéro 334 le 14 avril 1942. Il existe une feuille d'Annonce (numéro 0).

    - "BAYARD" première série, (233 numéros parus).
    Numéro 1 le 5 janvier 1936, numéro 233 le 23 juin 1940.

    - "PIERROT", nouvelle série grand format(353 numéros parus)
    Numéro 1 le 21 avril 1935, numéro 353 le 8 mars 1942, ensuite le numérotage de 1 à 52 est repris pendant 8 ans .<o:p></o:p>

    - "JEAN PIERRE" suite du journal "JEUDI" (353 numéros parus).
    Numéro 1 le 17 février 1938, numéro 115 le 20 juin 1940.

    " LE JOURNAL DE SPIROU" plus de 2000 numéros parus.
    Numéro 1 le 17 avril 1938 à aujourd'hui, car il continue de paraîtr

     

    Novembre 1933.

    En marge des articles de journaux, pauvre Violette !!!

    (extrait du " Peuple de chez nous) article de Louis Rastouil

     

    Oui, pauvre Violette Nozières :

    Je vois d'ici la tête d'un certain nombre de lecteurs ; il me semble entendre leur indignation : " Eh quoi ! vous allez excusez cette criminelle, cette parricide, cette cynique, cette menteuse, cette viveuse, cette voleuse ?

     

    " Mais alors il n'y a plus de morale ? La vie n'est plus possible ? La société est un coupe-gorge ?

     

    Chers lecteurs, dans votre colère, vous y êtes en plein. Ça y est c'est ça. S'il y avait, à travers les champs de la société, beaucoup de ces pseudo-violettes au parfum camoufleur de poison, il n'y aurait vite plus de morale, plus de société  possible.

     

    Si elle était seule.

     

    Et d'ailleurs ça y est, c'est ça. Il n'y a plus guère de morale (où allons-nous ?), et la société est devenue un milieu impossible ( il n'y a plus moyen de vivre ! ), parce qu'en fait la société est séduite d'abord, puis empoisonnée par un tas de violettes cachées mais tueuses lentes des consciences et de la morale.

     

    Je dis cachées ! En effet, Violette Nozières n' à pas attendu 1933 pour être nuisible à la société : qu'elle vie ! Quels exemples ! Quelle débauche ! Et les jeunes gens qu'elle a séduits, corrompus, peut-être (cela paraît ressortir des aveux de la mère) contaminés ! Et les petits enfants donc, dont la vie et la descendance auront été empoisonnés par cette Violette ! Et la société donc en définitive qui, par une seule jeune fille, aura des tares plus nombreuses, des vices plus enracinés, des violettes empoisonnées multipliées dans ses terres !

     

    Hélas !  combien d'autres jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes, qu'on n'a pas arrêtés, qu'on n'arrêtera pas parce qu'il n'y aura pas eu le crime palpable, le fait brutal tombant sous le coup de la loi, et qui, comme Violette il y a quelques semaines, continuent à verser dans les veines de la société le poison qui la tue.

     

    Pourquoi tant de Violette ?

     

    Je vous entends me crier : " Et vous avez le toupet d'écrire Pauvre Violette ? "

     

    Le cas de Violette Nozières pose  devant tout homme sensé, devant tout citoyen normal - et devrait poser en lettres de sang sous les yeux des gouvernants - cet angoissant problème : Pourquoi dans la société actuelle, y-a-t-il  tant de violettes empoisonnées ? Pourquoi y a-t-il tant de crimes publics et secrets, tant de vices, tant d'innocences salies, tant de jeunesse débauchée? Pourquoi ?

     

    Pourquoi ? Demandez à Violette Nozières.

    Qui lui a arraché de bons principes reçus à l'école primaire ?

    Elle a vécu hors de la famille, méprisant père et mère et faisant fi de leurs recommandations.

    Nous, nous appelons çà pêcher contre le 4° commandement :

    Père et mère honorera

    Afin de vivre longuement.

    Elle a tué…, et tué son père ; elle a à demi empoisonné sa mère préparant elle-même le poison qui devait les arracher à la vie. Nous, nous appelons çà  pécher gravement ( encore conte le 4° ) et contre le 5° commandement :

    Homicide point ne seras>

    Elle a fréquenté de mauvaises compagnies, elle est allée dans des boîtes à débauche, elle a été l'amie de plusieurs, elle s'est jetée dans le vice et la répandu autour d'elle. Nous, nous appelons çà pécher gravement contre les 6° et 9° commandements :

    Luxurieux point ne sera

    De corps ni de consentement

    L'œuvre de chair ne désireras

    Qu'en mariage seulement.

    Elle a volé, prenant dan le porte-monnaie de sa mère un billet de mille et le remplaçant par un bout de journal. Nous, nous appelons çà pécher contre le 7° et le 10° commandements :

    Le bien d'autrui ne prendras

    Ni retiendras en le sachant.

    Biens d'autrui ne convoiteras

    Pour les avoir injustement.

    Elle a trompé plus ou moins tous ceux qu'elle a approchés, mentant sur son nom, son origine, sa situation, sa famille, sa fortune, son passé, son présent, ses projets, sur tout. Nous, nous appelons ça pécher contre le 8° commandement :

    Faux témoignage ne diras

    Ni mentiras aucunement !

    Je vous entends, impatients, me jeter à la face : " Et vous n'avez pas honte de le dire : Pauvre Violette ! Que vous faut-il de plus ? "

    Il me faut, cher lecteur, un supplément d'enquête.

     

    Pas de morale sans Dieu.

     

    En définitive, pourquoi Violette Nozières a-t-elle pensé et agi contre tous ces commandements, du 4° au 10°, , Pourquoi a-t-elle offensé et tué ses père et mère, pratiqué et semé le vice, menti et volé ? Pourquoi ?

    Nous, nous disons : parce qu'elle n'a pas pratiqué les trois premiers commandements qui se résument dans le premier :

    Un seul Dieu tu adoreras

    Et aimeras parfaitement.

    Ce commandement et le fondement de tous les autres parce que seul il les explique.

    Aucun homme n'a le droit de m'imposer sa volonté, la mienne vaut la sienne, dirait Violette.

    Il ne faut pas, lui répondrez-vous, prendre l'avis d'un seul homme mais de l'ensemble des hommes.

    La majorité , s'écrie Violette radieuse ; chic alors ! Parce que du train où ça va , arrivera bien un jour où,  nous et nos amis  aurons la majorité et nous formulerons les commandements de notre morale.

    Elle raisonne juste, Violette ; si la morale est la résultante d'une majorité, elle pourra bien changer de formules en changeant de majorité.

    Nous, nous disons : la morale  n'est pas un produit fabriqué par les hommes, ni même un ensemble de lois élaborées par eux, mille fois non. La morale, c'est un ensemble de principes imposés aux homme par le Créateur. En somme, et c'est d'une logique fulgurante. Celui qui a jeté dans la matière les lois physiques, dans les plantes et les animaux les lois de la vie, a aussi nécessairement jeté dans les consciences humaines les lois de la morale.

    Et je redis avec force : Pauvre Violette ! Pauvre Violette !

     

    Vous prêtre, quel est le conseil que vous donnez en ce qui concerne la lecture des journaux?

    (Question posée dans le bulletin paroissial de février 1934).

     

     

    Il es très simple : vous êtes intelligents… vous êtes catholique… vous comprenez donc très bien que vous avez un choix à faire parmi les journaux que vous lisez habituellement. Du reste voici la note que publiait récemment la Semaine Religieuse de Lyon :

     

     " Nous rappelons aux catholiques de notre diocèse qu'ils doivent s'interdire la lecture des journaux condamnés, aussi longtemps que la mesure n'a pas été rapportée par l'autorité compétente. Il n'est nullement nécessaire, pour que la mesure reste en vigueur, que le rappel de la condamnation se fasse du haut de la chaire. En ce qui concerne notamment les journaux, ce ne sont pas toujours les attaques directes contre  la religion qui motivent leur condamnation. Il suffit que leur esprit soit, d'une façon générale, matérialiste, sceptique ou amoral  pour que les fidèles doivent s'en interdire la lecture. L’Église ne condamne jamais pour des raisons d'ordre strictement politique, les fidèles jouissant en cela d'une grande liberté, mais pour la sauvegarde de la saine doctrine et de l'esprit chrétien.

     

    Les prêtes auront soin, quand les catholiques viennent les interroger sur ce point, de les inviter à n'utiliser comme journaux d'informations, de doctrine sociale, d'organisation et de groupement professionnels, que ceux - il y en a heureusement dans notre région _ qui veulent s'inspirer de la doctrine de l’Église, suivre ses directives et prendre une certaine part à l'action catholique".

                                 (Semaine Religieuse, 22 décembre 1933).

     


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