• LA « PROLETAIRE » OU « MONTRE DU PAUVRE » (Seconde partie et fin)

     

    LA « PROLETAIRE » OU « MONTRE DU PAUVRE »

    (Seconde partie et fin)

     

     

    « Approuvé en séance, à Paris, le 24 janvier 1868 »(1)

     

    Ce fut encore par son ami Louis Favre (2) que Roskopf (3) eut la première nouvelle de la décision ci-dessus. En effet, Favre lui écrivait de Neuchâtel, en date du 29 janvier :

     

    Mon cher ami, je m’empresse de vous annoncer une bonne nouvelle, c’est que la Société d’encouragement de France vient, dans une de ces dernières réunions, de s’occuper de votre montre et qu’elle a porté un jugement favorable. Le rapport imprimé vous sera transmis prochainement. Comme vous le voyer, elle y a mis son temps, mais le témoignage n’en est que plus concluant, puisqu’il est le résultat d’une enquête pour la conclusion de laquelle rien n’a été négligé.

     

    Ce que je vous écris m’a été communiqué par M. Sacc, qui vient de recevoir une longue lettre du secrétaire de la Société Impériale d’encouragement. Hier il s’est empressé d’en faire copier les passages essentiels pour la rédaction de « l’Union libérale » et cela paraîtra demain jeudi. Vous pourrez le lire dan ce journal.

     

    Mais si Breguet avait su faire la part des louanges et procurer à l’invention de Roskopf un hommage public que justifiaient les réels mérites de sa nouvelle montre, il voulut rendre plus tangible encore sa sincère admiration, en s’occupant activement du placement des montres « du pauvre » à Paris. C’est lui qui fut le premier client important de Roskopf, et nous le voyons sans cesse dans les années 1867 à 1870, envoyer des commandes régulières de 100, 120 à 200 pièces par mois.

    Mais n’anticipons pas. Dans l’entre-temps, Roskopf avait saisi de son invention des personnalités marquantes dans la fabrication et le commerce de l’horlogerie. C’est ainsi que M. Jurgensen, du Locle, s’y intéressa et voulut y intéresser son frère, de Copenhague, qui tenait en cette ville un grand commerce de montres. Roskopf lui en exprime sa reconnaissance. « L’intérêt, lui écrit-il, que depuis le commencement vous n’avez cessé de prendre à la création de la montre de l’ouvrier, me laisse croire que vous n’êtes pas insensible à ses succès… » Dans une autre lettre, répondant à des réclamations de M. Jurgensen au sujet des livraisons qui tardent trop, Roskopf d’en excuse : « Quoique ayant, dit-il des ouvriers spéciaux, j’ai dû dans plusieurs parties subir les effets des grèves et de la grande presse qui existe depuis quelque temps chez les ouvriers de notre région, entre autres sur les ébauches. J’avais un engagement, malgré cela, on m’a fait subir des augmentations injustifiées… » D’autre part son ami Louis Favre ne reste pas inactif. Roskopf lui a remis quelques-unes de ses « prolétaires ». Il les place à droite et à gauche chez des connaissances qui, presque toujours, sont des personnalités notables, dans les sciences, dans les arts, dans la bonne société (4).

     

    La grande maison Sève de Bruxelles, qui était un des plus anciens clients de Roskopf , s’y intéresse aussi « pour faire plaisir à M. Roskopf ». L’enthousiasme ne vint que plus tard, mais cette maison s’entremet activement pour faire connaître la « prolétaire » en Amérique du Sud, où des envois de plusieurs douzaines sont faits périodiquement pour son compte.

     

    Une grosse maison de la Havane, celle de MM. Jensen et Compagnie, fit également l’essai et devint un preneur régulier.

     

    Plusieurs importantes maisons suisses d’exportation, notamment les maisons Grandjean, Tissot, Huguenin-Wuillemin du Locle, Bovet et Fol, à Genève, s’employèrent à faire connaitre à l’étranger la montre du « prolétaire ».

     

    Mais il s’agissait là que d’essais et de petites quantités. Il fallait attendre les résultats.

     

    Jusque là, la fabrication marchait doucement, mais Roskopf n’était pas sans inquiétudes pour le moment où la rentrée des montres finies se ferait sur une plus grande échelle. Il songeait qu’il lui serait difficile d’enrayer le mouvement après avoir engagé tant d’ouvriers à s’occuper de sa fabrication. La question financière était pour une bonne part dans ses soucis. Distraire quoi que ce fût du capital de sa fabrication habituelle, il n’y fallait pas songer. Et cependant, bien que toutes ses montres « prolétaire » ne fussent pas vendues autrement qu’au comptant, un certain capital de roulement lui était indispensable. Ce fut son fils, établi à Genève, qui le sortit d’embarras en lui avançant 5 000 francs.

     

                                              Eugène BUFFAT (Revue Horlogerie Ancienne 1981).

     

     

    (1) Plus tard la Société d’encouragement décernait à Roskopf une médaille d’argent.

     

    (2)Avant d’être appelé comme professeur au gymnase de Neuchâtel, c'est-à-dire avant la révolution de 1848, Louis Favre était maître de la première classe au collège de la Chaux-de-fonds. C’est à cette époque qu’il s’était lié d’amitié avec Roskopf, qui plus tard mis son fils en pension chez lui à Neuchâtel.

     

    (3) Georges-Frédéric Roskopf(1813-1889), est un horloger d'origine allemande, émigré en Suisse, inventeur de la montre bon marché de type.

     

    (4) Louis Favre ne manquait pas non plus de citer la montre Roskopf  dans les divers ouvrages qu’il faisait paraître à cette époque ; ainsi, dans « L’Electricien », des « Récits neuchâtelois » » on lit, page 323 : « …il glissa dans la poche de son gilet une excellente montre Roskopf dont il était fier ! ».

    Dans une autre revue montée en 1869/70 au théâtre de Genève par M. Rossi, il avait aussi été fait une place à la montre Roskopf.

     


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