• LE MISSEL

    ange conducteur
    bon paroissien missel
     

     

    LE MISSEL

    Formation d'un genre (XVIe-première moitié du XIXe)

    Pourquoi les fidèles ont-ils été encouragés à posséder un missel ? Il faut remonter au concile de Trente (achevé en 1563). En effet, le concile décida, pour mieux se différencier des pratiques protestantes, d'imposer rigoureusement une liturgie en latin. Or bien des fidèles ne comprenaient pas cette langue ; de plus le clergé lui tournait le dos et parfois était même invisible, derrière un jubé. Que pouvaient-ils faire pendant la messe ? Pour répondre à cette attente, des livres virent le jour : les missels, ainsi nommés à partir du latin liber missalis. Les premiers d'entre eux ne proposaient que des prières à dire durant la messe, ou bien des explications et commentaires pour permettre de mieux comprendre la cérémonie.


    Diffusés en plus grand nombre au XVIIe siècle, en partie grâce aux Jansénistes de Port Royal, les missels commencent à se stabiliser sous une forme qui ressemble davantage à celle que nous connaissons aujourd'hui. Les traductions de la messe en français se généralisent au XVIIIe siècle ; parfois le texte latin n'est même plus présent, ce qui crée d'intenses polémiques. Les plus anciens missels de la bibliothèque sont de cette époque : ils sont intitulés non pas missel, mais "Bon Paroissien", ou "l'Ange Conducteur". Ce dernier type d'ouvrage fut maintes fois réédité sous des formes légèrement différentes; il contient notamment des tableaux de la passion où sont représentés des gravures sur la messe.

    A la fin du XVIIIe on rencontre aussi des missels intitulés " Semaine Sainte ", d' "Office de la Semaine Sainte ", ou bien " Quinzaine de Pasques ". Ces missels sont réservés à un diocèse bien précis. Ils sont reliés plein cuir, sans originalité par rapport aux autres livres de cette époque.

    Dans la première moitié du XIXe siècle, les missels adoptent le décor extérieur de leur temps, mais le format reste le même. Le titre évolue (ils s'appellent désormais " Livre d'Église " ou, plus rarement, " Eucologe ") mais ils restent toujours écrits en fonction du rite local d'un diocèse (le rite romain ne se généralise qu'à partir du milieu du XIXe s).

    L'âge d'or (milieu du XIXe-milieu du XXe)

    Un important changement voit le jour vers le milieu du siècle. Les éditeurs profitent des nouvelles possibilités d'impression pour diffuser des masses incommensurables de missels. S'inspirant souvent du moyen âge, parfois de la renaissance, ces ouvrages tentent de reprendre la tradition des livres d'heures, le texte étant entouré d'illustrations. Beaucoup de maisons d'éditions exploitent ce filon, qui assure des revenus réguliers puisque, depuis le milieu du XIXe siècle, le missel est devenu le cadeau de première communion par excellence. Ces missels, parfois dénommés aussi " Paroissien ", peuvent porter des titres très divers en l'honneur de la Vierge, des Saints, des catacombes, de Jeanne d'Arc, du Sacré Cœur... Les titres sont donnés en fonction des illustrations, mais le contenu reste banal, peu varié.

    La liturgie s'alignait alors progressivement sur celle de Rome: le mouvement de l'ultramontanisme en matière de liturgie, initié par Dom Guéranger dans les années 1830, prit toute son ampleur dès le Second Empire. Ainsi les missels basés sur des rites particuliers aux diocèses disparurent vers la fin du XIXe, au profit du rite romain. Ne subsistèrent que les propres des diocèses (fêtes de saints locaux), ajoutés à la fin de missels valables pour toute la France.


    Il existe aussi de nombreux missels de cette période consacrés aux cérémonies de Pâques, intitulés " Quinzaine de Pâques ".
    Ce type de présentation subsiste jusqu'au milieu du XXe siècle. Les missels de l'entre deux guerres sont encore représentatifs de ce courant. Mais, si l'intérieur reste traditionnel, les reliures s'adaptent plus facilement à la mode du jour ; nous conservons ainsi quelques beaux exemples de reliures inspirées par le style " École de Nancy " et un grand nombre de reliures " Art Déco ".


    L'essentiel de la collection de la BDN est constitué d'exemplaires de cette grande période, allant du milieu du XIXe au milieu du XXe siècle.
    Au cours du XXe siècle apparaissent ces grandes séries de missels (Dom Lefebvre, Clervaux…), qui supplantent peu à peu les productions originales des maisons d'éditions déjà présentes au XIXe siècle. D'objet unique le missel devient un objet de série.

    A Nancy on imprimait des missels, mais ils n'étaient pas, contrairement à ceux des éditeurs qui précèdent, destinés à toute la France. Les maisons nancéiennes produisaient surtout les missels qui étaient spécifiquement destinés au diocèse de Nancy, notamment:
    - Thomas et Pierron, libraires de l'évêché, 112 rue saint Dizier
    - Etienne Drioton, libraire de l'évêché, rue du faubourg Stanislas, 12 (l'aspect des missels de ce dernier est très proche de ceux que Desclée produisait à la même époque, avec des illustrations néo-gothiques).

    Les nombreux petits éditeurs de Lorraine ont produit quantité de "Livres d'Église", mais, passé les années 1830, l'essentiel des missels est imprimée par de grandes maisons d'édition hors de Lorraine.

    Les éditeurs de missels étaient très nombreux sur le plan national dans la seconde moitié du XIXe; mais certains noms reviennent plus souvent que d'autres. De nombreux éditeurs pourraient être mentionnés, mais bornons-nous à citer ceux qui prennent le plus de place sur nos rayonnages !

    - Mame, à Tours
    - Droguet et Ardant, à Limoges
    - Barbou puis Mellottée, à Limoges
    - Depelley, à Limoges
    - Proost, à Turnhout, Belgique
    - Zech et Fils, à Braine le Comte
    - Pellion et Marchet puis Roux et Marchet, à Dijon
    - Et bien d'autres encore…

    Un missel moins présent?
    Avec Vatican II et la liturgie en français, le missel se fait moins indispensable pour comprendre la messe. Cependant des éditeurs en proposent toujours. On constate cependant une baisse de la clientèle avec celle de la pratique.

    Les exemplaires d'aujourd'hui sont moins beaux! Le livre le plus travaillé du XIXe est devenu un livre de poche. Les missels jetables se sont développés : Prions en Église, Magnificat, le Missel Annuel...

    La réforme liturgique a élargi le choix des textes de la Bible. Au lieu de reprendre chaque année les mêmes textes comme le faisaient les anciens missels, les textes sont proposés sur trois ans pour le dimanche (années A, B, C) et sur deux ans pour la messe quotidienne.

    Évolutions ou permanences?

    On l'a vu, le missel a bien changé au cours des siècles, tant au niveau du contenu que de l'iconographie... Du début du XIXe siècle aux années 1950, les évolutions sont nombreuses mais il existe des motifs récurrents, des symboles du christianisme sans cesse réutilisés et adaptés : par exemple la fenêtre gothique ou la croix...

    http://www.bdnancy.fr/

     


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