• LES ORIGINES DU FOOTBALL

    football
     

    Le football, comme le sport d’ailleurs, ne serait pas, comme on le pense d’origine anglo-saxonne. Nos amis anglais ne nous auraient exporté l’un et l’autre qu’après l’avoir pris chez nous.

            Un historien belge distingué, M. Georges Rem, nous fait justement remarquer que, si en 1881, le mot « sport » n’était pas admis ni par l’Académie française ni par les grammaires anglaises. Ils étaient depuis longtemps employés par Rabelais.

    Celui-ci au chapitre XXIII de Gargantua emploie le mot «  se desporter » en parlant à la fois d’un exercice physique et d’un délassement intellectuel, ainsi que les mots « desport » et « desportel ». Ce sont ces mots que, à la fin du XIX° siècle, les Anglais nous ont retournés sous le terme  « sport ».

    Et le plus populaire le plus répandu des sport, notre football, qui depuis quarante ans s’est développé en Angleterre comme en France avec une expansion fantastique, sans doute parce qu’il constitue la manifestation le plus naturelle de notre besoin de mouvement et d’action, nous a été révélé à tous quand, sortant de l’école, nous poussions du pied le premier caillou venu. Quel est le footballeur qui n’a pas commencé sa carrière de cette façon ? Longtemps avant de connaître la balle ronde, les règles du hors-jeu, l’obéissance à l’arbitre, le public, les comitards, la presse et le professionnalisme. Courir, sauter, feinter, avec un ballon qui rebondit, comme un chat, avec une pelote de fil, n'est-ce pas ce qui a le plus tenté, dès qu’ils se sentent solides sur leurs pattes, presque tous les hommes normaux, c’est-à-dire ceux qui restent longtemps jeunes.

    Or c’est aussi Rabelais qui nous décrit la vieille « soule », qui fut l’origine du football et dont les Anglais se sont emparés. Ils en ont fait d’ailleurs un excellent usage, puisqu’ils lui ont assuré un brillant avenir.

    La soule se pratiquait en deux camps, représentant comme aujourd’hui la rivalité des clans, des villages, pour devenir peu à peu celle des grandes villes, des provinces et des nations.

    Elle se jouait avec un ballon de cuir bourré de foin ou de mousse, comme les gosses d’aujourd’hui jouent encore sur des terrains vagues en confectionnant une balle avec quelques chiffons solidement pressés et noués.

    Ces rencontres décrites par le curé-médecin-écrivain tourangeau mettaient aux prises un village contre un autre village, les célibataires comme les pères de famille, des clercs comme les laïques.

    Le champ de bataille était parfois très vaste et les deux buts variaient. C’était soit un mur, soit une porte, ou une rivière, une lisière de forêt, un sillon, et, plus tard, deux piquets reliés par une corde, puis par une barre transversale.

    La soule, assez grosse, et quelquefois « en bois », faisait sur son passage de terribles ravages, d’autant plus qu’elle était propulsée non seulement avec les pieds, mais parfois avec les poings, entraînant de véritables ruées. Le « combat » se prolongeait parfois tout un jour, car les réserves remplaçaient les combattants blessés ou épuisés. Il n’y avait ni loi, ni précautions élémentaires pour atténuer les heurts inévitables dans ces fantastiques mêlées. Et l’on s’y préparait avec soin jaloux, toutes les classes de la société étaient confondues dans cette terrible bagarre, mais chaque camp aimait à être conduit par un seigneur ou un personnage célèbre de l’époque. On oublie de nous dire le nombre de blessés après chaque « match » !

    La première trouvaille des Anglais fut de modifier le vieux ballon de la soule de Rabelais : ils le gonflèrent et y introduisirent la « chambre à air », au moment où vers 1860, le pneumatique remplaça sur la bicyclette le bandage plein. Ils limitèrent ensuite le nombre de joueurs, qui trouvèrent sur les incomparables gazons de leur brumeuse patrie un terrain idéal, exempt de faux rebonds, de surprises et de lignes brisées exagérées, si bien que le football (ils le nommèrent alors ainsi) se disciplina de lui-même et se para rapidement d’une élégance et d’une finesse séduisantes. Ils créèrent alors des clubs dont nous avons emprunté, à l’origine, les noms : Racing (les coursiers) ; Daring (les audacieux) ; Still (les adroits) ; Standard (les modèles).

    Ils en baptisèrent les principales phases sous des termes qu’en les massacrant parfois nous avons conservé : goal, team, penalty, corner, free-kick, shoot, hands, score, referee, off-side, dribbling, etc.

    L’uniforme aussi nous vient d’Angleterre, avec ces seules modifications que la culotte est devenue, chez nous, plus courte, et que la vareuse ou le maillot ont remplacé la chemise, à laquelle les Anglais sont restés fidèles.

    Enfin, l’influence anglo-saxonne s’est traduit par l’unification des règles et l’obéissance générale dans le monde entier à celle que fixa l’ »International Board », qui depuis soixante ans n’ont pas varié que sur des points de détail.

    La seule modification importante est celle qui, vers 1927, sur la proposition des Ecossais, visait le hors-jeu. Il suffisait désormais de deux joueurs, au lieu de trois, plus rapprochés de lui du but adverse pour qu’un attaquant ne soit pas sifflé » « hors-jeu ».

    Ce fut un véritable événement, qui bouleversa la tactique et qui longtemps provoqua des contestations d’arbitrage. Mais le jeu y a gagné en vitesse, le WM en est résulté ; le public, comme les joueurs, y a trouvé un attrait supplémentaire.

    Telle est l’histoire du football. Peu de sports en ont un aussi riche  en glorieux souvenirs.

                                    Docteur Robert JEUDON (Mai 1953)


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