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  • HIPPOLYTE PANHARD FAIT ETAPE A ROANNE EN 1892

     

     

    LE PASSAGE CI-DESSOUS NE REPREND QUE LA PARTIE DE L’ARTICLE CONCERNANT LA TRAVERSEE DE NOTRE REGION

     

    Hippolyte PANHARD

    Le premier raid automobile dans le Var (1892)

     

    Hippolyte rêvait de quelque chose de complètement fou pour l’époque : un raid de Paris à Nice, alors que les routes n’étaient ni pavées, ni bien entendu goudronnées.

     

    Il fallait l’inconscience d’un jeune homme de 20 ans pour tenter une pareille expérience. Mais il arrivera très vite à convaincre son père, car moins de deux années plus tard, il démarrait le 27 mars 189, accompagné par son oncle, Georges Méric.

     

    La presse écrira : « Franchi le pont de Joinville, le véhicule cahote sur les quais d’Alfort, pavés sous Louis XIV ! Mais la route de Melun est là et nos vaillants touristes, à l’effarante vitesse de 20 km/heure, stupéfient les populations qui observent qu’ils vont aussi vite que des cyclistes… »

     

    Avant d’entamer ce raid, par le détail, c’est le choix de l’itinéraire qui peut rendre fiers les Varois.

    Certes, on ferait environ 120 à 140 kilomètres chaque jour, mais on ne prendrait, hors la nuit, aucun repos avant d’être arrivé à Hyères où l’on restera deux journées, sans doute pour se retremper dans le climat de sa ville natale.

     

    Donc, les voici partis pour un périple qui les conduira :

    ·       Lundi 27 mars 1893 : IVRY – BRIARE

    ·       Mardi 28 mars : DECIZE

    ·       Mercredi 29 mars : ROANNE

    ·       Jeudi 30 mars : ANNONAY

    ·       Vendredi 31 mars : ORANGE

    ·       Samedi 1° avril : MARSEILLE

    ·       Dimanche 2 avril : HYERES

    ·       Mardi 4 avril : CANNES

    ·       Vendredi 14 avril : NICE

    Ils coucheront le soir dans de bons hôtels et l’on fera une halte pour le déjeuner, également dans de bons restaurants (il n’y avait pas encore de guide Michelin pourtant !)

    On connaît par le détail les étapes et les péripéties de la journée car Hippolyte adressera chaque jour, à son père, une lettre compte-rendu, sauf de Hyères où il le retrouvera.

     

    Mais commençons par le début. Paris à Ivry, à 8 h 45, ils arriveront pour le déjeuner à Fontainebleau.

    Dans une de ses premières lettres, il écrira à son père : « On mange généralement une bonne cuisine dans tous ces petits hôtels ».

    Le soir, ils coucheront à Briare en ayant effectué quelques 140 kilomètres en passant par Moret et Montargis. Leur véhicule fera l’émerveillement des villages traversés, peu habitués encore à l’automobile.

     

    Toutes les lettres d’Hippolyte sont conservées dans les Archives Panhard et Levassor, au Musée National de l’automobile à Mulhouse, où j’ai pu les consulter grâce à l’amabilité de l’archiviste Julie Fétu.

    J’en ai extrait les passages les plus savoureux et surtout les plus utiles pour notre récit.

     

    Le mardi 28 mars est une journée sans histoire qui les conduira de Briare à Decize, par Nevers. Il écrira à son père que « de Briare à Cosne la route est mieux balayée que l’Avenue de l’Opéra ». Ils sont déjà à environ 270 kilomètres de Paris !

     

    Hippolyte précisera à son père que le dîner à cinq plats était exquis et très apprécié de son oncle Georges Méric, et que pour « le dîner, les deux chambres le remisage de la voiture et le petit déjeuner, le tout nous a coûté 10 francs ». Ils longeront la Loire et son canal, et trouveront les paysages « charmants » et que le trafic sur le canal est « une suite ininterrompue de bateaux ».

    Enfin ils arriveront à Decize « une curieuse petite ville dans une île de la Loire avec un pont suspendu et de vieilles murailles fortifiées. Il y a une garnison ».

     

    Le mercredi 29 mars, ils iront à Roanne, en suivant les bords de la Loire. Ils feront les 65,500 premiers kilomètres de la matinée en trois heures trente et pourront déjeuner à Digoin.

     

    L’après-midi, pour arriver à Roanne distante de 56,500 kilomètres, ils ne mettront que quelques heures. Ils trouveront Roanne « une grande et belle ville » et s’installeront au Grand Hôtel – Yvonnet et fils, où « il y a une belle cour vitrée pour les voitures à pétrole ».

     

    HIPPOLYTE PANHARD FAIT ETAPE A ROANNE EN 1892

    Mais ce raid avait aussi une arrière-pensée commerciale. N’oubliant pas qu’il fallait faire de la « réclame ». Hippolyte confirme à son père qu’il a « placé cinq ou six prospectus » …Là se situe un incident plutôt comique qu’il raconte lui-même : « Malheureusement quand j’ai acheté de l’essence chez l’épicier (Eh oui ! il n’y avait pas encore de stations-service…) je me suis arrêté sur sa voiture à bras. En descendant, j’ai touché le levier d’embrayage et la voiture en démarrant a culbuté celle-ci… » Sans doute impressionné par cette belle voiture Panhard et Levassor, l’épicier ne fera pas d’histoire, surtout quand ils lui proposeront de le dédommager. Il rassurera son père : cela ne lui a coûté que 10 francs, le même prix que sa précédente nuit avec repas à l’Hôtel de Decize.

     

    Le jeudi 30 mars ils iront vers Annonay et la distance parcourue depuis Paris dépassera les 500 kilomètres, un exploit réel ! D’autant plus que la route n’est plus aussi facile, il parlera à son père de la côte de Neulise qu’il a dû monter, en partie en seconde vitesse.

    Pour se remettre de ces difficultés, ils descendront pour se restaurer à Feurs qui était déjà, une étape gastronomique.

     

    L’après-midi, ils continueront leur route « on passe près de Saint-Galmier. De la Fouillouse à Saint-Etienne, il y a des côtes continuelles. Nous avons traversé Saint-Etienne dans toute sa longueur soit 6 kilomètres. C’est une grande ville mais un vrai trou. Ça doit être mortel d’ennuis. C’est tout noir. Il y a des charbonnages tout autour ».

     

    La route du côté de Bourg-Argental grimpe si fortement qu’ils la montèrent à 7,5 km/heure, il n’y avait pas encore de compteur de vitesse, mais il est fier de préciser : « Nous ne sommes pas descendus ni l’un ni l’autre à aucun moment quoique la pente soit souvent très forte… »

     

    Mais laissons Hippolyte continuer la description de cet après-midi : « On s’élève dans une très belle gorge. Le sommet du col est couvert par une forêt de sapins magnifiques et tels que je n’en ai jamais vu. La neige n’est pas encore fondue. Il y en a jusqu’au bord de la route. On est à 1 100 mètres. L’air est frais, à cinq heures du soir nous constatons une température de 9°. Nous avons arrêté le moteur et éteint les brûleurs et nous nous sommes laissés glisser sans bruit comme sur du velours. Malheureusement, au bout d’un certain temps, le frein à pédale fumait et menaçait de prendre feu. Alors mon oncle Georges a pris le seau plein d’eau entre ses jambes et à l’aide d’un chiffon humectait constamment le frein. Ce n’est qu’ainsi que nous avons pu éviter l’incendie. La descente est très belle. Nous sommes arrivés ici à sept heures. Tout va bien. Mon oncle est de plus enthousiasmé. Il n’écrit

    pas mais en racontera davantage au retour. Nous voici arrivés sans encombre aux deux tiers de notre voyage ».

     

    Il commençait toutes ses lettres par « Mon cher papa », il les terminait toutes par une pensée personnelle. Cette fois-ci, il écrira : « Dans quatre jours nous nous retrouverons. En attendant je t’embrasse très fort ainsi que Lisette. Mes amitiés à M. Levassor ».

     

    Ces lettres entre les membres de la famille sont importantes, car Hippolyte passe, à chaque arrêt à la poste pour chercher les missives de son père et de toute la famille. Quand il ne les trouve, il est malheureux au point d’envoyer des télégrammes ou de faire des réclamations. Par exemple, on retrouve dans une de ses lettres d’Orange, le 31 mars, cette phrase écrite en post-scriptum à son père : « J’écris à Decize pour réclamer ta lettre ».

     

    L’usage du téléphone était alors peu usuel et, bien entendu, on ne pouvait prévoir l’arrivée du « portable » un siècle plus tard ; les lettres (heureusement pour nous, car elles restent des témoins) avaient toute leur importance.

     

    Revenons à notre voyage, nous sommes donc le vendredi 31 mars. Nos héros s’apprêtent à une longue route de 148 kilomètres entre Annonay et Orange. Laissons Hippolyte nous en donner le détail :

    « En sortant d’Annonay, on monte une cote très longue et très rapide. Puis on descend dans la vallée du Rhône sur laquelle on a une vue splendide. On domine des collines couvertes d’arbres en fleurs. C’est magnifique. Les routes sont moins bonnes à partir d’Annonay, il y a des trous, des cailloux, de la poussière, et l’on croise à chaque instant d’énormes ruisseaux où l’eau ne coule pas toujours. La vallée du Rhône est assez belle… »

     

    Ils feront halte pour déjeuner à Valence et « abreuver de pétrole la voiture ». On note que l’on parlait indistinctement de pétrole ou d’essence.

     

    L’après-midi, ils ont repris la route pour Montélimar, où il ne signale pas les nougats (il ne devait pas avoir de panneaux publicitaires au bord de la route comme maintenant), mais « une assez celle porte du temps de Louis XV ». Ils poursuivront par Mornas où « il y a de jolies ruines d’un château fort ».

     

    Il précisera que « depuis Montélimar, les routes étaient meilleures. Dans tous les villages que nous traversons, les gamins, les chiens, les chats et les volailles courent après nous en poussant chacun leurs cris particuliers. C’est un vacarme épouvantable. Il y a généralement des places avec des platanes superbes. On commence à voir des oliviers. Le Midi approche.

    Aujourd’hui le temps a été couvert toute la journée. Il a même plu ici ce matin. Les routes étaient mouillées. Mais nous n’avons pas reçu d’eau personnellement… »

     

    Ils arrivent à Orange à sept heures du soir, en regrettant de ne pas être passés sous l’Arc de Triomphe romain… Ils s’installent à l’hôtel de la Poste et des Princes, dont J. Carrier est le propriétaire….

     

     

          Bulletin de l’Académie du Var : article de Vincent BOREL

    HIPPOLYTE PANHARD FAIT ETAPE A ROANNE EN 1892

     


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    PAS MOINS DE 47 ÉLÈVES DANS MA PREMIÈRE CLASSE DE MATERNELLE RUE CARNOT A ROANNE

     

    Hier, ô quelle joie, Annie a eu ses deux premiers bons points.

     Très fière, elle les montre à tout le monde. Mais si vous lui demandez : « Tu aimes l’école, Annie » vous verrez tout de suite son petit visage triangulaire, aux grands yeux de ciel, devenir tout sérieux. Elle vous dira : « Non, je n’aime pas mon école, c’est une cave ! »

     Oui ! Annie va à l’école dans une cave. Un sous-sol froid et humide, situé rue de Muette à Nogent-sur-Marne ; le plafond est bas et la lumière du jour n’y pénètre que par des fenêtres grillagées, à ras du sol ; l’électricité y brûle tout le jour, éblouissant de lumière crue les graciles prunelles d’Annie. C’est la classe des petites filles qui étaient à la maternelle l’an dernier.

     Pour descendre à l’école, l’escalier en colimaçon est si raide qu’il faut bien tenir la rampe pour ne pas tomber. A côté, dans une cave voisine, il y a les cuves à mazout qui servent au chauffage et les émanations risquent de s’infiltrer jusque dans la classe d’Annie.

     Et ceci n’est qu’un exemple. En voici d’autres :

       ·       Rue Jouffroy, à Paris, l’école des filles est aussi située dans un sous-sol où la lumière électrique remplace le soleil.

    ·       Dans une maternelle de Paris, on a dû emprunter à la Mairie le tapis rouge de la salle de mariages, pour asseoir les bambins.

     Un peu partout, on a installé de nouvelles classes, dans les préaux, privant ainsi les enfants des récréations les jours de pluie et de grands froids.

     Les classes sont surchargées et les enfants s’entassent à 50, 60, 80, 90 élèves dans des locaux exigus. Il y a même jusqu’à 122 élèves par classe.

     

    ·       Dans la Vienne, les enfants vont à l’école dans une étable séparée en deux : d’un côté les écoliers récitent leurs leçons ; de l’autre, les bêtes ruminent.

    ·       Le premier octobre dernier, rue de la Sablonnière, à Paris, une baraque de bois qui servait d’école s’écroule sous la tempête, comme un château de cartes.

    ·       Le 13 octobre, à Villemomble (Seine-et-Oise), l’école préfabriquée « André-Marie », flambe comme une torche, juste avant l’entrée des enfants, etc.

     

    Pourquoi cette situation ?

    Parce que, cette année, il y a 240.000 écoliers en plus des 4 millions d « ’anciens ».

     Il aurait fallu reconstruire : les 2.300 classes rasées par les bombardements et restaurer ou remplacer les 10.876 classes qui tombent en ruine.

     Pour le département de la Seine, par exemple : 700 nouvelles classes étaient nécessaires pour contenir les 28 000 nouveaux écoliers, 100 classes seulement furent mises à la disposition de ces enfants.

     En cinq ans les besoins de nos écoliers exigent :

       ·       Enseignement de premier degré : 30 000 classes, dont 4 300 maternelles et 10 000 classes de perfectionnement.

    ·       Enseignement secondaire : 6 500 classes, 1 000 classes spécialisées et les internats correspondants

    ·       Enseignement technique : 6 500 classes, 2 500 réfectoires, 1 700 dortoirs

     Ces besoins minima sont déterminés par la Commission Le Gorgeu, crée sur l’initiative du gouvernement en 1951.

     Pour cela il faut 975 milliards de crédits et le gouvernement n’en donne que 270 milliards.

     Ce qui divisé sur cinq ans représente juste le budget de l’Education nationale de 1950-1951 prévu pour l’entretien de l’équipement des écoles.

     Or, ce même gouvernement dépense 600 milliards, en plus de milliers de vies humaines, pour la sale guerre du Viêt-Nam.

     Avec quatre minutes dépensées pour cette guerre fratricide on peut construire une école.

     Soustraire au budget de la guerre les milliards nécessaires pour construire des écoles aux petites enfants de France, c’est une conclusion qui ressort des journées d’études organisées les 18 et 19 octobre dernier par le Conseil permanent de défense de l’Enfance, à la Sorbonne.

     Des hommes, des femmes papas, mamans, éducateurs, professeurs, tous les amis de l’enfance venus là ont décidé en commun de tout faire pour remédier à la tragique situation faite à nos écoliers, à nos étudiants.

     Mais, pour en arriver au but, ils ont besoin de l’aide de tous et de toutes, et en particulier de votre aide à vous, les mamans et les travailleurs.

     Déjà où des Comités locaux de défense de l’Enfance existent, il y a des résultats. Tenez, à Saint-Denis, par exemple, si la municipalité progressiste a pu faire ériger une maternelle des plus modernes, c’est grâce à l’appui de l’U.F.F., des travailleurs et de toutes les femmes qui ont recueilli plus de 15 000 signatures.

     Cet exemple n’est pas unique d’ailleurs, mais la place manque pour les citer tous.

     Et il faut donc que très vite, vous avec votre voisine de travail ou de palier, vous alliez à la mairie, auprès de vos élus, de vos députés, pour leur demander des écoles, pas de canons

                      Christine CHOTARD (La revue des travailleurs Octobre-Novembre 1952).

     

     Annie n’aime pas l’école.


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  • L' ARGOT

    L’ARGOT, LANGUE VIVANTE

     

    L’étonnante histoire de la « jaspination »

    Dans cet article, Aix-Echos vous propose de découvrir l’histoire de se parler mais aussi, à travers diverses expressions, son évolution jusqu’à nos jours…

    L’argot, est une langue vivante à part entière.

     

    Nous jaspinons l’argomuche plus souvent que nous le pensons. Il s’agit D’un langage qui exprime la sensibilité et parfois les fantasmes de son époque…Aussi après une longue journée de travail, si vous êtes archijet-lag en cette année 2016, sans doute vous seriez-vous endormi sur le rôti au milieu du XIX° siècle…Allez Aix-Echos vous débine tout le truc !

     

    Argot : une étymologie aussi incertaine que variée, une histoire étonnante.

    Argot, corporation de gueux au XVII° siècle ? Argot forme ancienne de ergoter ? Argot, un bon à rien, dans les dialectes du Jura ? Argot de hargoter (secouer) pour le mendiant qui frappe à la porte ? Argot, du latin argutus pointu ? Argot, simple altération du mot jargon par proximité phonétique ?

    Quoiqu’il en soit, ce jargon, souvent lié à un contexte professionnel, révèle une histoire qui explique sans doute Le caractère imagé et subtil des expressions argotiques. L’argot est « le langage des gueux et des coupeurs de bourse, qui expliquent d’une manière qui n’est intelligible qu’à ceux de leur cabale » (Dictionnaire français, 1680).

    Dans l’expression Royaume d’argot désignant la communauté des gueux, on trouve dès le XIII° siècle d’un jargon des truands surtout dans les archives de la police et des documents relatifs aux prisons (comme mouche au sens d’espion ou rossignol pour fausse-clé). En 1455, un groupe de malfaiteurs appelés les Coquillards est arrêté et jugé à Dijon. Les Coquillards doivent leur nom à la coquille qu’ils portaient cousue sur leur manteau ou leur chapeau pour se faire passer pour des pèlerins allant prier à Saint-Jacques de Compostelle, ce qui leur permettaient de détrousser les vrais pèlerins. Dans leurs rangs il y a des tricheurs du jeu, voleurs et faux-monnayeurs. Soumis à la torture, certains compagnons de la Coquille livrent des mots de leur langage qu’ils appellent jobelin ou jargon jobelin. On distingue alors environ 70 mots argotiques qui constituent en quelque sorte le premier recueil d’argot… L’envoyeur était un meurtrier, le beffleur poussait des naïfs à jouer et le vendangeur dérobait des feullouzes, c’est-à-dire les bourses. Plusieurs de ces mots apparaissent dans les Ballades en jargon ou Ballades de la Coquille du poète François Villon.

     

    Ballade des proverbes

     

    Tant gratte chèvre que mal gît,

    Tant va le pot à l’eau qu’il brise,

    Tant chauffe-on le fer qu’il rougit,

    Tant le maille-on qu’il se débrise,

    Tant vaux l’homme comme on le prise,

    Tant s’éloigne-il qu’il n’en souvient,

    Tant mauvais est qu’on le déprise,

    Tant crie-l’on Noël qu’il vient.

     

    Tant parle-on qu’on se contredit

    Tant vaut bon fruit que grâce acquise,

    Tant promet-on qu’on s’en dédit,

    Tant prie-on que chose est acquise,

    Tant plus est chère et plus est quise,

    Tant la quiert-on qu’on y parvient,

    Tant plus commune est moins requise,

    Tant crie-l’on Noël vient…

    Plus tard au début du XVIII° siècle, l’affaire de Louis Dominique, surnommé Cartouche, chef d’une bande célèbre de bandits, et roué en place de Grève en 1721, fait grand bruit en France. Son personnage inspire des chansons, des poèmes (Le vice puni, ou Cartouche de Granval) et des récits dans lesquels on trouve des mots de l’argot de l’époque tel que pincer et boudiner pour voler, mioche pour garçon, trimarder pour marcher. Son personnage est à cette époque commenté dans les salons mondains de Paris et la bourgeoisie commence à se passionner pour ce vocabulaire argotique qui se trouve désormais sur le devant de la scène, qui devient familier à toutes les couches de la société.

    C’est pourquoi, Une révolution, les mémoires d’un ancien bagnard, chef de la police (Vidocq) et un peu plus de deux siècles après, en 1960, Auguste Le Breton dans son dictionnaire Langue verte et noirs desseins insiste sur le fait que « L’argot, langage des rues, n’est pas exclusivement employé par ceux qui vivent en marge des lois…Un chauffeur de taxi, un couvreur sur son toit, un mécanicien dans son garage use constamment de la langue verte ». Il est aussi à l’œuvre dans la littérature : Balzac, Hugo pour qui « l’argot est tout ensemble un phénomène littéraire et un résultat social…Si la langue qu’a parlé une nation ou province est digne d’intérêt, il est une chose plus digne encore d’attention et d’étude, c’est la langue qu’a parlé une misère » est bien-sûr ZOLA.

     

    Au XX° siècle, Alphonse Boudard a recours à la force et au pittoresque de l’argot en rédigeant en 1970 « Assimil : L’Argot sans peine, la méthode à Mimile. Le roman policier (rompol) contribue largement à la promotion de l’argot. Albert Simonin écrit « Ne touchez pas au Grisbi ! avec en appendice, un petit lexique argotique. Quant à Frédéric Dard, qui publie ses romans policiers sous le pseudonyme de San Antonio, il ne se limite pas à reproduire des expressions connues mais invente même de nouveaux mots… Chansonniers et rappeurs se sont également emparés de ce langage inventif au fil du temps. Aujourd’hui notre société non plus n’est pas en reste… Tout le monde parle le français dit branché. Jeunes et moins jeunes, publicitaires, artistes de sont appropriés des expressions autrefois argotiques qui maintenant sont plutôt des clins d’œil linguistiques…à moins que de nouveau, il ne (re)devienne aussi une expression forte de l’exclusion sociale…

     

    A travers les siècles l’argot suit l’évolution de la société… mais saurez-vous le comprendre ?

    Nous vous proposons un petit jeu de devinettes en forme d’alphabet impertinent dont la solution se trouve en dessous des questions.

     

    Avoir bu l’eau des nouilles.

    Battre à l’estrade.

    Crever un nuage.

    Dévisser du cigare.

    Entraver la coupure.

    Faire gy.

    Gonfler la berlingue.

    Etre nique de mècHe.

    Inviter à la valse.

    Halte au sKetch.

    La faire à la pose.

    Mettre la tête en 3D ;

    N’y aller que d’une fesse.

    Se BOugnotter les Osselets.

    Pas être cher au parfum.

    CroQuer de la Tour pointue.

    Rôtir le balai jusqu’au manche.

    Se mettre virtuel.

    Taquiner la voisine.

    EternUer dans la sciUre.

    Voir le jour.

    SWinguer comme un paquet de biscottes

    Pouvoir faire chanteur à la chapelle siXtine.

    Y aller le nez dans le cintre.

    C’est la LouZe… ?... Mais non la réponse et ci-dessous.

     

     

    A : faire n’importe quoi, se comporter en parfait abruti. A qui viendrait en effet une telle idée…Expression de création récente.

    B : entourlouper autrui par un étourdissant baratin.

    C : boire un coup.

    D : perdre la raison la tête… on peut aussi dévisser du cabochon, de la boîte à sel, du citron.

    E : comprendre la ruse, la feinte. Entraver, comprendre le détournement d’attention, le changement de conversation.

    F : faire attention. « Gy » désigne une population réputée dangereuse dans le jargon de l’argot réformé publié en 1628.

    G : dans le jargon des motards, trafiquer, gonfler le moteur. Au figuré dans le sens d’exagérer.

    H : N’éprouver aucune complicité ni connivence avec une personne donnée, ne pas être de mèche avec.

    I : Inviter un quidam à sortir d’un lieu… pour s’expliquer entre hommes.

    J : S’en aller précipitamment, déguerpir, riper ses galoches. Argot des tranchées.

    K : Invitation ferme à changer d’attitude, de comportement. Expression apparue au début des années 2000.

    L : Vouloir se faire passer pour ce qu’on est pas, la pose étant l’affection de sentiments qu’on n’a pas.

    M : Il s’agit de doubler, voire de tripler le volume de ladite tête… avertissement à prendre très au sérieux.

    N : Ne pas se sentir très convaincu, pas très enthousiaste à l’idée de se lancer dans une entreprise hasardeuse. Argot de la Grande Guerre.

    O : Se salir les mains, les osselets figurant les doigts. Expression du jargon des Kiosquiers qui chaque matin se noircissent les doigts en manipulant les journaux fraîchement encrés.

    P : Ne pas être nombreux au courant de quelque chose, « cher » en argot signifie beaucoup.

    Q : Travailler pour la police. Tour pointue = préfecture de police de Paris.

    R : Vivre à la va-comme-je-te-pousse, de façon désordonnée.

    S : S’en aller très vite, disparaître à la vitesse du son, voire à celle de la lumière… Argot qui fleure bon le langage informatique.

    T : Faire une fausse note pour un pianiste, un guitariste du son, voire celle de la lumière.

    U : Etre guillotiné. Bien que la peine de mort ait été aboli en 1981. Y aller du cigare, expression beaucoup plus répandue alliant la drôlerie à l’ironie cruelle. On dit aussi éternuer dans le son, baiser la veuve. La guillotine entre deux prestations, étant couverte d’un voile noir. Charmant et plus primesautier, mettre le nez à la fenêtre.

    V : Se dit depuis les années 1950 et encore aujourd’hui, de ce qui est honnêtement gagné.

    W : Se dit d’un groupe de jazz qui n’est pas entraînant du tout, du tout, du tout.

    X : Se dit de tout homme dont on pense qu’il n’en est pas tout à fait un ou qui a une voix fluette comme les castrats.

    Y : Foncer tête baissée, à toute allure, sans se poser de question.

    Z : Avoir des ennuis, des tracas. Du verbe anglais to lose, perdre.

     

     

                                                                                        AIX-ECHOS N° 106 AUTOMNE 2015

     

    L' ARGOT


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  • Avec beaucoup de retard les Chemins du Passé, viennent d’apprendre la disparition de Monsieur Roger Pontille, fidèle membre de l’association depuis de nombreuses années.

     Ses funérailles se sont déroulées le vendredi 15 avril 2016 en l'église de Combre.

     En ces tristes circonstances, le Conseil d’administration, le Président Claude Janin, les membres du bureau et tous les adhérents présentent à son épouse Yvette, à ses enfants Rachel et Thierry, à la famille et aux proches, leurs plus sincères condoléances.


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