• ROANNE: ASSAINISSEMENT DE LA VILLE

    ROANNE TORPILLEUR 1
     

    Dans un excellent article récent dans sa chronique du journal du  Dimanche, Jean Victor, signature qui cache le nom de notre ami historien J.C (Non pas Jésus Christ !!!). Celui-ci écrit qu’en juin 1870, le Journal de Roanne dressait le bilan des travaux  d’urbanisme faits à Roanne et que celui-ci se féliciter de la situation sanitaire de la ville qui avait bien changée depuis deux cents ans.

    Après une énumération intéressante des travaux réalisés : construction du faubourg Mulsant, les pompes du chemin de fer, les centaines de puits que les particuliers ont creusés, le captage des sources que la ville a opéré à son profit et qui inondaient le Grand Marais, les aqueducs creusés, tout cet ensemble ont fait que notre ville est une cité remarquable par ses qualités hygiéniques.

     

    D’ailleurs les chiffres de l’état-civils ne se  trompent pas, entre 1862 et 1869, il y a une progression constante de personnes qui dépassent 70 ans.

     

    Le chroniqueur indique cependant : « Les quartiers nord de la ville sont actuellement assainis ! C’est la section de l’est, c’est-à-dire la partie de la ville située entre le bassin et le pourtour des rues de Minimes, Sainte Elizabeth (Maréchal Foch), de la Paroisse (Charles de Gaulle) et de l’Hôpital (rue de Charlieu que la municipalité doit porter toute son attention. Dans cette partie basse, la plus humide de la ville on trouve que des jardins coupés dans tous les sens par une multitude innombrable de fossé fangeux.

     

    Cet espace, mesuré sur le plan de la ville, peut avoir une étendue de trois hectares. Eh bien, ces terrains sont entrecoupés par trois mille cinq cent cinquante mètres de fossé ! Trois kilomètres où sont amoncelés tous les détritus, toutes les déjections de la ville.

     

    Les lignes ci-dessus (écrite par la Médecin-Major G. Dufaud du 98° R.I. nous font mieux comprendre l’ampleur des difficultés pour installer le tout à l’égout et que, pourquoi en 1894 celui-ci n’existe pas encore.

    Que faut-il faire ?

     

    En cette fin de siècle, il n’y pas d’égout à proprement parler à Roanne. Les quelques canaux qui existent dans certains quartiers ne pouvant être considérés comme tel. Ce sont d’abord les anciens fossés du château creusés primitivement pour le dessèchement des marais et qu’on a recouverts de voûtes sur la plus grande partie de leurs parcours pour construire par-dessus des maisons et en faire des chaussées

     

    Ces fossés reçoivent les eaux résiduaires des habitations riveraines, et après avoir traversé une partie de la ville viennent aboutir au milieu des jardins maraichers qui se trouvent sur les bords du canal de la Loire. Mais comme la pente est insuffisante en certains points l’écoulement se fait lentement et les immondices qui y séjournent donnent lieu pendant l’été à des émanations infectes qui s’échappent par les bouches ménagées çà et là.

     

    D’autres fossés moins vastes que les premiers et qui présentent la conformation de véritables égouts existent dans différents quartiers de la ville. Ils ont été construits en 1887 et en 18991. Leur point de départ est l’extrémité ouest du Faubourg Mulsant. Ils se dirigent de là vers l’intérieur où ils bifurquent en deux tronçons descendant le long de la pente qui aboutit au bassin du canal. Leur développement qui est de 6 000 mètres est insuffisant en égard au 40 kilomètres de rue qu’offre la ville de Roanne. De plus leur entretien laisse à désirer puisqu’ils sont dépourvus de chasses et ne peuvent être nettoyés que par l’eau des orages en été ou par la pluie dans les autres saisons.

     

    Tout est à faire à Roanne pour assurer l’évacuation des eaux vannes des habitations, des usines et de la voirie. Une sérieuse difficulté se présente pour l’établissement d’un réseau complet d’égouts ; elle vient de la particularité que dans la plupart des rues la chaussée est plus haute que le sol sur lequel se trouvent construites les maisons. Les cours intérieures de celles-ci sont en contre-bas de la rue. Cette différence de niveau rend difficile l’écoulement des eaux pluviales et encore celui des eaux ménagère. Aussi dans la plupart des habitations existe-t-il un puits perdu, une fosse à ordures dans laquelle viennent aboutir tous les résidus de la maison ;

     

    Les inconvénients d’un état de choses aussi défectueux n’ont pas manqué de préoccuper l’administration locale en raison de l’infection à jet continu qui en résulte pour le sol de la ville. Plusieurs projets ont déjà été successivement présentés dans le but d’établir un réseau complet d’égouts.

     

    Celui qui semble avoir le plus de chance d’être adopté consiste dans la construction pour chaque quartier de la ville de différents tronçons aboutissant à deux grands collecteurs situés dans la partie basse et où viendront se réunir toutes les eaux vannes de la ville. Les conduites seront en grès vernissé de 0,20 à 0,40 de diamètre et une pente minima de 1 sur 1000. Aux grands collecteurs on donnera une forme ovoïde avec un radier cylindrique et une hauteur de voûte de 2 kilomètres. Cette disposition qui comporte une banquette de chaque côté permettra l’usage de wagons vannes. Des chasses automatiques se feront au moyen de réservoirs alimentés par l’eau de la source des Poupées. On a calculé que la quantité d’eau nécessaire à cette opération renouvelée deux fois  en vingt-quatre heures sera de 1 900 mètres cubes. L’approvisionnement de la ville peut répondre à cette consommation et les vœux les plus pressants doivent être formulés pour l’accomplissement de cette œuvre qui assurera l’entretien hygiénique de la propreté dans les habitations et dans la rue.

     

    La caserne bénéficiera de cette mesure car pas plus que les autres groupes elle ne possède d’égouts et les eaux résiduaires s’écoulent sur la chaussée par les caniveaux à ciel ouvert.

     

    La question de savoir où devront aboutir les eaux vannes des égouts ne doit laisser à notre avis aucun doute dans l’esprit. Au lieu d’exposer les habitants des villages et des villes situés en aval de la Loire à s’infecter des déjections de Roanne, mieux vaudrait se résoudre à l’utilisation agricole.

     

    La quantité d’eau vanne que déversera la ville au début sera environ de 6 400 mètres cubes. Il existe à proximité dans la direction de Mably une plaine sablonneuse qui présente les conditions les plus favorables à la pratique de l’épandage. La couche de sable est de deux ou trois mètres reposant sur un fond d’argile qui ramènera en petite pente douce les eaux à la Loire après leur utilisation pour la culture.

    Il suffira d’une machine élévatoire qui les amènera des grands collecteurs au milieu de la plaine où des propriétaires pourront les puiser.

     

    VIDANGES

    Le système en vigueur est celui des fosses fixes. Chaque habitation possède la sienne. La plupart de ces fosses sont étanches ; quelques-unes sont simplement creusées dans la profondeur du sol. La vidange se fait par l’intermédiaire d’une société qui emploie pour l’épuisement des fosses un appareil pneumatique. Ce procédé permet d’opérer le curage d’une façon à peu près inodore. Le contenu est emporté au moyen de tonneaux cylindrique en tôle dans un dépotoir qui se trouve à trois kilomètres en dehors de la ville, dans la direction nord sur la route de Briennon.

     

    Tous ces résidus fécaux sont collectés dans d’immense bassins étanches et livrés ensuite à l’industrie maraichère. Ils se trouvent ainsi ramenés dans les jardins aux portes de la ville souvent même dans l’intérieur et servent à la fumure du sol. La société des vidanges avant de livrer son engrais traite les matières des fosses par le sulfate de zinc ou autres désinfectant, mais il n’en est pas toujours ainsi dans la pratique et cette précaution est souvent négligée. Il arrive même que les voitures de la société ne vont pas jusqu’au dépotoir pour déposer leur chargement et qu’elles le laissent en route dans les réservoirs privés que possèdent les maraicher au milieu des jardins. On ne compte pas moins de 73 de ces réservoirs qui sont autant de foyers d’infection échappant à la surveillance de l’administration.

     

    Comme les autres habitations, la caserne est munie de fosses fixes, mais leur amétnagement et leur entretien ont atténué jusqu’à ce jour les inconvénients du système. Il ne semble pas que les émanations qui s’en échappent n’aient jamais occasionnés d’épidémies pour les militaires.

     

    Il y a tout lieu d’espérer que si la ville met à exécution le projet de construction du réseau complet d’égouts dont nous avons parlé plus haut on verra s’établir dans les différents quartiers le système du tout à l’égout. La richesse en eau de la ville et la pente que l’on pourra donner aux canaux permettent d’augurer le mieux en faveur de cette innovation. Les fosses d’aisances seront ainsi supprimés et avec elle l’infection inévitable du sous-sol des habitations. L’agriculture qui seule pourrait réclamer de l’adoption de cette nouvelle mesure trouvera une large compensation dans l’utilisation du système de l’épandage

     

     Nous n’avons rien dit des urinoirs publics ; ils sont d’origine toute récente. Il y a quelques années un maire de Roanne qui était en même temps un médecin distingué avait failli en obtenir la construction ; mais un édile aussi éloquent que spirituel ayant proposé d’appelé du nom de ce médecin les monuments qu’il réclamait, on en a ri et on n’en fit rien.

    Depuis, on est revenus ur ce scrupule et la ville se trouve en ce moment dotée d’un certian nombre d’urinoirs. Les liquides qui s’en écoulent se déversent dans les canaux servant d’égouts et se mélangent aux autres produits résiduaire.

     

    Il ne faut pas négliger parmi les différentes causes d’infection pour la ville, les résidus industriels que fournissent les nombreuses fabriques, particulièrement les tanneries et qui s’écoulent pour la plupart à ciel ouvert dans le Renaison ou dans des fossés conduisant directement à la Loire. Leur dérivation dans l’égout commun projeté constituerait une amélioration importante et viendrait se joindre aux nombreuses autres que nous avons signalées.

     

    Enfin formulons le vœu que les immondices de la voirie au lieu d’être transportés tous les jours dans les dépôts où elle sont entassés à l’extérieur de la ville, soit incinérées au moyen d’appareil approprié comme on le fait dans certaines villes, particulièrement en Angleterre.

     

    Je vous laisse lire les explications ci-dessous du blog « Nadine de Trans en Provence » A n’en pas douter les différents  « ramassages devaient se dérouler de la même façon à Roanne.

    Lorsque La Seyne devint une cité urbaine, et qu'il fallut procéder chaque jour à l'évacuation des ordures et des vidanges des seaux d'aisance, on vit s'aligner sur les trottoirs devant chaque porte, les poubelles qui voisinaient avec les toupines  (les pots de chambre)..

     

    ROANNE TORPILLEUR 2

    C'étaient des véhicules différents qui étaient chargés d'enlever leur contenu de ces immondices. Ils ne circulaient pas tous aux mêmes heures et les toupines devaient être sorties juste avant le passage du torpilleur, c'est -à-dire, au petit matin, dès que l'aube pointait.

    Le ramassage des ordures ménagères s'effectuait au moyen d'un tombereau tiré par un cheval et l'employé affecté à ce travail ingrat, armé d'une énorme pelle plate et d'un balai de bruyère, avait pour tâche de vider les poubelles et enlever les petits tas d'ordures accumulés par les balayeurs de rue avant son passage.

     

    LE TORPILLEUR :le torpilleur, véhicule hippomobile au XIXe siècle, devint un engin motorisé dans les quelques années qui précédèrent la mise en service de l'Émissaire commun.

    Mais pourquoi l'appelait-on ainsi ? Probablement parce qu'on le fuyait comme un navire aurait fui face à la menace d'une torpille. La puanteur que répandait ce véhicule constituait une telle agression pour les narines qu'on le considérait comme un danger redoutable, surtout quand un piéton devait le croiser. Ce dernier était obligé d'appliquer un mouchoir sur son nez pour tenter de masquer l'odeur. On disait à, ce moment-là : "Attention, ça torpille !" On comprend aisément pourquoi !

    Ce fameux torpilleur était un tonneau monté sur deux roues et avait une contenance de cinq cents litres environ. Il était coiffé d'un entonnoir volumineux, par lequel l'employé versait le contenu d'un gros seau rempli lui-même par le contenu de plusieurs toupines. Les mêmes gestes inlassablement répétés exigeaient des efforts physiques assez importants.Tous ces transferts ne pouvaient s'effectuer sans éclaboussures, surtout lorsque le mistral soufflait. On comprend pourquoi les passants devaient s'écarter pendant que l'homme effectuait les manipulations nécessaires à ce travail si délicat !Ce dernier, malgré l'adresse dont il faisait preuve, ne pouvait s'empêcher de mettre ses vêtements dans un état terrible. Son pantalon en velours qui tombait en accordéon sur ses chaussures, son veston boutonné jusqu'au cou, son chapeau de feutre noir, le tout présentait un aspect peu ragoûtant et l'odeur qui s'en dégageait était infecte !

    Et quand le gros tonneau que l'on appelait la boute (du provençal bouta : tonneau) s'ébranlait sur les pavés disjoints, des giclées du trop-plein s'échappaient par l'entonnoir pour venir s'écraser sur la chaussée.Si le cheval n'avait pas su éviter les trous profonds, le vidangeur furieux l'accablait d'injures. Pauvre bête !

    Ensuite les ménagères, les yeux gonflés de sommeil, venaient récupérer leur récipient. On assistait alors à des scènes de rues que nos grand-mères nous racontaient en riant.

    Ces dames s'approchaient délicatement de la toupine, en prenant garde où elles mettaient leurs pieds, tenant les pans de leur peignoir d'une main, et de l'autre une "escoubette", petit balai terminé par un hérisson de chiendent. Celles qui demeuraient à proximité d'une fontaine, y rinçaient leur toupine sans difficulté. Dans les rues les plus longues, il n'existait qu'un seul point d'eau à une extrémité, les ménagères qui en étaient le plus éloignées apportaient l'eau pour rincer leur toupine de l'intérieur de la maison. Après avoir nettoyé le récipient avec soin, elles le vidaient directement dans le ruisseau où le liquide stagnait pendant plusieurs jours. On imagine facilement alors ce que les rues pouvaient sentir mauvais et de plus les dangers de cette pratique. Cette eau croupie était un véritable foyer d'infections en tous genres !

    Source: D'après un texte trouvé sur le site de Marius Autran.com et arrangé par moi


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