• Transport du blé entre Roanne et Lyon vers 1710<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>
    Ill arrive que du blé du Levant, débarqué à Marseille, soit acheminé jusqu'à Roanne pour être dirigé sur Paris. C'est le cas en 1710. Et c'est, pour nous, l'occasion d'évaluer le volume des transports terrestres entre Lyon et Roanne. Le mieux est de reproduire l'essentiel du document qui nous livre des données précises, mais qu'il faut suivre attentivement comme l'énoncé de ces problèmes élémentaires d'arithmétique dont l'enseignement primaire réservait les pièges à ses jeunes élèves, il y a longtemps. J'intercalerai chemin faisant quelques commentaires nécessaires,  présentés entre crochets et en italique.

    <o:p></o:p>Les paroisses [entendez les villages] des environs de Lyon, du côté des montagnes [c'est-à-dire à l'ouest] fournissent ordinairement 600 bouviers qui ne peuvent charger chacun qu'une fois par semaine pour Tarare [c'est-à-dire jusqu'au tiers de la course] parce qu'ils emploient six jours tant pour leur chargement à Lyon et leur route de Lyon à Tarare que pour le déchargement [vous verrez qu'il s'agit d'un transbordement] à Tarare et le retour à Lyon, et que le septième jour qui est le dimanche ils ne travaillent point.

    <o:p> </o:p>L'on charge donc à Lyon journellement 100 bouviers [c'est-à-dire 100 voitures] qui voiturent chacun, l'un portant l'autre, 8 quintaux poids de marc. Ainsy les 100 bouviers voiturent 800 quintaux qui font 374 settiers de bled, à raison de <st1:metricconverter productid="230 livres" w:st="on">230 livres</st1:metricconverter> pezant le settier. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>Pareil  nombre de 600 bouviers sert journellement à faire le transport tant de Tarare à St-Siphorien (sic) que de St-Siphorien à Roanne. L'on voiture donc par chaque semaine de Lyon à Roanne 2244 settiers qui font de muids 187. Et, par la route de Belleville à Poully-sur-Loire (sic), il se voiture par jour, l'un portant l'autre, 150 settiers de bled. C'est pour la semaine 900 settiers,  qui font de muids 75. Total [187 + 75] 262. Mais comme il survient quelques fois des festes pendant lesquelles les bouviers ne voiturent pas non plus que les dimanches, on a réduit par estimation cette quantité de muids à 250. » <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>                                                                          (Références : A.N., G, 1647, 335 ; 11 juin 1710)<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>Si le lecteur a eu la patience de lire ce document mot à mot, il aura constaté qu'il s'agit là d'un transport paysan, régulier, surabondant: 1800 attelages de bœufs en lente procession (de l'ordre de <st1:metricconverter productid="14 kilomètres" w:st="on">14 kilomètres</st1:metricconverter> par jour) se relayant sur <st1:metricconverter productid="7 kilomètres" w:st="on">7 kilomètres</st1:metricconverter>, soit, sur chaque kilomètre, plus de 20 voitures à la montée ou à la descente, une tous les <st1:metricconverter productid="50 mètres" w:st="on">50 mètres</st1:metricconverter>! Nous, les automobilistes, qui nous plaignons d'avoir à doubler ou à croiser trop de camions! Que pensait le voyageur en carrosse ou le conducteur de diligence le ces temps-là?

    <o:p> </o:p>Quant aux quantités de blé transporté, le document les calcule à 187 muids par semaine, mesure de Paris, entre Lyon et Roanne. Retenons-en 180, pour tenir compte de l'atténuation qu'il conseille, nous arrivons au chiffre de: 9360 muids par an, soit en comptant le muid à 18 hectolitres, 168 480 hectolitres, approximativement 140 400 quintaux ou 14000 tonnes. Et il s'agit là du trafic maximum que permet la route, utilisée à plein. Les premières lignes du document précisent, en effet, que 3200 muids, mesure de Paris, sont stockés dans le Midi, mais qu'ils mettront plusieurs mois à arriver dans la capitale, où ils sont attendus avec impatience en cette année de disette. Car, hélas, le transport par terre de Lyon à <st1:PersonName productid="la Loire" w:st="on">la Loire</st1:PersonName> « étant le plus difficile, c'est lui qui règle la quantité des bleds qui arriveront toutes les semaines à Paris »  250 muids seulement, malgré l'emploi de deux routes parallèles.

    <o:p> </o:p>Le chiffre de 14 000 tonnes par an reste évidemment un simple ordre de grandeur puisque les marchandises qui circulent ne sont pas toutes du même poids que le blé, à volume égal, et d'autre part, il n'est pas certain que la route ait été constamment exploitée à plein. Mais ce n'est pas improbable non plus, étant donné qu'elle représentait ce que nous appellerions un goulot d'étranglement. Ne vous récriez surtout pas sur, la modicité du chiffre.. C’est l'équivalent de 6 à 7 navires de mer de tonnage courant. Et cela sur un chemin au relief difficile et avant les progrès des techniques routières advenus au XVIIIe siècle. Ceux-ci ont-ils permis un accroissement des trafics? On peut le supposer puisque au XVIIIe siècle, en cas de guerre, <st1:PersonName productid="la Provence" w:st="on">la Provence</st1:PersonName> et le Languedoc utilisaient la route de Roanne à Paris plutôt que de s'exposer en mer aux prises des Anglais. Mais est-ce un hasard si les premières lignes de Chemin de fer construites en France par l'initiative industrielle privée (1823-1828), avant même l'introduction de la locomotive à vapeur (1831), relient Saint-Étienne à Lyon et Saint-Etienne à Roanne, par Andrézieux? N'est-ce pas, expliquait-on aux actionnaires de ce premier chemin de fer, en 1826, « le moyen le plus sûr… de réaliser enfin le grand bienfait, si longtemps désiré, de la jonction de <st1:PersonName productid="la Loire" w:st="on">la Loire</st1:PersonName> et du Rhône ) ?

    <o:p> </o:p>                                            Fernand BRAUDEL  (L'identité de <st1:PersonName productid="la France" w:st="on">la France</st1:PersonName>, Espace et Histoire, Les hommes et les choses) Editions Arthaud, Paris 1986


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique