La ronde .. du Principal<o:p></o:p>
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Les contes des Bords du Rhins<o:p></o:p>
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Hommage à mon ami, Jean-Jacques M dun établissement scolaire du Coteau <o:p></o:p>
(Bernard)
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Pour rompre la monotonie dun travail administratif qui ne lui apportait aucune satisfaction intellectuelle. M. le Principal décida daller faire une ronde dans les couloirs du collège.
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Cétait jeudi, et la seule évocation de ce jour de la semaine qui en dautre temps, pour lui fort lointains, avait matérialisé la coupure hebdomadaire, le remplissait dun certain bien-être quil sefforçait néanmoins de dissimuler.
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Le plan de létablissement judicieusement conçu pour laisser libre cours dordinaire aux dépenses délectricité le contraignit, ce jour-là, à emprunter le couloir du rez-de-chaussée dans une obscurité quasi-totale. Il convient de préciser que la lumière dispensée dans létablissement ne jaillit que par grands effets si bien que si lon sefforce quelque peu de contrarier ces derniers en modulant léclairage selon les besoins du moment, on sexpose à subir le désagrément que jévoquais quelques lignes plus haut.
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Il était clair, si jose mexprimer ainsi que dans une telle circonstance, M. le Principal mesurait pleinement les risques dune circulation même embryonnaire, mais il était homme à prendre ses responsabilités et cest dun pas relativement assuré quil poursuivit sa route. Pas très longtemps, il est vrai.
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A peine, avait-il contourné le dépôt 2 un choc !... un cri ! « Pdon ! Mdame ! ».
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Il lui semble dans lombre non, ce nétait là que réminiscences littéraires ; le bolide sétait évanoui aussi rapidement quil était apparu et il ne restait de lincident rien dautre quune douleur diffuse à la hauteur du plexus solaire de M. le Chef dÉtablissement.
Ce dernier, machinalement chercha à tâtons un interrupteur quil savait pourtant ne pas exister à cet endroit où il eut été à sa place, mais il ninsista pas. Une lueur perça fort opportunément les ténèbres et le conduisit rapidement au grand jour. Le mot nétait pas excessif car dans le hall où un escalier mène aux étages supérieurs, les lampes brillaient de tout leur éclat en bonne intelligence au demeurant avec un soleil radieux qui inondait lespace par des baies vitrées largement dimensionnées.
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Dun geste agacé, mais avec néanmoins assez de présence desprit pour faire le bon choix, M. le Principal mit un terme aux dépenses dénergie abusives et grimpa lestement au premier étage.
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La topographie du bâtiment lui été familière. Du reste, une architecture sans imagination reproduisait à tous les niveaux une identique disposition des volumes Cette monotonie des lieux était corrigée avec bonheur par la diversité des bruits qui séchappaient des salles de cours. Il sengagea résolument dans le couloir des chiffres impairs. A gauche, au n° 11, un professeur quil pensa être de mathématiques, sobstinait à considérer le mot hasard comme dépourvu dun H aspiré et les élèves, soit quils fussent trop absorbés par leur travail, soit quils considérassent la liaison comme parfaitement naturelle, ne manifestaient aucun émoi. Après tout, se dit M. le Principal, ce nest guère quune affaire de convention. Ses pas lavaient porté vers la salle 13, sanctuaire des fautes dorthographe : cest là en effet que sélabore le journal du collège dans un grand concours de mots et dexpressions mâtinés de français.
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Il est vrai quà côté, et ceci excuse en partie cela, langlais régnait en maître et lon sait linfluence pernicieuse que cette langue polluante continue dexercer sur celle de Corneille et de Bossuet.
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Il était arrivé devant les salles dhistoire et de géographie. Il songeait quil devait se procurer rapidement un horaire des trains entre le Coteau et Lyon en cas de neige sur la route du Pin Bouchain (lhiver était rude) et il crut devoir marquer un temps darrêt plus long. Sa formation ly prédisposait. Aussi quel ne fut pas son étonnement douïr cette réplique dun élève : « Mais Mademoiselle, si lAfghanistan ne se trouve pas en Asie, où le situez-vous ? » Il séloigna sur la pointe des pieds douloureusement perplexe. Le calme était revenu dans la classe et il supposa que chacun doutant de ses propres connaissances préférait laisser à lautre le soin de déchiffrer lénigme.
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Dun pas léger, quoi que très fin gourmet et très bon connaisseur dans les vins il savait entretenir sa forme par lapplication gestuelle dune philosophie hindoue, M. le Principal fut au deuxième étage. Numéros 27, 28, 29, le quartier des sciences dites exactes, en sapprochant il pensait à la réfection de sa méhari qui se terminait ; au printemps prochain il pourrait « décapoter ». La ruche bourdonnait mais tout ce quil percevait du dehors lui était parfaitement inconnu. Il prit mesure de son ignorance et revint sur ses pas. Salle 20, un air de « flûte douce » guilleret lui remit du baume au cur : « Au clair de la lune », il connaissait. Il se laissa bercer un moment par cette évocation romantique mais la sonnerie le rappela brutalement à ses fonctions.
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M. le Principal regagnait son bureau un sourire de satisfaction aux lèvres. Un paquet de la Poste lattendait, et il avait hâte den connaître le contenu tout en sachant bien quil sagissait dune voiture automobile miniature qui venait agrandir sa collection. Sa ronde se terminait, son établissement tournait rond.
Dans le couloir de ladministration, la secrétaire venait à sa rencontre : « Nous vous cherchions depuis vingt minutes ; il y là un élève qui saigne du nez abondamment. Il dit avoir heurté un mur dans lobscurité dun couloir ».
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M. le Principal dirigea distraitement son regard vers la première boutonnière de son veston ; il ny avait pas de tâche de sang, tout allait bien.
<o:p></o:p> Léo MIQUEL (1982)