ON VEUT TUER LE MINISTRE DES PTT
Je voudrais ce soir vous raconter une histoire (totalement authentique !…) que l'on aimait bien raconter dans tous les services postaux dans les années soixante-dix et quatre-vingt.
(A mon arrivée à Paris 16, en tant que postier, en 1983 j’ai effectivement entendu cette histoire. Je la laisse narrer par Roger le Cantalien un ancien de la Poste qui la raconte sur un forum)
Elle est souvent racontée sous le titre "Le télégramme suspect annonçant qu'on veut tuer le Ministre des PTT".
Précisons un point important : le ministre des PTT en février 1936 était le fameux Georges Mandel. Je dis le "fameux" car il a laissé un très mauvais souvenir aux Postiers qui ont travaillé à l'époque où il occupait le poste de Ministre des PTT, du 8 novembre 1934 jusqu'au 4 juin 1936. En réalité Georges Mandel s'appelait Louis Rothschild, mais en 1902 (il avait alors 17 ans) il prend le pseudonyme (eh oui, ça existait bien avant Internet !…) de Georges Mandel (qui était le nom de jeune fille de sa mère) dans des articles pour le quotidien de gauche “ Le Siècle ” afin de ne pas être pris pour un des membres de la famille des banquiers Rothschild.
Lors de son passage au Ministère des PTT (alors situé au Central Télégraphique du 103 rue de Grenelle, Paris 7ème, depuis la création du Ministère des Postes et Télégraphes en 1879 - il déménagera pour le tout nouvel immeuble du 20 avenue de Ségur, Paris 7ème, le 14 mars 1939) Georges Mandel sera la bête noire des syndicats des PTT. Il n'hésitera pas, pour briser une grève des facteurs à Nice, à louer un avion pour y envoyer des agents parisiens "jaunes" chargés d'intimider les grévistes et d'assurer la distribution à leur place !…
Georges Mandel sera après la Seconde guerre mondiale très peu critiqué par les syndicats des PTT en raison de sa fin tragique : il sera en effet assassiné le 7 juillet 1944 par la Milice pro-allemande en forêt de Fontainebleau…
Mais revenons à notre télégramme du jeudi 6 février 1936.
Ce jour-là, une dame dépose un télégramme au guichet du bureau de poste de Lourdes (Hautes-Pyrénées), destiné au docteur Camps 8 rue de Saint-Quentin (Paris 10ème). En voici le texte :
« SUIS SANS NOUVELLES. DOIS TUER LE MINISTRE. RÉPONDS. MAMAN. »
Ce télégramme fut envoyé sans problème par la poste de Lourdes, qui connaissait très bien sa signification réelle. En revanche, les postiers parisiens du bureau de poste de Paris 10 furent stupéfaits du contenu du télégramme et alertèrent leur receveur. Ce dernier téléphona immédiatement au Ministère des PTT. Ce Ministère contacta la Direction des PTT des Hautes-Pyrénées ainsi que les services de la Préfecture.
Dès le lendemain, pas moins de huit inspecteurs de police firent irruption au bureau de poste de Lourdes, accompagnés d'un inspecteur des PTT pour tout savoir sur l'expéditrice de ce télégramme… meurtrier !…
Tous les Postiers présents éclatent de rire et expliquent aux policiers que, dans les fermes des Hautes-Pyrénées, le “ ministre ” c'est le cochon ! On dit communément que l'on va « tuer le ministre » quand on s'apprête à tuer le cochon ! D'où ce télégramme de « maman » à son fils l'invitant à venir partager en famille le cochon familial.
Procès-verbal fut dressé par la Direction des PTT des Hautes-Pyrénées contre l'employée du guichet ayant accepté le télégramme (Madame Goujon), la télégraphiste qui l'avait envoyé (Madame Cabarrou) et le contrôleur de l'arrière du guichet (Monsieur Debienne). Quelques jours plus tard un avertissement était infligé aux trois employés. Monsieur Debienne reçut en plus des "TSO" (Très Sévères Observations) pour sa "négligence" à n'avoir pas assez vérifié le texte du télégramme.
Mais toutes ces sanctions n'ont pas été jugées suffisantes par Georges Mandel : au début de mars 1936, la pauvre Madame Goujon était mutée d'office dans un autre service !…
Moralité : si vous êtes un jour affecté au guichet d'un bureau de poste, lisez bien le texte de ce qui doit être envoyé par télégramme.