QUELQUES EXPRESSIONS POPULAIRES SUR LE LOUP
Les loups ne se mangent pas entre eux :
Les méchants, les gens malhonnêtes ne se nuisent pas réciproquement.
C’est la loi du milieu. Si un loup se mettait à attaquer ses congénères, ce serait très vite l’anéantissement de la meute. Mais cela n’empêche pas la guerre des clans.
Un froid de Loup :
Un froid extrême et rigoureux. Un froid digne de faire sortir un loup affamé de son repaire.
Avoir une faim de loup :
Avoir vraiment très faim. Le loup famélique prêt à se jeter voracement sur la première proie qui passe à sa portée se tient en arrière-plan de cette image dévorante.
Un vieux loup de mer :
Un vieux marin endurci et expérimenté. Pourquoi loup ? Parce qu’à l’origine, il s’agissait d’un marin sauvage et solitaire, comme le vieux loup de la meute.
Se jeter dans la gueule du loup :
S’exposer à un danger grave, le plus souvent inconsciemment. Aller au devant des risques et des embêtements par provocation.
Les Italiens emploient même ironiquement l’expression « In bocca al hupo ! » (dans la gueule du loup) pour dire simplement « Bonne chance » !
Crier au loup :
Avertir d’un danger. L’expression prend place dans un contexte particulier du type « à force de crier au loup… », dont l’explication est à trouver dans une fable d’Ésope : un jeune berger s’amusait sans cesse à crier « Attention au loup ! », et tous les villageois accouraient pour protéger le troupeau. Un jour, le jeune garnement se mit à crier, mais personne du village ne se dérangea. Cette fois pourtant le loup était bien là et ce fut un vrai massacre dans le troupeau.
Hurler avec les loups :
Témoigner d’un conformisme, d’une hypocrisie et d’un souci de son propre confort moral pouvant aller jusqu’à se montrer injuste, voire cruel, pour ne pas déplaire à la majorité. Finalement c’est « suivre le troupeau » mais dans les situations qui peuvent être graves (pour celui contre lequel on se met à hurler).
En Espagnol on dit aussi « El que con lobos anda, a aullar ensena » : Qui va avec les loups apprend à hurler.
En Allemand « Mit den Wölfen heulen”, on retrouve le double sens du français : se conformer aux usages du groupe dominant avec lequel on vit et se ranger par intérêt du côté du plus fort, par lâcheté.
Être connu comme le loup blanc :
Être connu partout, par tout le monde. La couleur blanche (qui a remplacé le gris originel : on disait en effet « connu comme le loup gris », si célèbre pour ses horribles méfaits légendaires) souligne la dimension de phénomène extraordinaire.
Quand on parle du loup on en voit la queue :
Il suffit que l’on parle de quelqu’un pour qu’aussitôt il apparaisse, alors qu’on ne l’attendait pas forcément. L’expression s’emploie souvent en laissant en suspens la seconde partie de la phrase : « Quand on parle du loup… », ce qui permet d’évacuer plus commodément le symbolisme viril exprimé par « queue ».
En Italie : « Lupus in fabula » : Le loup dans la fable.
Les Italiens ont recours dans leur langue courante à des expressions directement héritées du latin, soit de fables, soit de proverbes ou maximes rédigés par les grands auteurs de l’Antiquité.
On pensait que celui que le loup a vu le premier était privé de voix, une croyance que l’on trouve chez Pline.
La faim fait sortir le loup du bois :
La nécessité oblige à se montrer ; certaines circonstances obligent à commettre des erreurs ou des imprudences. Ou bien : certaines occasions permettent de révéler la véritable nature de quelqu’un qui, jusqu’à présent, ne se montrait pas. Cette locution est plus employée au sens figuré qu’au sens propre (pour ce qui est de la faim) bien qu’on l’emploie aussi dans ce sens avec une lueur d’ironie.
L’homme est un loup pour l’homme :
Les hommes sont féroces entre eux, parfois même plus impitoyables et cruels que les animaux les plus méchants.
En Allemagne « Jemanden durch den Wolf drehen » : Faire passer quelqu’un par le loup.
Le traiter sans pitié, le maltraiter, lui faire subir toutes sortes de mauvais traitements. Illustration littérale du proverbe précédent, et qui prend toute sa valeur quand on sait qu’en allemand le mot Wolf désigne le hachoir à viande dont se servent les bouchers pour préparer de la chair à saucisse…
Le loup meurt dans sa peau :
Quelqu’un qui est né méchant ou vicieux le reste jusqu’à la fin de sa vie.
En Espagnol « El lobo pierde los dientes mas no las mientes » : le loup perd ses dents, mais pas sa malice.
En Italien « Il lupo perde il pelo ma non il vizio » : le loup perd son poil mais pas sa méchanceté.
Faire entrer (ou enfermer) le loup dans la bergerie :
Introduire un élément nuisible, malfaisant, dans l’endroit, parmi les gens que l’on devrait défendre ou protéger. L’emploi est aujourd’hui métaphorique. Mais au XVIII° siècle, on trouvait une application concrète de cette expression : c’était notamment refermer une plaie sans l’avoir bien nettoyée, à savoir introduire le mal là où l’on aurait dû soigner.
On trouve aussi l’expression moins courante : « donner la brebis à garder au loup ».
Qui se fait brebis, le loup la mange :
Qui se montre imprudent, inconscient, s’expose à un grave danger. Encore une locution qui, tout en montrant la grande richesse du mot loup dans les expressions imagées à travers toute l’Europe, témoigne de la valeur symbolique du loup, animal de danger et de mort (mythe du loup-garou, et des légendes antiques où le dieu-loup dévore les astres, comme en Scandinavie)
Et nous finirons sur une expression un peu plus « coquine » :
Elle a vu le loup :
Elle a une certaine expérience en amour. La locution repose directement sur le symbolisme sexuel viril du loup. On connaît une illustration très explicite avec le conte du Petit Chaperon rouge.
On disait aussi jadis « danser le branle du loup » pour dire « avoir des relations sexuelles ».
Extraits de l’ouvrage de Sylvie Girard « Le Zoo des mots »