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LA ROUTE AUTREFOIS ENTRE ROANNE (Loire) ET LYON (Rhône)

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SAINT JOSEPH, ROANNE : ELEVES MORTS POUR LA FRANCE

 

 

SAINT JOSEPH, ROANNE : ELEVES  MORTS POUR LA FRANCE

 

Comment ne pas avoir le cœur remplit d’émotion à la lecture du Bulletin des Amis de l’Institution Saint-Joseph de Roanne, n° 17 en date du mois de janvier 1948.

 

La plume de monsieur Espitallier, Supérieur de l’Institution, rend hommage à 12 anciens élèves morts pour la France de 1944 à 1945.

 

Impossible de faire la transcription entière, de toute cette jeunesse, montée courageusement  au combat pour libérer notre pays.

 

Pourtant même aujourd’hui en ce mois d’Août 2010, il ne faut pas les oublier.

 

 

Henri ARTHAUD : (Il était en Troisième en 1927) déporté en Allemagne le 8 novembre 1944 ; Assassiné par les Allemands à Mannkeim le 27 mai 1945.       

 

René LHERITIER : Brigadier-chef au 63° Régiment d’Artillerie d’Afrique, tombé au champ d’honneur le 5 mai 1945, à Haller.

 

Louis-Pierre CHERPIN : (en Seconde 1937), caporal au 85° Bataillon du Génie, mort pour la France le 12 avril 1945 au Mont-Froid.

 

Henri  SILVAN : (Rhétorique 1933) tué en service commandé le 18 mai 1945 ;

Deux citations à l’ordre de l’Armée Aérienne et deux citations à l’ordre de l’Aviation de Chasse.

Le capitaine Henri Silvan était titulaire de la Médaille de l’Air de l’Armée Américaine et Chevalier de la Légion d’honneur.   

 

Pierre LAURENT : (Rhétorique 1936) Mort pour la France le 17 juillet 1945 ;

Assistant au chef de groupe aux chantiers de la jeunesse (Groupement de Pontgibaud).       

 

Pierre PITTION : (Seconde 1939) Agent du Réseau Gallia à Lyon.

Déporté, mort pour la France le 1 mai 1945 à Lübeck  à l’âge de 23 ans. Il fait parti des 12 000 détenus amenés dans le port de cette ville, qui furent enfermés dans les cales de bateaux, sabordés par les Allemands.  

 

Jean GUYOT : (Philosophie 1940) tué sur le Danube le 28 avril 1945 (déporté au camp de Gross-Rosen (Sibérie), le 1° avril 1944 puis le camp d’Hersbruck, enfin direction Dachau ou il n’arrivera jamais).    

 

René PERRET : (Philosophie 1941) Caporal-chef, tué devant Belfort le 26 septembre 1944 ;

Le 28 août 1944 à La Clayette avec quelques camarades il fonde le Bataillon du Charollais.

 

Le 12 décembre 1944, la Croix de guerre avec étoile de vermeil lui est attribuée, avec cette citation à l’Ordre de l’Armée : « René Perret, caporal-chef, chef de groupe, brave et énergique, le 26 septembre 1944 au cours du nettoyage du Bois de Nannue, a trouvé une mort glorieuse à l’ennemi, ayant donné en toutes circonstances un bel exemple de courage et d’esprit du devoir ».

 

Yves BERNARD : (Première 1942) déporté, mort au Camp de Belsen en  novembre 1944.       

 

Georges DECHELETTE : (Première 1941)

Engagé au 4° Spahis Marocains, tué à Randen le 26 avril 1945.

 

Jean de NEUFBOURG : (Mathématiques élémentaires 1940-1941) volontaire parachutiste, tué à l’ennemi à Saigon le 24 septembre 1945 à l’âge de 23 ans.

Citation à l’Ordre de l’Armée (Saigon, extrait de l’ordre général n° 76 du 15 octobre 1945).

Aspirant DE COURTIN DE NEUFBOURG Jean

« Jeune officier d’un enthousiasme et d’un courage remarquable, toujours prêt à se sacrifier. Parachuté en Indochine avec la première mission chargée de reconnaître les intentions Japonaises. Tombé dans une embuscade le 24 septembre dans les faubourgs de Saigon, est mort les armes à la main sous une rafale d’arme automatique. Restera parmi ses camarades comme l’exemple des plus magnifiques vertus morales ».

                                      Le Général d’Armée Leclerc, Commandant supérieur des troupes françaises d’Extrême-Orient.

 

Le benjamin de nos morts est Henri de Brosses, nous donnons la totalité du texte le concernant, ainsi que sa photographie qui illustre cet article.

 

 

Henry de BROSSES : (Première 1942) engagé volontaire, Brigadier au 2° Chasseurs d’Afrique. Mort pour la France à Karlshrühe le 14 avril 1945.

 

Comment évoquer la figure du Benjamin de nos Morts pour la Patrie ? La plume tremble à la main de celui qui fut son professeur de Première et garde le souvenir ému de son jeune Ancien. Il nous avait quittés le dernier, et, sans atteindre sa majorité, il s’est révélé grand dans le don total.

 

Henry de Brosses était né le 5 juin 1924 dans une famille où les traditions d’honneur et d’héroïsme sont séculaires. Après ses premières classes chez les Bénédictins d’En-Calcat, puis à Ozanam, il vint à l’Institution Saint-Joseph à la suite de ses frères aînés, en octobre 1940, où il entra en Seconde, cependant que son cadet Hervé abordait la Troisième.

 

Nature fine et réservée, il paraissait d’abord fuyant et ne voulait pas donner l’impression de trop se prendre à son travail. Mais en Première il s’y adonna de bon cœur et fit la joie de ses maîtres. Je vois encore la bienheureuse surprise de M. la Boissière, agrégé des lettres et professeur en retraite qui nous gardait son concours cette année-là, devant les notions d’histoire ancienne qu’Henry était seul de la classe à posséder.

 

Cet élève qui semblait parfois absent, la tête penchée sur son pupitre, à la poursuite de son rêve intérieur, répondait souvent à une question posée à tous, et sa remarque ingénieuse était marquée au coin d’une délicate intelligence et d’un sentiment nuancé de la beauté. Mais il gardait la pudeur de ses trouvailles, et, tâchant de les voiler sous le rouge qui lui montait au visage, il les glissait avec ce sourire des yeux jamais retrouvé, retenu à la fois et légèrement mutin.

Il se confiait peu et à peu de personnes, mais quand son âme s’était trouvé en harmonie avec une autre, il se prenait d’une sympathie et d’une affection dont les témoignages touchaient délicieusement. Le cher abbé Pras, son professeur de Philosophie, qu’il a rejoint là-haut, avait connu, lui aussi, le charme de ses rapports, et plus d’une fois, dans nos veillées d’amitié, nous avons parlé tous deux de ce plaisir commun.

 

Lorsqu’Henry nous quitta, en juillet 1943, son baccalauréat remporté sans efforts apparents, il opta pour le Droit et les Sciences Politiques et il fit une année d’études à Lyon, dans ce climat d’oppression et d’angoisse connu des grandes villes.

 

Mais avec le sang qu’il avait reçu et l’idéal qui brûlait son âme, il ne pouvait rester à l’écart de la lutte. Dès septembre 44  il s’engage, et non pas sur un coup de tête et dans l’enthousiasme. Quelques jours avant de partir, il disait à sa sœur : « Vois-tu, j’ai bien réfléchi, je crois que pour mon avenir il serait mieux que je continue le Droit et les Sciences Politiques. Mais je sens que je ne pourrais pas travailler cet hiver en sachant que des jeunes comme moi risquent leur vie tous les jours. »

 

Avec son frère Gérard et son cousin François de Meaux, il rejoint à Macon l’Armée d’Afrique qui remontait vers l’Alsace et tous trois sont les premiers engagés de France dans cette Armée. Le voilà soldat au 2° Chasseurs d’Afrique, et dès novembre ses chefs l’autorisent à prendre part au combat dans un char.

 

Deux mois à peine, et une Citation à l’ordre de la Brigade lui est décernée :

 

« Engagé volontaire pour la durée de la guerre ; le 30 janvier 1945, au cours de l’attaque de Cernay, est sorti plusieurs fois de son char sous un feu violent d’armes automatiques et de mines pour ramasser des blessés et veiller à leur évacuation.

Le 5 février 1945, à Meyenheim, au cours de violents combats de rue, a participé à pied à la capture de nombreux prisonniers ».

 

Il avait écrit aux siens quelques temps auparavant : « J’ai l’impression d’avoir vécu 10 ans en ces 15 jours. J’ai vraiment vu ce que c’était la guerre dans ses côtés héroïques et enivrants, mais aussi dans ses côtés horriblement tristes. Vous aurez d’ici peu la preuve tangible que vos fils ont pris une part active à cette offensive et qu’ils se sont montrés dignes de leur père. D’ailleurs seule compte l’impression d’avoir fait correctement son devoir ».

 

Pour lui, le devoir, c’est bientôt le grand sacrifice. Nous en savons le tragique et le sublime par un témoin de choix, son Capitaine d’escadron de Lambilly, qui écrivit peu après à Madame la Comtesse de Brosses :

 

« …C’est au premier engagement en Pays de Bade, devant Bëhl, que le cher Henry a été blessé, le 13 avril vers 13 heures. Son char Philippsbourg ayant été percé et mis en flammes par un 88, tout l’équipage a été blessé ; le pauvre Henry était touché le plus grièvement : un pied arraché, l’autre en bouillie. Lorsque ses camarades l’ont arraché aux flammes et descendu du char, il n’a pas prononcé une seule plainte ; il était si grièvement touché que ses camarade l’ont cru mort. Ce n’est que lorsqu’il dit d’une voix faible : « Et moi » qu’ils se sont aperçus qu’il vivait encore. Transporté d’urgence à l’hôpital, il a été soigné immédiatement, mais n’a pas pu résister au choc et est mort le lendemain matin.

 

 

Je sais par l’Assistante Sociale qui l’a vu à l’hôpital que l’Aumônier a pu lui donner les derniers Sacrements ; il s’est confessé en pleine lucidité.

 

Votre cher Henry, Madame, était un grand Français, très brave, mais c’était surtout un saint. Il communiait tous les dimanches et souvent en semaine.

 

Vous pouvez être fière, Madame, d’un tel fils. C’était une âme d’élite que j’aurai voulu vous conserver : Dieu en a jugé autrement… »

 

A son tour, l’Aumônier du 2° Chasseurs d’Afrique, le Père Schneider, a écrit à sa mère une lettre qui révèle l’âme de ce jeune de 20 ans.

 

« …C’était dans les premiers jours de la campagne d’Allemagne. Nous étions arrivés à Steinbach et le 4° escadron devait attaquer en direction de Bühl. Un obus perforant tiré de la lisière d’un bois atteint le char du chef de peloton. Tout l’équipage plus ou moins atteint arrive au poste de secours régimentaire qui n’était qu’a quelques centaines de mètres de là. Les voyant arriver je me précipite. Le docteur s’affaire autour de Henry qui était le plus atteint…pied droit arraché 15 cm environ au dessus de la cheville, pied gauche, grosse fracture ouverte du talon aux orteils.

 

« Pendant qu’on le soignait il me fit signe de venir tout près de lui, me dit toute sa joie de me savoir à ses côtés. Il avait conservé toute sa lucidité d’esprit, parlait aussi facilement qu’en temps ordinaire. Son teint n’avait absolument pas blêmi, aucune plainte n’est sortie de sa bouche. Plusieurs fois il m’a demandé de boire et chaque fois je lui ai donné quelques gorgées de boisson chaude.

 

« Mon Père, me dit-il (je retrace fidèlement sans ajouter quoi que ce soit), dites-moi franchement, en toute sincérité si ma vie est en danger ? »

 

« Après avoir consulté le docteur, je lui répondais que son cas était assez grave, mais qu’il avait de grandes probabilités de se remettre.

 

« Mon Père, je vous prie, ne me cachez rien ! »

 

« Comme je lui répondais que mon devoir était de lui dire toute la vérité, il me dit en me prenant les mains : « Je ne sais pas ce qu’il va advenir de moi, je voudrais me confesser… »

 

« Il se confessa très bien, très simplement, comme il faisait toujours ; au moment de la pénitence, comme je lui faisais répéter quelques invocations à Jésus crucifié et à la Très Sainte Vierge, il m’interrompit brusquement et comme poussé par une inspiration divine il fit le sacrifice de sa vie en ces termes : « Tout ce sang qui coule, de mes blessures, tout mon sang, je l’offre pour la France et ma perfection personnelle ». Je ne pouvais que l’encourager dans ce sens…

 

« A ce moment les brancardiers vinrent le chercher. Il me demande pendant qu’on le transportait dans l’ambulance d’avertir Gérard, de tout lui expliquer…et en lui-même à voix basse : « ma pauvre maman, que de soucis elle va se faire lorsqu’elle apprendra tout cela. »

 

« Pendant qu’on rangeait les autres blessés dans l’ambulance, quelques instants avant le départ, il me dit encore : « Mon Père, priez bien pour moi » et comme je descendais, il me serra longuement la main en me disant : « Mon Père, dites-moi encore une fois que j’ai bien fait mon devoir de Français et de Chrétien et je partirai content. » Et ce fut le départ…

 

« Là-bas il a reçu l’Extrême-onction…

« S’il m’est permis de donner mon appréciation, la voici :

« Henry est mort en héros et en saint ». Dans toute ma carrière d’Aumônier (et Dieu sait si j’ai vu des blessés mourir entre mes bras en 39 et maintenant), je n’ai rien vu d’aussi beau et d’aussi consolant.

 

« C’est de l’héroïsme, c’est de la sainteté où je ne m’y connais pas. Puissiez-vous, Madame, au milieu de votre peine immense éprouver cette suprême consolation, la plus douce pour un cœur de mère chrétienne, Française, d’avoir donné un saint à l’Église, un héros à la France. »

 

Dans son laconisme militaire, une Citation à l’ordre du Corps d’Armée condense tant d’héroïsme haussé jusqu’à l’oubli de soit pour les autres :

 

« Jeune engagé calme et brave. Le 13 avril 1945, lors du débordement de Bühl par son peloton a eu son char mis en flammes par un 88 ; Ayant eu les deux pieds arrachés, a eu le courage de faire soigner ses camarades d’équipages brûlés, avant de se faire panser. »

 

…Cher Henry, nous t’avons retrouvé sur ton Mémento, la tête et les yeux baissés, comme nous t’avons connu et aimé.

Au revoir, près du Père, dans le Christ dont tu as réalisé la consigne : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 

 

 

 

 

 

                                                     

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T
Bonjour, je vous remercie de venir parcourir notre blog et de votre message que je considère comme un chaleureux encouragement à continer.En rangeant d'importantes archives d'un ancien membre de notre association malheureusement décédé, je suis tombé sur ce petit opuscule qui m'a tout de suite interpellé et j'ai décidé d'en faire profiter les lecteurs de notre blog. Je suis en accord total avec les termes de votre lettre. N'oublions pas le sacrifice de ces jeunes hommes, tombés au combat pour que nous puissions rester "Debout" face à l'invasion nazie ; surtout par ces temps où individualisme règne en maître et où les notions d'égalité, fraternité, solidarité et partage sont tant galvaudées.Restons vigilantsBien amicalementBernard
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M
Monsieur,Merci à vous d'avoir publié ce document que je découvre par hasard. Au-delà de raisons personnelles sa lecture me touche énormément car elle rappelle la situation à laquelle les jeunes Francais étaient confrontés dans ces années-là: voici en effet un seul bulletin d'un seul de nos collèges d'une seule des villes d'une seule de nos provinces, et dejà s'y étalent douze morts à l'enemi pour les seules années 1944 et 1945. Comme tout semble simple aujourd'hui, à nous qui n'avons qu'à nous en remettre à tel chroniqueur ou à tel autre pour nous faire une idée des choix auxquels ces générations durent se livrer. Ils sont pourtant bien là en filigrane dans les circonstance si brièvement résumées pour chacun de ces élèves: aviateur pour l'un, déporté pour l'autre, chantiers de jeunesse pour un troisème, trop jeune étudiant engagé volontaire pour Henry de Brosses. Mais tous tués aux mains de l'enemi.C'était la génération de nos parents.
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T
Bonjour,Je vous remercie de vous intéresser à notre blog. Je dois pouvoir récupérer le document vendredi.En principe il doit y avoir une petite photo et quelques lignesJe vous tiens au courantBien amicalementBernard
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K
Bonjour.Je suis le petit-neveu de Louis-Pierre Cherpin (mon grand-père était son frère), et aimerais savoir si vous avez des photographies ou textes le concernant. Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante derrey[POINT]xavier[AT]gmail[POINT]com
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T
Bonjour, MonsieurJe vous remercie de vous intéresser à notre blog "chevaucheur royal".Dans l'opuscule utilisé il y avait plusieurs photographies et des textes.J'avais fait le choix, tout personnel de présenter, la photographie et en totalité les lignes concernant le plus jeune de ces vaillants hommes.Je dois pouvoir récupérer le document ce vendredi a notre bibliothèque.Contacter moi à mon adresse courriel " bernardhugues@hotmail.com " en début de semaine prochaine pour connîtra la suite que je peux donner à votre demande.Bien amicalementBernard
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