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LA ROUTE AUTREFOIS ENTRE ROANNE (Loire) ET LYON (Rhône)

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SUPPLICE EN FRANCE


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 Illustration : Fresnes la bibliothèque (novembre 1907)<o:p></o:p>

Comment on traite les détenus dans nos prisons modèles, nous le montrons plus loin dans notre « article », avec chiffres, et documents à l’appui... On les traite, à coup sûr, beaucoup mieux qu’ils ne le méritent. Ils ont, bon gîte, besogne légère, nourriture abondante et variée. Pour se distraire, ils ont la bibliothèque de l’établissement, qui met à leur disposition maints ouvrages instructifs et divertissants.<o:p></o:p>

 Ils reçoivent même des visites de leurs amis et connaissances, et aussi des mandats dont le montant leur permet d’améliorer leur ordinaire. La prison, en un mot, est pour eux un logis de cocagne, alors qu’elle devrait être un séjour d’expiation.<o:p></o:p>

SUPPLICE EN FRANCE<o:p></o:p>

COMMENT ON TRAITE LES APACHES EN FRANCE


Voilà pourtant ce qu’on a fait chez nous. Depuis quelques années, par la volonté de certains philosophes humanitaires, dont la philanthropie saugrenue se désintéresse des honnêtes gens pour s’apitoyer uniquement sur le sort des coquins, les prisons françaises sont devenues d’agréables logis où les condamnés, au lieu du châtiment qu’ils méritent, trouvent l’hygiène, le bien-être, le calme et le repos que tant de braves gens ne connaîtront jamais, même après toute une vie de travail et de probité.


La France se pique de posséder, à ce point de vue, la prison modèle, celle de Fresnes, où les condamnés jouissent de tous les bienfaits du progrès. A Fresnes, on ne perçoit pas cette odeur sui generis qui frappait si désagréablement les nerfs olfactifs quand on pénétrait dans les prisons d’autrefois. La ventilation y est parfaite. L’air de chaque cellule est entièrement renouvelé deux fois par heure, soit <st1:metricconverter productid="60 mètres cubes" w:st="on">60 mètres cubes</st1:metricconverter> à l’heure. Le chauffage et la ventilation sont combinés. En hiver, c’est de l’air chaud qui pénètre dans les locaux ; en été, l’air froid et purifié y accède en quantité égale.


Fresnes comprend 1 524 cellules.


« Pénétrons dans l’une de ces alvéoles, disait naguère un membre du dernier congrès de droit pénal qui visita la prison... Tout de suite, la lumière dont elle est inondée, le parquet bien ciré, les murs enduits de ripolin produisent la meilleure impression. Et le mobilier est à l' avenant : un lit métallique et une table également peints au ripolin et fixés au mur, contre lequel ils peuvent se relever pendant le jour, un escabeau à dossier, retenu par une chaîne, un water-closet en faïence avec tout à l' égout, un robinet à pression pour l' eau potable, la lumière électrique, une cuvette pour la toilette, un portemanteau, une étagère à livres, un ventilateur et une bouche de calorifère ; aucun des objets de première nécessité ne manque au prisonnier. C’est miracle de voir comme l’hygiène est observée : les angles des murs, soigneusement arrondis, éloignent tout germe de maladies infectieuses et chaque cellule offre trente mètres cubes d’air. »


Notons que dans chaque cellule se trouve un bouton d’appel permettant au détenu d’appeler le garçon - pardon, le gardien ! - chaque fois qu’il en a besoin.


« Certes, ce mobilier n’a rien de luxueux, ajoutait le même visiteur, mais nous ne pouvons nous empêcher de comparer l’installation du détenu à celle du soldat, et la comparaison n’est assurément pas à l’avantage de la caserne... ».


Les cellules de la prison de Fresnes ont <st1:metricconverter productid="4 mètres" w:st="on">4 mètres</st1:metricconverter> de longueur, <st1:metricconverter productid="2 m" w:st="on">2 m</st1:metricconverter>. 50 de largeur et <st1:metricconverter productid="3 mètres" w:st="on">3 mètres</st1:metricconverter> de hauteur. L’ancienne lucarne des prisons y est remplacée par une véritable fenêtre de <st1:metricconverter productid="2 mètres" w:st="on">2 mètres</st1:metricconverter> de haut et de <st1:metricconverter productid="1 m" w:st="on">1 m</st1:metricconverter>. 20 de large... Combien de chambres d’ouvriers, où vivent des familles entières, n’ont pas cette lumière, ce confortable et cette aération !...
Les condamnés sont donc plus heureux, mieux logés, mieux soignés qu’une foule de braves travailleurs. Ils sont, en général, mieux nourris aussi. Annuellement, les cinq prisons de Paris consomment 90,000 kilos de viande de boeuf, veau et mouton, 90,000 kilos de légumes verts, 120,000 kilos de pommes de terre, 20,000 kilos de haricots de couleurs, 9,000 de lentilles, 9,000 de riz, 9,000 de pois cassés, 12,000 harengs saurs, 60,000 oeufs frais, 16,000 cervelas de <st1:metricconverter productid="60 grammes" w:st="on">60 grammes</st1:metricconverter> chacun, <st1:metricconverter productid="75,000 litres" w:st="on">75,000 litres</st1:metricconverter> de lait... et <st1:metricconverter productid="400 litres" w:st="on">400 litres</st1:metricconverter> de vinaigre. Ajoutez, pour faire passer le tout, <st1:metricconverter productid="80,000 litres" w:st="on">80,000 litres</st1:metricconverter> de vin rouge.


Un membre de l' Institut Solvay, M. G. Tribot, qui a fait, l’an dernier, une enquête sur l’alimentation dans les prisons de France, arrivait à cette conclusion que nos prisonniers sont trop nourris. Il estime qu’on pourrait économiser 15 % sur leur nourriture et qu’ils ne s’en porteraient pas plus mal pour cela. Ainsi, non seulement on vit dans les prisons suivant les préceptes de la plus parfaite hygiène, mais encore on y fait de la suralimentation !...
Au moins, me direz-vous, y travaille ton ?... Oui, sans doute, mais soyez tranquille : messieurs les apaches et autres malandrins ne se ruinent pas la santé à la besogne... Au surplus, voici quelques chiffres éloquents sur ce qu’ils produisent et sur ce qu’ils coûtent. Il y a en France, dans les maisons centrales, environ 6,000 détenus ; dans les maisons départementales et autres, environ 14,000. Au total, 20,000 détenus. Ces intéressants personnages coûtent, par jour et individuellement, 2 fr. 02 au budget, soit 737 francs par an, et, pour l’ensemble, 14,736,841 francs. Or, combien rapportent-ils par leur travail ?... Voici : la recette annuelle est de 3,829,000 francs, soit 191 fr. 45 par tête et par an, ou 0 fr. 52 par jour.
Donc, pour un produit de moins de 4 millions, les dépenses atteignent près de 15 millions.
Voilà les jolis résultats que donne l’absurde mansuétude dont on fait preuve en faveur des criminels... Avouez que l’administration pénitentiaire a un système économique peu recommandable... En bonne justice, les détenus ne devraient pourtant pas coûter plus qu' ils ne rapportent, et il est vraiment inouï que les contribuables soient forcés de fournir 11 millions annuellement pour entretenir toute cette tourbe de criminels, de voleurs et de paresseux.
Et encore n’est-ce là qu’une des faces de la question pénitentiaire au point de vue économique. C’est pis encore dans les bagnes, où les forçats, qui coûtent en moyenne et par tête 3 fr. 15 quotidiennement, produisent un travail qui équivaut à moins de 14 centimes par jour. C’est plus de 3 francs par jour que coûte au budget chacun de ces scélérats.
S’il est vrai, suivant le mot du célèbre criminaliste Howard, qu' « il faut rendre les hommes laborieux pour les rendre meilleurs », ne soyons pas surpris, devant l’état de fainéantise où l’administration pénitentiaire laisse croupir les détenus et les forçats, que ces gredins se pervertissent au lieu de s’amender et que la criminalité aille sans cesse en s’aggravant.

Article tiré du site : cent.ans.free.fr/pj1907/pj88503111907.htm.

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