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LA ROUTE AUTREFOIS ENTRE ROANNE (Loire) ET LYON (Rhône)

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La mousseline à TARARE



 

LES BELLES MOUSSELINES DE TARARE<o:p></o:p>

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« Réjouit-toi Henriette ; nous allons apprendre comment se fabriquent ces belles mousselines de Tarare, ornées et brodées qui rivalisent avec les mousselines de l’Inde, et qui ont une supériorité incontestable sur toutes celles de l’Europe. Tu te rappelles qu’un jour ensemble nous nous sommes arrêtés devant le métier d’un tisserand. Cet homme employait du fil de chanvre ; ici nous allons employer du fil de coton, mais les choses se passeront d’après le même principe. Nous commencerons par ourdir la chaîne, c’est-à-dire que nous disposerons sur le métier un certain nombre de fils parallèles, tendus bien également entre deux rouleaux ou ensouples.

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Nous distinguerons les fils pairs et les fils impairs, et nous aurons eu soin, avant de tendre nos fils d’une ensouple à l’autre, de faire passer chacun d’eux dans un anneau. Tous les anneaux des fils pairs dépendent d’une tringle, et tous les anneaux des fils impairs dépendent d’une autre tringle (ces anneaux pour le tissage ordinaire sont en fil) ; chaque tringle avec tous ses anneaux s’appelle une lisse. Le tisserand s’assied devant le métier ; il a devant lui tous les fils de la chaîne également tendus. Il pose le pied sur une pédale, et la lisse des fils pairs monte, tandis que la lisse des fils impairs descend. Entre les fils pairs, qui se trouvent soulevés, et les fils impairs, qui se trouvent abaissés, il s’ouvre un angle qu’on appelle le pas de la chaîne. Le tisserand profite de l’ouverture de cet angle pour lancer de droite à gauche, entre les fils de la chaîne, le fil de la trame. Ce fil se déroule d’une bobine placée au bout du métier, au moyen d’un petit morceau de bois long et étroit qui sert comme d’aiguille, et qu’on appelle navette. Le tisserand appuie son pied sur une autre pédale. Cette fois la lisse des fils pairs descend, tandis que la lisse des fils impairs monte. La navette est lancée de gauche à droite, et introduit de nouveau le fil de trame entre les fils de la chaîne. Chaque aiguillée du fil de drame, déposée ainsi entre les fils pairs et impairs de la chaîne, s’appelle une duite. La navette se lançait autrefois à la main ; aujourd’hui elle est lancée par un mécanisme. Il suffit au tisserand de saisir un manche qui est devant ses yeux, et de l’incliner à droite ou à gauche. C’est-ce que l’on appelle la navette volante. A mesure que la navette a déposé une duite, le tisserand imprime un mouvement oscillatoire à une traverse horizontale qui occupe le haut du métier. Cette traverse porte un peigne en acier dont les dents viennent décrire un arc de cercle, et, saisissant la duite nouvellement déposée, la pressent contre la duite précédente, et rendent ainsi le tissus serré. La traverse s’appelle le battant, le peigne s’appelle le ros. Pour que les fils de la chaîne résistent au frottement des dents du ros qui s’introduisent à chaque instant entre eux, on la fait de fils plus forts que ceux de la trame, et on les renforce encore en leur donnant un encollage. C’est ce qu’on appelle le parou.<o:p></o:p>

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Depuis une vingtaine d’années, le travail du tisserand a été beaucoup perfectionné par les mécaniciens. On a imaginé des mécanismes pour ourdir les chaînes et mouvoir les lisses, la navette et le battant ; le tout par un mouvement de rotation continue qui se communique aux diverses parties de l’appareil. En se bornant à employer deux lisses, on ne peut fabriquer que l’espèce de tissu la plus simple. C’est ainsi que se fabriquent la toile ordinaire, le calicot, la percale, et un grand nombre d’autres tissus qui ne diffèrent entre eux que par la matière dont est formé le fil de la chaîne et de la trame. Maintenant, au lieu de deux lisses, supposons-en davantage, quatre par exemple ; de manière que les fils de la chaîne, au lieu de se soulever et de s’abaisser de deux en deux, ne se soulèvent et ne s’abaissent que de quatre en quatre, nous obtiendrons une combinaison différente entre les fils de la chaîne et les duites disposées par la navette. Nous obtiendrons cette apparence chevronnée à laquelle tu reconnais les tissus qu’on appelle croisés. Tu comprendras facilement qu’en multipliant de plus en plus les lisses, et en variant la matière et la couleur des duites, on multiplie de plus en plus les combinaisons de l’entrecroisement des fils, et l’on parvient à obtenir des dessins réguliers et gracieux.

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L’industrie des mousselines de Tarare se divise en deux branches bien distinctes : la fabrication dans la ville même, ou dans les campagnes, pour les gros fabricants de la ville (on cite une maison qui emploie huit cents ouvriers), et la fabrication dans les campagnes. Les ouvriers travaillent dans des caves appelées boutique, qui se louent de quinze à dix-huit francs par an, et où il y a d’un à quatre métiers. Ces caves ne sont pas dallées, afin de conserver une humidité nécessaire au tissage ; on n’y fait de feu que dans les grands froids. On prétend que l’usage des poêles ne permettrait pas de tisser les mousselines fines. Lorsqu’il t’arrivera ma chère Henriette, de ne pas trouver la mousseline de ta robe assez belle, rappelle-toi les caves-boutiques de Tarare et le pauvre ouvrier qui a tissé cette mousseline. Je me trompe fort, ou cette pensée contribuera à redoubler l’instinct de charité que je me plais à reconnaître en toi, et que tu tiens de ton excellente mère.

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Les cotons français employés à Tarare viennent de Rouen, de l’Alsace, de Lille, de Roubaix, de Mulhouse, et de quelques filatures de la contrée. L’industrie française est encore obligée de demander aux fabriques anglaises les cotons filés d’une finesse exceptionnelle. Nos voisin d’outre-mer ont livré à Tarare des fils tellement ténus, qu’il fallait deux cent soixante-dix mille mètres pour peser un demi-kilog. Un fabricant distingué, M. Kaufman, évalue la fabrication des mousselines de TaraRe à une somme annuelle de treize à quatorze millions de francs. Il porte à vingt-deux mille le nombre de métiers, et à près de cinquante-deux mille le nombre des individus que cette industrie fait vivre.

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Les fabricants sont simplement entrepreneurs et n’ouvrent point d’ateliers. Les capitaux engagés par eux portent particulièrement sur les cotons filés qui servent au tissage ; car les métiers sont la propriété de l’ouvrier-tisseur, qui travaille en famille. Certains ustensiles et accessoires du métier où se font les mousselines unies, le peigne et la lisse appartiennent seuls au fabricant ; le peigne coûte de quinze à vingt francs. Pour les tissus à dessins, la fabriquant fournit les métiers à la Jacquart, qui sont compliqués et par conséquent coûteux.

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Tarare est la patrie d’Andrieux, un de nos plus aimables poètes. Vous savez tous les deux par cœur son joli conte du Meunier de San-Souci »…<o:p></o:p>

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        Mme Amable Tastu (Voyage en France) 1869

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