Illustration de Daumier : Messieurs, nous allons entrer sous le grand tunnel qui est très étroit Je vous en supplie, ne bougez pas pendant tout le trajet Il ny a pas de voyage quil ne se perde ici un bras, une jambe ou un nez, et vous comprenez quil est impossible à LAdministration de les retrouver dans un souterrain tout noir, qui à deux lieues de long.<o:p></o:p>
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QUAND LE VOYAGEUR FAIT SON BAPTEME DU CHEMIN DE FER
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Pour recevoir le baptême du chemin de fer, il faut avoir une certaine dose de bravoure :
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« Je suis partie de Lyon par le chemin de fer, écrit de Saint-Etienne, le 20 septembre 1836, lactrice Marie Dorval à Alfred de Vigny. Nous traînions derrière nous six énormes voitures. Un seul cheval attelé à tout cela le chemin qui mène au Sabbat nest pas autrement effrayant que celui de Lyon à Saint-Etienne Des convois de quarante voitures toutes noires qui passent à côté de vous et qui roulent toutes seules pendant sept lieues, seulement parce quon les a poussée s par derrière. Dautres qui passent avec un bruit effroyable et une fumée qui nous engloutit pendant cinq minutes, parfois sous la terre dans des souterrains qui serpentent pendant une demi-heure. Il y en à treize à passer, tous plus lugubres les uns que les autres, et qui menacent de sécrouler de tous côtés »<o:p></o:p>
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Louis Figuier dan « Les Merveilles de <st1:PersonName productid="la Science" w:st="on">la Science</st1:PersonName> » écrit :
« Quant au chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon, cest un chemin tout à fait fantaisiste, comme on dit aujourdhui. Cest un mélange, une olla podrida de tous les moyens de tractions qui peuvent être mis en usage sur une route ferrée (chevaux, vapeur, poussette sur les plans inclinés). Limagination active des frères Seguin, leurs esprits par trop inventif, cest donné ici libre carrière. Aussi rien nest-il plus dangereux quun voyage sur le chemin de fer de Saint-Etienne . Les constructeurs ne se sont guère occupés que du transport des houilles et des marchandises ; cest à peine sils ont songé aux voyageurs. Les déraillements des convois sont assez fréquents. Les voûtes des tunnels sont si basses et si étroites, les piliers des ponts placés si près des rails, que la moindre imprudence peut devenir funeste au voyageur ? Celui qui pour admirer le paysage mettrait la tête hors de la portière, ou étendrait son bras pour désigner un point de vue de lhorizon, sexposerait à rentrer dans le wagon comme statue de lhomme sans tête, au palais Saint-Pierre, à Lyon ou comme Ducornet, le peintre né sans bras »<o:p></o:p>
Encore que des réserves simposent sur certains détails du récit : par exemple, le chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon na jamais eu recours aux techniques des plans inclinés par la force de gravité au moteur fixe<o:p></o:p>
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Dans un autre récit le même Louis Figuier indique : « Les voitures sont de simples diligences cest à dire des boites de sapin, trop courtes, sans lumière et dans air Ces diligences qui nous cahotent sur les rails sont traînées par des moteurs qui changent selon la disposition des lieux. Elles sont remorquées, au moyen de cordes senroulant sur des poulies, par des machines à vapeur fixes, distribuées sur le parcours de la voie, quand il dagit de remonter une forte pente ; par des chevaux attelaient en tête du convoi si la rampe est modérée ; par de véritables locomotives quand la route est de niveau ; enfin par leur propre poids dans les descentes continues. Sur le parcours de Saint-Etienne à Rive-de-Gier, par exemple le train est lancé sur le flan de la montagne emporté par la force de la pesanteur. Quelques fois, quand deux pentes se rejoignent sur un plateau étroit avec des inclinations différentes, le poids du train descendant est utilisé par le train ascendant, ou réciproquement, comme on le fait dans lintérieur des mines de charbon quand on remorque des wagons vides par le poids de quelques wagons pleins de houille. A chaque instant le moteur change de nature. Aux portes de Saint-Etienne, cest une locomotive qui entraîne le convoi ; plus tard les chevaux remplacent la locomotive. Ailleurs, cest à dire dans une forte montée, on se sent hissé par des cordages quenroule sur un tambour une machine à vapeur fixe. Le voyageur ne peut sempêcher de frémir en songeant que sa vie est littéralement suspendue au bon état de cette corde. Il est évident que si les cordes usées par un service quotidien, venaient à se rompre, ou que le conducteur navait pas le temps ou la présence desprit de serrer les freins, disposés pour mordre les rails dans un cas pareil, le convoi roulerait au bas de la côte avec une vitesse multipliée par sa masse, produit arithmétique capable de donner le frisson à lhomme le plus courageux. On voit donc que rien nest plus pittoresque quun voyage sur le chemin de fer construit par Seguin aîné »<o:p></o:p>
Un autre voyageur enthousiaste
écrit à propos de son premier voyage entre Saint-Étienne et Lyon : « Quel
tableau admirable que ce triomphe de lintelligence humaine ! Quel
imposant spectacle que celui dune locomotive se mouvant sans efforts apparents
et tirant derrière elle un train de 40 ou 50 voitures chargées pesant chacun
dix milliers de livres. Que sont désormais les plus lourds fardeaux, avec des
machines qui peuvent mouvoir des poids aussi énormes ? Que sont les
distances ? Le sol disparaît en quelque sorte sous vos yeux, les arbres,
les maisons, les montagnes sont entraînés derrière vous avec une rapidité dun
trait, et lorsque vous croiserez un train avec une vitesse relative de 15 à 20
lieues à lheure, vous lapercevez en un moment, poindre, grandir et vous
toucher. Et à peine lavez-vous passé avec effroi que déjà il ait emporté loin
de vous, devenu un point, et disparu de nouveau dans le lointain ».
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Le MERCURE SEGUSIEN, journal stéphanois rapporte :
« LAcadémie de Lyon désireuse de concilier la sécurité des voyageurs avec les avantages de la locomotion mécanique, a réclamé des inventeurs un chemin de fer confortable dans lequel on puisse embarquer sans avoir à faire son testament. La demande est justifiée » commente le journal.
Heureusement les voyageurs se donnent mutuellement du courage..