Accident de Mgr Berlier, premier évêque du Niger
(Vendranges 15 mars 1962)
Ayant célébré la messe chez les Sœurs Bénédictines de Pradines où se trouve la sœur du Père Matrat de Maradi, en allant à Saint-Etienne, la voiture du Père Berlier dérape sur le verglas dans la côte de Vendranges et culbute par-dessus le talus au bord d’un profond ravin.
Aplatie et cabossée, la voiture n’a pas le force de continuer sa dégringolade.
Les passagers s’n sortent avec plus de « bleus » que de mal. Le Père Cournault a une côte endolorie. Le Père Brosse qui venait de présenter aux Bénédictines son film sur le Niger : « Irkoy-Fonda » (Le Chemin de Dieu) a le nez cassé. Hyppolite Berlier, bien cramponné au volant, a les épaules légèrement talées !
Rien de grave : quarante huit heures après, il pourra reprendre l’avion et retrouver son diocèse.
C’est en 1946 que les premiers Rédemptoristes arrivent au Niger, ce territoire encore occupé par la France et qui ne deviendra indépendant qu’en 1960. Il comprend alors également la partie de la Haute-Volta – futur Burkina Faso – qui correspond au diocèse de Fada N’Gourma. Ces deux pays sont parmi les plus pauvres de la planète. Ils vivent essentiellement de l’agriculture (mil, sorgho, haricot etc.) et de l’élevage ainsi que de quelques cultures d’exportation comme le coton ou l’arachide. En outre, le Niger a de l’uranium, exploité dans l’extrême nord du pays, mais les cours n’ont cessé de diminuer et cette « richesse » ne rapporte plus grand-chose au pays. De plus, il ne pleut que deux mois par an et les précipitations sont capricieuses. Il faut aussi compter avec les criquets qui font chaque année des ravages. On comprend alors la précarité dans laquelle vivent les gens dont certains doivent émigrer périodiquement vers la Côte. Ces deux pays comptent environ 12 millions d’habitants chacun. Cette population se répartit en un certain nombre d’ethnies ayant chacune leurs coutumes et leur langue. Les frontières héritées de la colonisation divisent ces peuples qui appartiennent désormais à des entités politiques différentes. Si le Niger est en grande majorité musulman depuis longtemps, le Burkina Faso comprend environ un tiers d’animistes et deux millions de catholiques organisés en 13 diocèses, tous les évêques étant africains.
ENGAGÉS POUR LE DÉVELOPPEMENT :
Dès leur arrivée dans cette région, les Rédemptoristes ont compris que l’évangélisation, c'est-à-dire, l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Évangile passait obligatoirement par une amélioration des conditions de vie de la population, et l’acquisition de son auto suffisance alimentaire. D’où la construction de dispensaires, d’écoles, de centres de formation professionnelle ; l’élaboration de projets de développement : puits, barrages, digues, jardins, garages etc. Et cela, tout en veillant à ce que les gens puissent s’en sortir par eux-mêmes le plus vite possible. D’où la formation de cadres qui prirent peu à peu leurs responsabilités à tous les niveaux. L’aide qui continue d’arriver parcimonieusement des pays occidentaux n’est pas désintéressée et une bonne partie sert à éponger la dette qui continue de s’accumuler. Les organisations non gouvernementales (ONG) prennent alors de plus en plus de place aussi bien sur le terrain que dans la coopération avec le gouvernement.
NAISSANCE D’UNE PETITE ÉGLISE :
Dans le domaine religieux, de petites communautés chrétiennes émergèrent progressivement dans différentes localités, souvent à l’initiative des gens eux-mêmes comme ce fut le cas à Dolbel, en pays songhay. Là-bas, c’est un militaire nigérien, Antoine DOURAMANE, devenu chrétien dans l’armée française qui s’est fait missionnaire de son peuple. Dans la région de Fada N’Gourma, au Burkina, c’est le monde gourmantché qui s’est ouvert au Christ. Ainsi, année après année, une petite Église s’est construite à l’image des celle des premières communautés chrétiennes. Mgr Berlier, rédemptoriste, premier évêque du Niger, a posé les bases d’une amitié solide avec les Musulmans. Aujourd’hui décédé, il reste une figure marquante de ces temps apostoliques. Des jeunes ont à leur tour entendu l’appel du Seigneur et sont mis à son service. Certains sont devenus prêtres, d’autres religieux ou catéchistes. C’est entre leurs mains désormais que l’avenir se trouve.
LA RELÈVE :
En ce qui concerne les Rédemptoristes de cette région, près de la moitié sont maintenant des Africains d’origines diverses : Burkina, Niger, Togo et Bénin. D’abord « regardants » au moment de l’éclosion de leur vocation, ils suivent ensuite leur formation philosophique et théologique dans les séminaires de Ouagadougou, mais vivent en fraternités. Leur noviciat, ils le font à Fada, accompagnés par le père Sami Samaïla, nigérien. Ils ont ensuite l’occasion de faire une année de stage dans l’une de nos communautés. Durant les longues années de formation, il leur demandé de prendre un engagement au service des plus abandonnés. C’est ainsi qu’à la communauté Saint Gérard de Ouagadougou, les étudiants ont constitué deux groupes d’action : l’un accueille des enfants handicapés encéphalopathes ; l’autre met en place et suit des petits projets de développement pour les nécessiteux du quartier. Après leur formation ils sont alors prêts à prendre la relève et à s’engager à la suite de saint Alphonse de Liguori pour évangéliser les pauvres et se laisser évangéliser par eu