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    22 Août : Saint Symphorien

    St Symphorien (éléments biographiques)

    "Symphorien " dont le nom signifie « qui porte avec » c’est-à-dire " avantageux " ou " utile", a subi le martyre probablement sous Marc-Aurèle, autour de l’an 180. On notera que les premiers martyrs de Lyon ont péri en 177. Symphorien, fils du noble FAUSTUS et d’ANGUSTA, fait partie des premiers chrétiens dans une ville d’Autun encore païenne où on adore Apollon, Diane et Cybèle.

    Symphorien croise un cortège promenant une statue de Cybèle (" la Magna Mater " romaine, force de la Nature). Le jeune homme se moque du cortège; il est aussitôt arrêté.

    C’est le consulaire HERACLIUS qui fait l’interrogatoire :

     - Nom, qualités ?

    - Je m’appelle Symphorien, je suis chrétien.

    - Les chrétiens sont rares par ici. Pourquoi n’as-tu pas adoré la mère des dieux ?

    - Je suis chrétien. J’adore le vrai Dieu qui est dans les cieux, pas les statues de démons. Celles-là je les brise à coups de marteau.

    -Tu n’es pas seulement sacrilège, mais rebelle. De quelle ville es-tu ?Un officier répond: "D’ici même et de famille noble".

    - C’est cela qui te rend si fier ? Qu’on lise les ordres de nos princes... Un officier lit les décrets de proscription contre les chrétiens. Tu es coupable de deux crimes : sacrilège envers les dieux et mépris des Lois. Tu es passible de mort.

    - Jamais je ne considérerai cette image autrement que comme un piège du démon.

    Symphorien est battu et incarcéré. Après le délai légal, considérablement affaibli, il est conduit au juge. Second interrogatoire; ni promesses ni menaces n’ébranlent le jeune homme: "Tu as puissance sur mon corps; tu n’auras pas mon âme".

    Il est condamné à mort, amené hors les murs et décapité. Du haut des remparts, sa mère l’exhortait: "Mon fils, souviens-toi du DIEU VIVANT. Aujourd’hui, par un heureux échange, tu vas passer à la vie céleste".

    Des chrétiens enlevèrent le corps du martyr et le déposèrent, non loin de là, auprès d’une fontaine.

    Vers 450, on érigea une basilique sur le lieu du martyre de st Symphorien. Elle fut desservie par un monastère qui connut sa période de gloire et contribua à l’extension du culte du saint.

    A l’époque mérovingienne, il était considéré comme un saint national, à l’instar de st Denis et de st Privat. Ce dernier est précisément fêté la veille de la st Symphorien, le 21 août.

    On ne connaît qu’un autre saint du nom de Symphorien, martyr en Hongrie au IVème  siècle.

    En France, 27 communes portent son nom.

    La fête de st Symphorien est fixée par l’Eglise au 22 août.

    La légende préconise que pour être délivré d’un insecte entré dans l'œil, on invoque st Symphorien. (On dit qu’avant de le décapiter, on lui aurait fait dévorer le visage par des insectes et des scorpions).

    Extraits de la  notice du chanoine Robert CANUEL, hagiographe dudiocèse de Metz et aumônier des Petites Sœurs des Pauvres à Metz.

    Des reliques dans notre église de Saint-Symphorien-de-Lay ?

     

    …J’ai un vieux reliquaire, écrit M. le curé de Saint-Symphorien-de-Lay, même diocèse, qui renferme une dent de saint Symphorien, laquelle fut donnée à un capucin par un évêque d’Autun et exposée à la vénération des fidèles jusqu’en 1834, époque à laquelle, M. Mure, curé de Saint-Symphorien-de-Lay, cessa de l’exposer, parce que cette relique ne parut pas avoir assez d’authenticité, n’étant pas accompagnées de l’attestation de l’évêque d’Autun, ni revêtue du sceau de ses armes.

    L’authenticité en a été reconnue à Autun, le 16 juillet 18­60. «  Ont été lues deux lettres de M. Roux, chanoine, curé de Saint-Symphorien-de-Lay, l’une en date du 7 novembre 1859, et l’autre en date du 11 décembre suivant. Par la première, il envoyait à notre examen une dent de saint Symphorien, premier martyr d’Autun, et nous adressait en même temps les lettres testimoniales d’authenticité relative à cette relique ; par la seconde, agréant la demande que nous lui avons faite, il déclarait donner ladite relique à la Cathédrale d’Autun, et demandait en échange une parcelle d’un autre os de saint Symphorien.

    Les lettres testimoniales envoyées par lui sont conçues en ces termes :« Je soussigné, frère Laurent de Thisy, prédicateur capucin, missionnaire apostolique et jadis lecteur (professeur) de théologie, certifions que la présente relique est une des dens de saint Symphorien, martyr, qui m’a esté donné par Mrg Claude de la Madelaine de Ragny, évesque d’Authun, l'ayant, en ma présence, arrachée des mâchoires dudit saint dont les reliques reposent au monastère et prieuré de Saint-Symphorien-lès-Authun, de l’ordre de saint Augustin : et l’ay donnée moi-même pour estre réservée et vénérée dans l’église paroissiale du bourg de Saint-Symphorien-de-Lay, l’an mil six cens trente-huit. En fay de quoy je me suis signé dans mon couvent des capucins de Roanne, le 20 juin 1638. Signé frère Laurean de Thisy, que dessus, ».

     

    L’autographe contient en outre ce qui suit : « Je soussigné Jehan de Pomey, prestre, curé de Saint-Symphorien-de-Lay, atteste que la susdite relique, dent de Monsieur saint Symphorien, m’a esté donnée par le révérend père Laurean, capucin, pour estre gardée et révérée en l’église dudit Saint-Symphorien-de-Lay, les jour et an que dessus. Signé Pomey, prestre, curé de Saint-Symphorien-de-Lay ».

    Cette pièce porte en suscription : Attestation de la dent de Monsieur saint Symphorien réservée et révérée en l’église de Saint-Symphorien-de-Lay, 1638 … »

    Nous avons retiré du petit reliquaire la sainte relique, avec une étoffe de soie brodée d’or et d’argent où elle avait été primitivement déposée…. Comme nous possédions déjà une petite portion du chef de saint Symphorien et un petit fragment d’un de ses os maxillaires ou se trouvaient encore des restes d’alvéoles (reliques tirées en 1856 des châsses de l’abbaye de Saint-Jean-le-Grand faites en 1866), nous avons rapproché la dent du saint martyr du fragment d’os maxillaire et avons pu constater qu’elle s’emboîtait exactement dans l’une des alvéoles.

     

    Cette dent, ainsi que les deux reliques extraites de la châsse de Saint-Jean-Le-Grand, a été déposé dans la châsse de saint Symphorien….

     

     


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  • GR3 B

    Qu’est-ce qu’un G.R. ?

    C’est un Sentier faisant parti d’un réseau d’itinéraires de tourisme pédestre balisés aux couleurs blanche et rouge, que le Comité National des Sentiers de Grande  Randonnée s’est donné pour tâche de réaliser sur toute la France.

    Aujourd’hui, il y a près de 10 000 km de sentiers ainsi balisés

    Qu’est-ce que le G.R.3 ?

    Le Sentier G.R.3 ou de la Vallée de la Loire » suit en principe le cours du fleuve de sa source à son embouchure. Dans le département de la Loire, il évite la Plaine du Forez, pour traverser les Monts du Forez, les Monts de la Madeleine et les Bois Noirs, régions plus variées et plus belles.

    Les Monts du Forez

    Les Monts du Haut-Forez sont la montagne culminante de tout notre Département ; l’un des sommets les plus élevés du Massif Central, dressés entre les plaines de la Loire et de l’Allier, limitant le Puy-de-Dôme de la Loire.

    Ils s’élèvent à Pierre-su-Haute à 1633 m (d’altitude donnée par la carte I.G.N. – Ambert – Feuille  XXVII - 32 – Année 1966).

    Ce sommet est actuellement occupé par une station troposphérique de liaisons à longues distances. Remarquez les trois paraboles dont le diamètre se situe entre 15 et 25 m et leur montage qui permet de supporter, en hivers, des tonnes de givre et de résister au vent qui passe sur ces sommets en rafales pouvant atteindre 120 km/heure.

    La chaîne du Forez est dénudée sur plus des deux tiers de sa surface – «  Sur plus de dix lieues, jusqu’à Noirétable, ce pays s’étend sans une terre, sans une maison. Un aspect de silence, rien que des croupes ni vertes, ni rousses, brunes de bruyères par place, où le pas des vaches et des moutons a tracé des chemins d’herbe rase. On se sent si léger, si dispos de son corps, qu’on irait tant qu’ils seraient longs dans ces déserts. Sur ces terrasses, au-dessus des pays ! De toute la poitrine on y prend la santé, la pureté de l’air. » (Henri Pourrat – Gaspard des Montagnes.)

    En suivant la croupe allongée du Nord au Sud par le sommet, comme le fait le G.R. 3, on chemine dans la bruyère à perte de vue, sans trouver d’interruption à des milliers d’hectares de pâtures. Des bois on n’aperçoit que la cime des derniers arbres : sapins, hêtres, pins sylvestres se dérobant sur les pentes.

    Du faite de cette montagne, on découvre un panorama immense : à l’Ouest, le Puy-de-Dôme et ses Puys à la file, prolongés par les Monts Dore et le Cantal.

    A l’horizon Sud, les Monts Vellaves : Meygal, Lizieux, Mézenc et Gerbier de Joncs.

    Au Sud-Est le Pilat et, dans le lointain, la chaine des Alpes.

    Tandis qu’a l’Est le Forez apparait avec ses bourgs, ses châteaux, ses étangs.

     

    PROGRAMME DE LA JOURNEE

    9 h 30 – 10 h

    Rassemblement des marcheurs au Col du Béal (Route déparytemengtale n° 6, carte Michelin n° 73, pli 16 et 17 au 1/50 000° AMBERT, feuille XXVII ;

    Randonnée pédestre en direction des Jasseries de Garnier, par Pierre-sur-Haute et la traversée des Monts du Forez. 

    13 heures

    Arrivée des marcheurs aux Jasseries de Garnier et remise des médailles. Repas tiré du sac ou pris à la Bergerie.

    14 h 30

    Inauguration officielle du G.R. 3 – Allocutions – Remises de coupes

    15 h 30 – 16 h

    Départ à pied pour rejoindre les cars

    16 h 30

    Dislocation générale.

     

    GR3 A

     

    Le Groupe Montagnard de Roanne participe à cette inauguration, il compte même le plus grand nombre de  marcheurs pour cette randonnée. Pourtant contrairement à la tradition, il ne sera pas récompensé d’où la « Bronca » de ses membres à la remise des prix. Le préfet lui-même  s’étonne de ce mécontentement  qui perdura par des cris et des chansons jusqu’à la remontée dans le car. Il ne manquera pas de faire parvenir une lettre à notre Président. Après explication écrite l’affaire s’éteint d’elle-même.

    ,Il fallait pour « marquer le coup » récompenser une association nationale. :Pour cette importante manifestation  se fut le Club-Alpin Français. .

     

    Les vraies merveilles ne coûtent pas un centime.

    La marche nettoie la cervelle et rend gai

    Enterrez vos soucis, et vos boîtes de conserve.

     

    Un visiteur intelligent ne laisse aucune trace de son passage.

    Ni inscriptions. Ni destructions. Ni désordre. Ni déchets.

    Récoltez de beaux souvenirs mais ne cueillez pas les fleurs.

    N’arrachez surtout pas les plantes : il pousserait des pierres.

     Il faut beaucoup de brin d’herbe pour tisser un homme.

              Extrait des « Commandements » de SAMIVEL

     


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  • IRIS
     

    LE COUREUR DE MARATHON EST-IL POSTIER?

    EN MARGE DES JEUX OLYMPIQUES DE LONDRES 2012

    La Poste avant la Poste

     

    La mythologie grecque n’est qu’une fable poétique ; mais du moins, elle symbolise et personnifie, par les attributions de ses Dieux et de ses Héros, toutes les activités humaines : de telle sorte qu’à chacun des actes accomplis par les mortels au cours de leur vie terrestre correspond un protecteur attitré. Or les inventeurs anonymes de cette religion ne manquèrent pas de consacrer un personnage à la Poste en un temps où pourtant, elle n’existait pas, la Poste avant…la lettre, pourrait-on dire.

    C’est Iris messagère des Dieux qui représente, en quelque sorte, le premier et le plus éclatant ancêtre de nos facteurs contemporains, leur patronne païenne, si l’on veut. Pourtant cette petite-fille de la Terre, de la Mer et de l’Océan – quelle prestigieuse ascendance ! – cumulait les fonctions, comme maître Jacques d’Harpagon. Si l’on peut, à la rigueur, inclure dans son rôle d’agent de liaison entre les divinités et les hommes la funèbre mission d’arracher aux suicidés le cheveu fatal auquel est attachée leur vie et de le porter à Prospérine, reine des Enfers, on s’étonne à bon droit que cette déesse de vieille souche s’abaisse aux besognes domestiques en faisant le lit de Jupiter et en préparant le bain de Junon. Du souvenir d’Iris il ne nous reste plus que l’arc-en-ciel qui était le chemin qu’elle empruntait pour venir de l’Olympe sur la terre ; d’autres disent que c’était là le bandeau qui retenait sa chevelure.

    Bien qu’on  ait que peu de détails sur son organisation, on sait de manière certaine que la Poste aux Lettres exista en Chine et en Perse dès la plus haute antiquité.

    Xénophon conte que Cyrus, après une première expérience qui avait eu pour objet de déterminer les distances entre les divers points de son royaume et le degré de résistance des chevaux, créa une série de relais, ou « angaras » au long des grandes routes. De l’un à l’autre circulaient des messagers que rien, ni intempéries ni dangers d’aucune sorte ne devait arrêter.

     

    Mais, surtout, c’est en Grèce que s’exprime le premier et l’un des plus beaux exemple de ce que nous appellerions aujourd’hui la conscience professionnelle du postier. Le coureur de Marathon pourrait servir de symbole à tous les agents des P.T.T. morts victimes du Devoir. C’était en 490 avant Jésus-Christ, les Perses, au nombre de cent dix mille, venaient de débarquer dans le port de Marathon, défendu seulement par dix mille Athéniens et un millier de Platéens. Ils envoient le coureur Phidippide – un champion comme on va le lire ! – réclamer le secours de Sparte. L’athlète se met en route et parcourt deux cent quarante kilomètres en moins de deux jours…En attendant l’intervention des Spartiates, les onze mille Marathoniens se jettent sur l’adversaire avec la bravoure inouïe du désespoir et rejettent les Barbares à la mer. Ils dépêchent alors un soldat à Athènes afin d’annoncer leur succès. Celui-ci marche jour et nuit, arrive au bout de sa course, s’écrie de toutes les forces de son dernier souffle : « Réjouissez-vous, nous sommes les vainqueurs » et tombe mort d’épuisement. C’est en souvenir de ce héros anonyme que ce court, de notre temps, une épreuve sportive pédestre appelée Marathon, sur une distance de quarante-deux kilomètres sept cent cinquante mètres, celle-là même qu’avait parcourue le soldat grec. Dieu merci, les arrivées en sont moins tragiques ; mais les participants arrivent quand même très fatigués.

     

    Seulement trois Français décrochèrent une médaille d’Or Olympique sur le Marathon :

    1. Michel THEATO aux Jeux Olympiques de 1900 à Paris
    2. Ahmed Boughera El OUAFI aux Jeux Olympiques de 1928 à Amsterdam
    3. Alain MIMOUN aux jeux Olympique de Melbourne en 1956

     

    COURREURS MARATHON

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  • GLM1

    GUY LEVIS MANO AU MUSEE DE ROANNE

     

     

     

    « Vous avez donné un empire à la poésie »

    C’est ainsi que Joë Bousquet s’adressai à Guy Mano (1).

    Exagération de poète ? Non point.

     

    Lorsque l’on considère l’ensemble de l’œuvre de cet homme qui, poète lui-même, à partir de 1933 et pendant quarante ans édita d’autres poètes, fabriquant de ses mains de typographe exigeant tous les livres marqués de son sigle G.L.M (2), l’on est très vite convaincu du bien-fondé de cette déclaration.

     

    Et cet empire, il en a ouvert l’accès à tous ceux qui voulaient y entrer. Car, ses livres, s’ils sont beaux – par le choix du caractère adapté à l’atmosphère du texte qu’il matérialise, par la mise en page où s’équilibrent harmonieusement les noirs et les blancs, par la qualité du papier – ce ne sont ni les livres luxueux, ni des livres chers ou sacralisés. Leur format les rend maniables et permet, bien souvent, de les garder familièrement dans une poche.

     

    Les auteurs sont heureux de découvrir en cet éditeur,  qui est donc aussi leur pair, un artisan capable de mettre leur travail en valeur, d’en privilégier « la lisibilité » et d’en respecter l’esprit. G.L.M est un interprète. L’interprétation implique une intimité avec l’œuvre, la possibilité de la recréer de la manifester dans une forme susceptible de contribuer au mieux de sa révélation.

    Les premières publications, G.L.M les a réalisées dans sa chambre avec une petite presse à main prêtée par un ami.

     

    Cela suppose beaucoup d’amour de l’ouvrage.

    Serviteur manuel de la poésie, G.L.M. a accompli sur le plan culturel une tâche irremplaçable. Il s’est voulu l’écho des « voix de la terre », titre d’ailleurs d’une de ses collections. On trouve en effet dans ses éditions de remarquables poètes connus, de toutes nationalités (3), et dans les meilleures versions, mais aussi des anonymes de la littérature populaire française et étrangère (4), des classiques comme des contemporains (5), des auteurs nouveaux dont il prend le risque de publier le premier recueil (6), comme des auteurs confirmés ; on trouve aussi bien des textes profanes que mystiques, on y rencontre avant-guerre les Surréalistes (Breton, Eluard, Tzara, Soupault, Leiris, etc.), mais aussi tous ceux qui, loin des chapelles, suivent leur chemin propre, tels Pierre Jean Jouve, par exemple, ou René Char dont G.L.M. est, à sa mort en 1980, le principal éditeur.

     

    Classicisme et avant-garde font bon ménage chez G.L.M., ce chercheur, ce découvreur  à qui nous devons la remise au jour d’écrivains oubliés de la Renaissance, aussi précieux à nos yeux que Maurice Scève ou Louise Labé (7).

     

    Des auteurs importants, peu publiés par  ailleurs, sont en bonne place chez G.L.M. ainsi Maurice Blanchard, le musicien contemporain, Scelsi, également poète original, G.L.M. est le seul à l’éditer. Chez lui, un Diderot, dont nous imaginons tout connaître, apparait avec des pages inédites…Nous lui devons  la première traduction française du poète de langue allemande, Traki, puis de très nombreux livres bilingues.

     

    Espagnol par sa mère, G.L.M. a traduit lui-même F. Garcia-Lorca, poète assassiné, d’autres grands noms de ce pays et des textes du fonds traditionnel, cantes flamencos, et autre romance post-judéo-espagnol ou arabo-andalou, témoins de la fructueuse rencontre de cultures différentes.

     

    Difficile de ne rien omettre dans cette brève énumération de tous les enrichissements apportés par G.L.M., de tous les espaces défrichés par lui afin que la poésie devienne poésie partagée » (8)

     

    Lorsque l’on songe que l’association (9) qui gère le stock demeuré disponible des éditions G.L.M., en offre le revenu sous forme de bourses à des poètes d’aujourd’hui, l’étendue du service rendu à la poésie par Guy Levis Mano, cet homme si simple et si discret, a de quoi surprendre.

     

    Cependant, nous lui sommes redevables à d’autres titres encore.

     

    Dans sa production d’avant-guerre, époque où cela demeurait encore exceptionnel, G.L.M., qui se situe parmi les précurseurs, introduit l’art moderne à part entière. Gravures et dessins signés des noms les plus prestigieux – Picasso, Miro, Dali, André Masson etc. – figurent  dans ses livres sur le même plan que les poèmes, c’est-à-dire sans forcément « illustrer » ceux-ci, au sens restrictif du terme. Le premier, il considère que la photographie mérite la reconnaissance du livre et il publie le célèbre Man Ray dès 1937.

     

    GLM2

     

    Mais venons enfin à Guy Levis Mano poète, ceci explique cela ?

     

    Une dizaine d’œuvres éditées déjà avant-guerre dont « l’Homme des départs immobiles », « Crâne sans lois », dans une veine assez surréalistes.

     

    Puis c’est arraché au cercle habituel et choisi de ses fréquentations intellectuelles, la captivité et une autre rencontre fraternelle, en  vrac, avec le peuple de tous les jours. Il traduira leur cruelle expérience comme des poèmes qui comptent parmi les plus percutants sur le thème : « On fait nos cœurs barbelés », « Captivité de la chair ». Il signe alors « Jean Garamond », du nom d’un caractère typographique bien connu qu’il apprécie particulièrement.

     

    Viennent ensuite d’autres beaux textes, dont les principaux, d’une inspiration très personnelle, réunis sous le titre « Loger la source », sont publiés en 1971 chez Gallimard, préfacés par René Char.

     

    Seghers, en 1974, publie Guy Levis Mano dans sa collection réputée, « Poètes d’aujourd’hui ». Andrée Chedid et Pierre Toreilles lui consacrent alors une importante introduction.

     

    En 1981, la bibliothèque nationale organise une exposition G.L.M., à cette occasion, Mr Antoine Coron dresse un catalogue complet de ces éditions, accompagné d’une présentation extrêmement instructive.

     

    En 1982, les Editions Fata Morgana publient un hommage à G.L.M.  Réalisé par ses nombreux amis écrivains, artistes, qui apportent ainsi leur témoignage sur la qualité du rôle qu’il n’a cessé de tenir à leur côté.

    Eclectique, les éditions G.L.M sont traversées par les grands courants de cette période particulièrement créatrice. Elles se ressentent également des terribles secousses qui l’ont ébranlée.

     

    Si les Surréalistes s’y retrouvent, c’est consécutivement à la crise de 29 qui mène leurs éditeurs à la faillite. Ils font alors confiance à ce jeune typographe dont la réputation commence à se répandre. La présence de nombreux artistes espagnols dont il publie gravures et dessins qu’inspirent abondamment la mort et la tauromachie est, bien entendu directement en rapport avec la guerre d’Espagne.

     

    Quant à la deuxième guerre mondiale, interrompant les éditions G.L.M., elle laisse son empreinte parmi les poètes captifs ou résistants, comme parmi les autres hommes. Elle modifie souvent et leur inspiration et leur écriture. C’est ce que l’on constate concernant Guy Levis Mano. Et en tant qu’éditeur, elle l’aura conduit à élargir ses choix.

    Quelque 550 titres ont été édités chez G.L.M. L’exposition présentée par le Service culturel de la ville de Roanne à la galerie de la bibliothèque Joseph Déchelette durant Mars et Avril, en montre environ 200, choisis de manière à illustrer tous les aspects de cette production. La moitié, acquise par la Bibliothèque Municipale pourra par la suite y être consultée. L’autre partie, qui comporte nombre d’ouvrage devenus rarissimes, ont été prêtés aimablement par l’Association G.L.M. et par madame Pissaro, longtemps associée de Guy Levis Mano. Nous leur adressons ici nos vifs remerciements.

     

    Maintes raisons de réserver à G.L.M., une exposition – ce que fit d’ailleurs de son vivant l’ARC au Musée d’Art Moderne de Paris (10) –viennent d’être relevées. Mais notre région en a une autre encore du fait qu’il y venait souvent en vacances chez ses amis Jean et Jeanne Gouttebaron et qu’il est mort au petit village de Vendranges où il repose.

     

    Très rare sont sans nul doute les éditeurs qui,  comme lui, se sont exclusivement voués à la poésie. Mais après tout, direz-vous, la poésie… Nous n’avons plus que faire de ce « supplément d’âme ». Prenons y garde cependant. Sous ses airs désuets ou délibérément en marge, elle nous rappelle peut-être quelque chose d’essentiel que G.L.M. a contribué à sauvegarder. Il ne s’agit pas moins en effet de nous signifier qu’au-delà de ce que nous appelons le réel, se profilent des possibles en attente : pour peu que nous fassions (POIEIM) le nécessaire, ce réel peut toujours devenir autre Poésie, exercice gratuit, voire futile ou pense-bête vital ?

     

    L’existence de Guy Lévis Mano, « artisan de belles formes vraies », selon la définition qu’a donnée de lui Pierre Jean Jouve, ne constitue-t-elle pas la plus exemplaire des réponses ?

     

    NOTES

    1. 1904-1980
    2. A l’exception de quelques ouvrages trop épais pour son matériel.
    3. De Maïakowski à Walt Wihitman en passant par Hölderlin.
    4. Poèmes serbo-croates, grecs, du Dahomey etc.
    5. Dès 1936, G.L.M. éditait Edmond Jabès qui a reçu, en 1987, le grand prix national de la poésie.
    6. André Frénaud, Lux Estang, André du Bouchet, Jean Cayrol, Andrée Chedid etc.
    7. Cet ouvrage reçut le prix des « cinquante meilleurs livres de l’année » en 1958.
    8. Titre de l’introduction de René Char au N° 6 de « Temps de la poésie » (1952) dont poètes et artistes ont volontairement laissé leurs contributions anonymes.
    9. Association Guy Levis Mano, 6 rue Huyghens, 75014, Paris.
    10.  En 1936, Paul Eluard et en 1937, Pierre Jean Jouve avaient déjà présenté une exposition G.LM.

     

      Marie Noëlle Bornibus  (Amis du Musée Déchelette) n° 1, année 1988

     

    Le petit cimetière en bas du village le long de la nationale 82 au bord de la fameuse « cote de Vendranges » si redoutée autrefois par les automobilistes à cause de son pourcentage accentué ; a reçu et recevra pendant longtemps encore, les meilleurs poètes connus venu se recueillir sur la tombe de G.L.M. mort le 25 juillet 1980 à Vendranges dans la Loire où il venait chaque année passer des vacances chez son ami  Jean Gouttebaron qu’il avait connu à Radio-Luxembourg ou celui-ci tenait une chronique culturelle.

     


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